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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1806150

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1806150

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1806150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELAS DE BODINAT - ECHEZAR AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 juillet 2018 et 15 octobre 2020, l'association " Défense de l'environnement de Coron ", la SARL Junique, Mme F et M. G C et Mme B et M. E D, représentés par Me Echezar, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2018 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a accordé à la SARL Parc éolien de la Saulaie une autorisation unique pour l'exploitation d'une installation terrestre de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent constituée de trois aérogénérateurs et d'un poste de livraison sur les parcelles cadastrées OD 0337, OD 0359 et OD 0381 sises commune de Coron ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le projet dans le cadre duquel s'inscrit le parc autorisé par le préfet a été artificiellement scindé en deux projets ;

- le dossier de demande procède à une présentation insuffisante des capacités financières de l'exploitant ;

- l'avis émis par l'autorité environnementale ne présente pas les garanties d'indépendance requises ;

- l'étude d'impact est entachée d'insuffisances s'agissant du volet paysager, de la présentation des variantes, de la présentation des mesures compensatoires, de l'étude chiroptérologique et avifaunistique, de l'étude acoustique et du plan de bridage proposé et de la présentation des conditions de raccordement ;

- l'avis des propriétaires concernés sur les conditions de démantèlement et de remise en état du site n'a pas été recueilli préalablement à l'édition de l'arrêté attaqué ;

- l'enquête publique qui l'a précédée est entachée d'irrégularités ;

- le projet autorisé porte atteinte à la protection des paysages et à la conservation des sites et monuments ;

- il porte atteinte à l'avifaune et aux chiroptères ;

- il porte atteinte à la santé et la salubrité publiques en raisons des nuisances acoustiques dont il est à l'origine et du risque de chute de pales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2018 et 18 décembre 2020, la SARL Parc éolien de la Saulaie, représentée par Me Gelas, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer afin de permettre la régularisation des éventuels vices constatés, et en toute hypothèse à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de chaque requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, de l'absence de qualité pour agir de la présidente de l'association requérante comme de la gérante de la société requérante et de l'absence d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyens soulevés pour les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 août 2019, 22 octobre 2020 et 19 janvier 2021, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier de la qualité pour agir de la présidente de l'association requérante et de la gérante de la société requérante, et de leur intérêt à agir ;

- les moyens soulevés pour les requérants ne sont pas fondés.

Par un courrier du 26 août 2022, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer sur le fondement de l'article L. 181-18 du code de l'environnement.

Des observations en réponse à cette information ont été présentées pour la SARL Parc éolien de la Saulaie le 1er septembre 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2011/92/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement ;

- le code de l'environnement ;

- l'ordonnance n° 2017-80 du 26 janvier 2017 relative à l'autorisation environnementale ;

- le décret n° 2015-1229 du 2 octobre 2015 relatif au Conseil général de l'environnement et du développement durable ;

- l'arrêté du 26 août 2011 relatif aux installations de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent au sein d'une installation soumise à autorisation au titre de la rubrique 2980 de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,

- les observations de Me Echezar, avocat des requérants, et celles de Me Gelas, représentant la SARL Parc éolien de la Saulaie.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 décembre 2016, la SARL Parc éolien de la Saulaie a sollicité la délivrance d'une autorisation d'exploiter un parc éolien composé de trois aérogénérateurs et un poste de livraison sur le territoire de la commune de Coron. Par l'arrêté du 2 mars 2018 dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a délivré l'autorisation unique demandée.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Il résulte de l'instruction que, conformément à l'article 10 de ses statuts, l'association Défense de l'environnement de Coron est représentée, dans le cadre de la présente instance, par son président. En outre, cette dernière, déclarée en préfecture le 30 octobre 2015, a notamment pour objet social la protection des espaces naturels, du patrimoine bâti, ainsi que des sites et paysages de la commune de Coron et des communes avoisinantes et la lutte, " éventuellement par toute action en justice, contre les projets d'installations industrielles dédaigneuses des intérêts de la nature, des gens, du patrimoine paysager et bâti, notamment contre le projet d'usine d'aérogénérateurs dite "parc éolien" ". Par suite, et alors au demeurant que Mme et M. D comme Mme et M. C résident à proximité du lieu d'implantation des éoliennes dont l'impact visuel sur ces lieux-dits résulte de l'instruction, les fins de non-recevoir tirées du défaut de qualité pour agir et d'intérêt à agir doivent être écartées.

3. En vertu de l'article R. 181-50 du code de l'environnement, applicable au présent litige conformément au 2° de l'article 15 de l'ordonnance du 26 janvier 2017, l'arrêté attaqué pouvait être contesté par les tiers intéressés, dans un délai de quatre mois à compter de la dernière formalité soit d'affichage, soit de publication accomplie. Par suite, et alors que les requérants font valoir sans être contredits que l'arrêté attaqué a été affiché à compter du 16 mars 2018, il résulte de ces dispositions que le délai de recours n'était pas expiré le 2 juillet 2018, date à laquelle le présent recours a été enregistré. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit ainsi être écartée.

Sur les moyens invoqués pour les requérants :

En ce qui concerne la division du projet :

4. Il résulte de l'instruction que les parcs éoliens de la Saulaie et de la Grande Levée, respectivement implantés à Coron et sur le territoire des communes de Vezins et Chanteloup-les-Bois, sont distants d'environ 2 km. Ces deux parcs sont totalement indépendants l'un de l'autre et exploités par deux sociétés différentes. La seule circonstance qu'ils ont été initiés par le même développeur ne saurait suffire à les faire regarder comme constituant un seul et même projet au sens des dispositions de l'article L. 122-1 du code de l'environnement. Par suite et alors au demeurant qu'il résulte de l'instruction que le dossier de demande de chaque parc mentionne l'existence et les caractéristiques de l'autre parc et en étudie les effets cumulés, et que les enquêtes publiques ont été organisées à la même période et ont permis au public d'avoir une information complète sur ces deux projets, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le pétitionnaire a procédé à une division artificielle d'un seul et même parc éolien. Ils ne sont pas davantage fondés à soutenir que la procédure d'enquête publique est, pour ce motif, entachée d'irrégularités ni à exciper de l'illégalité de la décision du préfet de Maine-et-Loire de ne pas organiser une enquête unique en vertu de l'article L. 123-6 du code de l'environnement, dont les dispositions se limitent, en tout état de cause, à permettre la tenue d'une telle enquête unique sans en imposer l'organisation.

En ce qui concerne l'insuffisante présentation des capacités financières :

5. Les articles L. 181-27 et D. 181-15-2 du code de l'environnement modifient les règles de fond relatives aux capacités techniques et financières de l'exploitant d'une installation classée pour la protection de l'environnement antérieurement définies à l'article L. 512-1 de ce code. Il en résulte qu'une autorisation d'exploiter une installation classée ne peut légalement être délivrée, sous le contrôle du juge du plein contentieux des installations classées, si les conditions qu'ils posent ne sont pas remplies. Lorsque le juge se prononce sur la légalité de l'autorisation avant la mise en service de l'installation, il lui appartient, si la méconnaissance de ces règles de fond est soulevée, de vérifier la pertinence des modalités selon lesquelles le pétitionnaire prévoit de disposer de capacités financières et techniques suffisantes pour assumer l'ensemble des exigences susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l'exploitation et de la remise en état du site au regard des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, ainsi que les garanties de toute nature qu'il peut être appelé à constituer à cette fin en application des articles L. 516-1 et L. 516-2 du même code. En revanche, le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation est apprécié au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation.

6. En vertu du 5° de l'article R. 512-3 du code de l'environnement, alors en vigueur, la demande d'autorisation doit mentionner " les capacités techniques et financières de l'exploitant ". Il résulte de ces dispositions que le pétitionnaire est tenu de fournir, à l'appui de sa demande, des indications précises et étayées sur ses capacités techniques et financières.

7. S'agissant de la présentation des capacités financières, le dossier de demande fait apparaître que le capital de la SARL Parc éolien de la Saulaie est détenu à 65% par la société David Energies Beteiligung GmbH et à 35% par la société Financière EMI SARL. Il indique que le projet, dont le coût global est estimé entre 14,5 et 16,5 millions d'euros, sera financé à hauteur de 20% par des apports en capital et à 80% par un emprunt bancaire et fait une présentation du compte de résultat et du bilan financier de la société David Energies Beteiligung GmbH pour les années 2011 à 2015. Etaient, en outre, joints au dossier de demande un plan d'affaire prévisionnel pour les vingt premières années et trois lettres établies par les sociétés David énergies GmbH et Co KG, Financière EMI SARL et Think of Tomorrow Development GmbH et Co KG, lesquelles s'engagent à garantir les obligations de la société David Energies Beteiligung GmbH et à apporter son soutien financier à la SARL Parc éolien de la Saulaie en cas de défaillance de la société David Energies Beteiligung GmbH. Le pétitionnaire a également produit, au soutien de sa demande, trois lettres de banques indiquant être intéressées par le financement du projet. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le dossier de demande d'autorisation peut être regardé comme suffisamment précis et étayé quant aux capacités financières de la société pétitionnaire. A supposer que les requérants aient par ailleurs entendu invoquer la méconnaissance des règles de fond relatives à ces capacités financières, il ressort de ces mêmes éléments qu'ils ne sont pas fondés à contester la pertinence des modalités selon lesquelles le pétitionnaire prévoit de disposer de capacités financières et techniques suffisantes pour assumer l'ensemble des exigences susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l'exploitation et de la remise en état du site au regard des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, non plus que les garanties de toute nature qu'il peut être appelé à constituer à cette fin en application des articles L. 516-1 et L. 516-2 du même code. Si les intéressés relèvent, enfin, le caractère insuffisant des garanties financières, ils se bornent à soutenir que leur montant est largement minimisé et à produire un devis pour le démantèlement d'une éolienne qui ne saurait suffire à remettre en cause la méthode de calcul, détaillée à l'article 2 du titre II de l'arrêté attaqué et mise en œuvre par le préfet en application de l'arrêté du 26 août 2011.

En ce qui concerne l'avis des propriétaires sur la remise en état du site :

8. Il résulte de l'instruction que, conformément à l'article R. 512-6, 7° du code de l'environnement, étaient joints au dossier de demande les avis des propriétaires des parcelles sur lesquelles sera implanté le parc, relatifs aux conditions de remise en état du site. Si les requérants soutiennent que quatre de ces avis ont manifestement été signés par la même personne, ils se bornent à renvoyer à une comparaison des mentions manuscrites et signatures de ces avis dont l'examen en l'espèce, ne saurait suffire à caractériser la fraude alléguée.

En ce qui concerne les inexactitudes ou insuffisances entachant l'étude d'impact :

9. Aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, ouvrages et aménagements projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II.- L'étude d'impact présente : / () 2° Une analyse de l'état initial de la zone et des milieux susceptibles d'être affectés par le projet, portant notamment sur la population, la faune et la flore, les habitats naturels, les sites et paysages, les biens matériels, les continuités écologiques telles que définies par l'article L. 371-1, les équilibres biologiques, les facteurs climatiques, le patrimoine culturel et archéologique, le sol, l'eau, l'air, le bruit, les espaces naturels, agricoles, forestiers, maritimes ou de loisirs, ainsi que les interrelations entre ces éléments ; / 3° Une analyse des effets négatifs et positifs, directs et indirects, temporaires (y compris pendant la phase des travaux) et permanents, à court, moyen et long terme, du projet sur l'environnement, en particulier sur les éléments énumérés au 2° et sur la consommation énergétique, la commodité du voisinage (bruits, vibrations, odeurs, émissions lumineuses), l'hygiène, la santé, la sécurité, la salubrité publique, ainsi que l'addition et l'interaction de ces effets entre eux ; / 4° Une analyse des effets cumulés du projet avec d'autres projets connus. Ces projets sont ceux qui, lors du dépôt de l'étude d'impact : / () - ont fait l'objet d'une étude d'impact au titre du présent code et pour lesquels un avis de l'autorité administrative de l'Etat compétente en matière d'environnement a été rendu public. () ".

10. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure, et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude, que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

11. L'étude paysagère jointe au dossier de demande, dont la méthodologie est présentée en page 112, comporte, contrairement à ce qui est soutenu, un photomontage selon un angle de 120° et un photomontage selon un angle de 60°, pour chaque lieu analysé. Si les photomontages réalisés pour les lieux de vie situés à proximité du parc font apparaitre que les éoliennes peuvent être en partie dissimulées par la végétation ou des constructions, il ne résulte pas de l'instruction, alors que le parc éolien autorisé y apparait de façon prégnante, qu'ils en minimiseraient l'impact visuel et que des simulations réalisées dans des conditions différentes auraient révélé un impact plus important. Contrairement à ce qui est soutenu, l'étude paysagère fait apparaitre tant l'impact visuel du parc autorisé que celui du parc de la Grande Levée. Si les requérants soutiennent que l'étude paysagère n'a pas étudié l'impact du parc sur quatre lieux de vie situés au nord du projet autorisé et entre ce parc et celui de la Grande Levée, ils n'apportent aucune précision sur les caractéristiques de ces lieux dont ils ne donnent même pas le nom et aucun élément susceptible d'établir que l'absence de simulation paysagère pour les lieux en question aurait été de nature à nuire à l'information du public ou à exercer une influence sur la décision attaquée. S'ils soutiennent, enfin, que le photomontage réalisé pour le château de la Roche-Aubiers minimise l'impact visuel du parc dès lors que les éoliennes y sont totalement cachées, ils n'apportent pas le moindre élément de nature à établir qu'un impact visuel significativement différent sur ce bâtiment, situé à 1,5 km de l'éolienne la plus proche, aurait pu être révélé par un autre photomontage.

12. Si les requérants soutiennent que l'autorité environnementale relève que la comparaison de projets comportant un nombre de machines différents peut aboutir à favoriser artificiellement la variante comptant le moins d'éoliennes, ils n'apportent aucun élément de nature à établir que cette présentation des variantes aurait nui à l'information du public ou exercé une influence sur la décision du préfet.

13. Contrairement à ce que soutiennent les requérants -qui au demeurant n'étayent pas leurs allégations- il résulte de l'instruction que l'étude d'impact procède à une présentation suffisamment précise des mesures compensatoires envisagées pour les différents impacts du projet, en mentionnant notamment le coût de ces mesures.

14. Il résulte de l'instruction que l'étude écologique jointe au dossier de demande a été réalisée notamment à partir d'un document, joint à l'étude, intitulé " Extraction de données et synthèse des enjeux Chiroptères et Avifaune " et établi par la ligue de protection des oiseaux (LPO) de Maine-et-Loire, qui procède à un inventaire en matière de chiroptères et d'avifaune. Elle a également donné lieu à treize sorties de prospection pour l'avifaune et huit sorties pour les chiroptères, qui ont donné lieu s'agissant de ces derniers à la réalisation d'enregistrements actifs ainsi qu'à la mise en place d'enregistreurs automatiques durant la nuit entière. Si la méthodologie mise en œuvre ne reprend pas l'intégralité des préconisations des différents guides dont se prévalent les requérants, il ne résulte pas l'instruction qu'elle n'aurait pas permis de procéder à une analyse précise et complète de l'état initial du site s'agissant de l'avifaune et des chiroptères. Contrairement à ce qui est soutenu, l'étude d'impact fait notamment état de la présence de la barbastelle d'Europe, du grand rinolphe et du grand murin et l'étude écologique fait apparaitre la présence de différentes espèces d'oiseaux recensées à l'inventaire de la ZNIEFF située à proximité du parc. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'impact jugé faible du parc autorisé sur le martin-pêcheur résulterait de la sous-représentation de cette espèce lors de la réalisation de l'inventaire, l'étude d'impact mentionnant, en effet, que sa faible sensibilité au projet résulte des caractéristiques de la zone d'implantation qui ne comprend pas de milieux aquatiques au sein desquels le martin-pêcheur niche. Si les requérants soutiennent, enfin, que l'étude conclut à l'absence de la cigogne noire sur le site alors qu'elle y est pourtant bien présente, ils n'apportent pas le moindre élément probant au soutien de leurs allégations.

15. L'étude acoustique précise que les analyses ont été réalisées à partir des orientations et vitesses des vents dominants sur le site, à savoir des vents provenant du secteur Ouest à Sud-Ouest et du secteur Nord-Est, lesquels représentent 75 % des vents sur le site. Si les requérants soutiennent que l'étude aurait dû prendre en compte les vents de secteur Nord-Ouest qui présentent un fort intérêt pour la région, ils n'assortissent pas leur moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, et alors qu'il résulte de l'instruction que le bureau d'études ayant réalisé l'étude acoustique justifie des certifications qui lui ont été délivrées, la circonstance qu'aucune indication sur l'étalonnage ne figure sur les appareils utilisés ne saurait suffire, à elle seule, à mettre en doute la fiabilité de l'étude.

16. L'étude d'impact qui précise que les conditions de raccordement du parc au réseau électrique public seront définies par le gestionnaire du réseau, identifie les deux postes sources auxquels le parc est susceptible d'être raccordé et présente un tracé prévisionnel du raccordement externe en faisant apparaitre qu'il s'agira d'un raccordement souterrain. Dans ces conditions et alors que l'arrêté attaqué vaut approbation au titre de l'article L. 323-11 du code de l'énergie uniquement pour le raccordement interne, et que le raccordement externe sera soumis à d'autres autorisations ultérieures, l'étude procède à une présentation suffisante des conditions de raccordement externe.

En ce qui concerne l'avis de l'autorité environnementale :

17. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 6 de la directive du 13 décembre 2011 : " Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que les autorités susceptibles d'être concernées par le projet, en raison de leurs responsabilités spécifiques en matière d'environnement, aient la possibilité de donner leur avis sur les informations fournies par le maître d'ouvrage et sur la demande d'autorisation. À cet effet, les États membres désignent les autorités à consulter, d'une manière générale ou au cas par cas. () " L'article L. 122-1 du code de l'environnement, pris pour la transposition des articles 2 et 6 de cette directive, dispose, dans sa rédaction applicable en l'espèce, que : " I. Les projets de travaux, d'ouvrages ou d'aménagements publics et privés qui, par leur nature, leurs dimensions ou leur localisation sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine sont précédés d'une étude d'impact. () / III. Dans le cas d'un projet relevant des catégories d'opérations soumises à étude d'impact, le dossier présentant le projet, comprenant l'étude d'impact et la demande d'autorisation, est transmis pour avis à l'autorité administrative de l'Etat compétente en matière d'environnement. (). / IV. La décision de l'autorité compétente qui autorise le pétitionnaire ou le maître d'ouvrage à réaliser le projet prend en considération l'étude d'impact, l'avis de l'autorité administrative de l'Etat compétente en matière d'environnement et le résultat de la consultation du public () ". En vertu du III de l'article R. 122-6 du même code, l'autorité administrative de l'Etat compétente en matière d'environnement mentionnée à l'article L. 122-1, lorsqu'elle n'est ni le ministre chargé de l'environnement, dans les cas prévus au I de cet article, ni la formation compétente du Conseil général de l'environnement et du développement durable, dans les cas prévus au II de ce même article, est le préfet de la région sur le territoire de laquelle le projet de travaux, d'ouvrage ou d'aménagement doit être réalisé.

18. L'article 6 de la directive du 13 décembre 2011 a pour objet de garantir qu'une autorité compétente et objective en matière d'environnement soit en mesure de rendre un avis sur l'évaluation environnementale des projets susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement, avant leur approbation ou leur autorisation, afin de permettre la prise en compte de ces incidences. Eu égard à l'interprétation de l'article 6 de la directive du 27 juin 2001 donnée par la Cour de justice de l'Union européenne par son arrêt rendu le 20 octobre 2011 dans l'affaire C-474/10, il résulte clairement de ces dispositions que, si elles ne font pas obstacle à ce que l'autorité publique compétente pour autoriser un projet soit en même temps chargée de la consultation en matière environnementale, elles imposent cependant que, dans une telle situation, une séparation fonctionnelle soit organisée au sein de cette autorité, de manière à ce que l'entité administrative concernée dispose d'une autonomie réelle, impliquant notamment qu'elle soit pourvue de moyens administratifs et humains qui lui soient propres, et soit ainsi en mesure de remplir la mission de consultation qui lui est confiée en donnant un avis objectif sur le projet concerné.

19. Lorsque le projet est autorisé par un préfet de département autre que le préfet de région, l'avis rendu sur le projet par le préfet de région en tant qu'autorité environnementale doit, en principe, être regardé comme ayant été émis par une autorité disposant d'une autonomie réelle répondant aux exigences de l'article 6 de la directive du 13 décembre 2011, sauf dans le cas où c'est le même service qui a, à la fois, instruit la demande d'autorisation et préparé l'avis de l'autorité environnementale. En particulier, les exigences de la directive, tenant à ce que l'entité administrative appelée à rendre l'avis environnemental sur le projet dispose d'une autonomie réelle, impliquant notamment qu'elle soit pourvue de moyens administratifs et humains qui lui soient propres, ne peuvent être regardées comme satisfaites lorsque le projet a été instruit pour le compte du préfet de département par la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) et que l'avis environnemental émis par le préfet de région a été préparé par la même direction, à moins que l'avis n'ait été préparé, au sein de cette direction, par le service mentionné à l'article R. 122-21 du code de l'environnement qui a spécialement pour rôle de préparer les avis des autorités environnementales.

20. Le projet présenté par la SARL Parc éolien de la Saulaie, autorisé par l'arrêté attaqué, était soumis à la réalisation d'une étude d'impact en vertu de la rubrique 1° du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, dans sa rédaction alors en vigueur. Ce projet a en conséquence fait l'objet d'un avis de l'autorité environnementale visée au III de l'article L. 122-1 du même code, émis le 31 juillet 2017 par le préfet de la région Pays de la Loire, conformément aux dispositions du III de l'article R. 122-6 du code de l'environnement, et préparé par la DREAL des Pays de la Loire, sans qu'il résulte de l'instruction que la préparation de cet avis ait été confiée au service mentionné à l'article R. 122-21 du code de l'environnement qui a spécialement pour rôle de préparer les avis des autorités environnementales. Il résulte, en outre, de l'instruction, notamment des échanges entre le pétitionnaire et la DREAL visés par l'arrêté attaqué et du rapport de l'inspection des installations classées, que la demande d'autorisation a été instruite par l'unité territoriale de Maine-et-Loire de cette direction. Conformément à ce qui est dit au point précédent, cet avis ne peut, dès lors, être regardé comme ayant été émis par une autorité compétente et objective en matière d'environnement. Par suite et alors que compte tenu du rôle joué par l'autorité environnementale au début du processus d'évaluation et de la portée de l'avis qu'elle rend, l'autonomie dont cette autorité doit disposer constitue une garantie, l'irrégularité de l'avis émis le 31 juillet 2017 entache d'illégalité l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne l'atteinte aux paysages et à la conservation des sites et monuments :

21. Si le parc autorisé s'inscrit dans un secteur dans lequel l'éolien est déjà présent, une cinquantaine d'éoliennes étant recensées dans un périmètre de 15 km, il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu notamment de la distance séparant les parcs comme du relief et du caractère bocager du secteur, qu'un effet de saturation soit caractérisé. Un tel effet ne ressort notamment pas de l'avis favorable émis par le directeur départemental des territoires le 29 juin 2017. Si l'étude paysagère fait, par ailleurs, apparaitre que le parc autorisé sera visible depuis les hameaux situés à proximité, il résulte de l'instruction que les éoliennes seront en partie dissimulées par la végétation et que la plantation de haies bocagères sera, en outre, proposée aux riverains situés dans un périmètre d'1 km. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le parc serait à l'origine d'un effet d'écrasement, son impact visuel n'est pas de nature à caractériser une atteinte susceptible de faire obstacle au projet.

En ce qui concerne l'atteinte à la protection de la nature et de l'environnement :

22. La seule présence d'une ZNIEFF à proximité de la zone d'implantation et le constat de la richesse faunistique du site ne sauraient suffire à caractériser une atteinte aux intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement. Ni le directeur départemental des territoires ni l'inspection des installations classées n'ont mis en évidence que le projet était de nature à porter atteinte aux espèces de chiroptères et d'oiseaux recensées sur le site. Les requérants n'établissent pas, -ni même allèguent- que ces espèces présenteraient une sensibilité particulière au risque éolien. Dans ces conditions, et alors que les caractéristiques du lieu d'implantation de l'éolienne E6, situé à 135 mètres de la lisière du bois de Breil, justifient qu'elle fasse l'objet de mesures de bridage particulières, les requérants ne sont pas fondés à invoquer une atteinte à la protection de la nature et à l'environnement.

En ce qui concerne l'atteinte à la santé et la salubrité :

23. Conformément à l'article 4 du titre I de l'arrêté attaqué, la SARL Parc éolien de la Saulaie, qui en toute hypothèse est tenue de se conformer aux valeurs réglementaires fixées par l'arrêté du 26 août 2011, est soumise au respect du plan de bridage présenté dans l'étude d'impact. Les requérants, qui se bornent à invoquer l'imprécision de l'arrêté attaqué, n'établissent pas -ni même allèguent- que ce plan de bridage ne serait pas de nature à permettre le respect des seuils réglementaires, notamment en période nocturne. S'ils se prévalent également d'un risque de chute de pale, ils n'invoquent aucun élément sérieux susceptible de mettre en doute les conclusions de l'étude de danger et de caractériser l'existence d'un tel risque.

Sur les conséquences à tirer du seul vice entachant d'illégalité l'arrêté attaqué :

24. Les dispositions du 2° du I de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, applicable au présent litige conformément au 2° de l'article 15 de l'ordonnance du 26 janvier 2017, permettent au juge, lorsqu'il constate un vice qui entache la légalité de l'autorisation environnementale attaquée mais qui peut être régularisé par une décision modificative, de rendre un jugement avant-dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. Le juge peut préciser, par son jugement avant-dire droit, les modalités de cette régularisation, qui implique l'intervention d'une décision corrigeant le vice dont est entachée la décision attaquée. Un vice de procédure, dont l'existence et la consistance sont appréciées au regard des règles applicables à la date de la décision attaquée, doit en principe être réparé selon les modalités prévues à cette même date. Si ces modalités ne sont pas légalement applicables, notamment du fait de l'illégalité des dispositions qui les définissent, il appartient au juge de rechercher si la régularisation peut être effectuée selon d'autres modalités qu'il lui revient de définir en prenant en compte les finalités poursuivies par les règles qui les ont instituées et en se référant, le cas échéant, aux dispositions en vigueur à la date à laquelle il statue.

25. En l'occurrence, l'illégalité relevée au point 20 peut être régularisée par la consultation, s'agissant du projet présenté par la SARL Parc éolien de la Saulaie, d'une autorité environnementale présentant les garanties d'impartialité requises. Pour que cette régularisation puisse être effectuée, ce nouvel avis devra être rendu dans les conditions définies aux articles R. 122-6 à R. 122-8 et R. 122-24 du code de l'environnement, applicables à la date de l'émission de cet avis ou de la constatation de l'expiration du délai requis pour qu'il soit rendu, par la mission régionale d'autorité environnementale (MRAe) du conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) compétente pour la région Pays de la Loire.

26. Lorsque ce nouvel avis aura été rendu, ou lorsqu'il sera constaté que la MRAe du CGEDD compétente pour la région Pays de la Loire n'a pas émis d'observations dans le délai qui lui est imparti par les dispositions du code de l'environnement mentionnées au point précédent, ce nouvel avis ou l'information relative à l'absence d'observations émises par la MRAe sera mis en ligne sur un site internet suffisamment accessible et ayant une notoriété suffisante, tels que le site de la préfecture de la région Pays de la Loire ou celui de la préfecture de Maine-et-Loire, de manière à ce qu'une information suffisante du public soit assurée et que celui-ci ait la possibilité de présenter ses observations et propositions. L'accessibilité de cet avis implique également qu'il soit renvoyé à son contenu intégral par un lien hypertexte figurant sur la page d'accueil du site en cause.

27. Dans l'hypothèse où ce nouvel avis indiquerait, après avoir tenu compte d'éventuels changements significatifs des circonstances de fait, que, tout comme l'avis irrégulier émis le 31 juillet 2017, le dossier de demande d'autorisation déposée par la SARL Parc éolien de la Saulaie est assorti d'une étude d'impact de bonne qualité permettant d'appréhender les effets et les conséquences de l'installation sur l'ensemble des composantes environnementales, le préfet de Maine-et-Loire pourra décider de procéder à l'édiction d'un arrêté modificatif régularisant le vice initial lié à l'irrégularité retenue par le tribunal. Le préfet pourra procéder de manière identique en cas d'absence d'observations de l'autorité environnementale émises dans le délai requis par les dispositions du code de l'environnement mentionnées au point 25.

28. Dans l'hypothèse où, à l'inverse, le nouvel avis émis par la MRAE diffèrerait substantiellement de celui qui avait été émis le 31 juillet 2017, une enquête publique complémentaire devra être organisée à titre de régularisation, selon les modalités prévues par les articles L. 123-14 et R. 123-23 du code de l'environnement, dans le cadre de laquelle seront soumis au public, outre l'avis recueilli à titre de régularisation, tout autre élément de nature à régulariser d'éventuels vices révélés par le nouvel avis, notamment une insuffisance de l'étude d'impact. Au vu des résultats de cette nouvelle enquête organisée comme indiqué précédemment, le préfet de Maine-et-Loire pourra décider de procéder à l'édiction d'un arrêté modificatif régularisant le vice entachant la procédure initiale d'enquête publique.

29. Dans l'hypothèse où, comme rappelé au point 27, le préfet devrait organiser une simple procédure de consultation publique du nouvel avis émis par la MRAe avant de décider de prendre un arrêté de régularisation, il sera sursis à statuer sur la présente requête pendant un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, jusqu'à ce que le préfet de Maine-et-Loire ait transmis au tribunal l'arrêté de régularisation pris à la suite de cette procédure.

30. Dans l'hypothèse où, comme rappelé au point 28, le préfet devrait organiser une nouvelle enquête publique, il sera sursis à statuer sur la présente requête pendant un délai de dix mois à compter de la notification du présent jugement, jusqu'à ce que le préfet de Maine-et-Loire ait transmis au tribunal l'arrêté de régularisation pris à la suite de cette procédure d'enquête publique.

D É C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la demande présentée pour l'association " Défense de l'environnement de Coron " et autres jusqu'à ce que le préfet de Maine-et-Loire ait procédé à la transmission d'un arrêté de régularisation édicté après le respect des différentes modalités définies aux points 24 à 30 du présent jugement jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement lorsqu'il n'aura été fait usage que de la procédure définie au point 27 ou jusqu'à l'expiration d'un délai de dix mois lorsque l'organisation d'une nouvelle enquête publique aura été nécessaire comme indiqué au point 28.

Article 2 : Le préfet de Maine-et-Loire fournira au tribunal, au fur et à mesure de leur accomplissement, les actes entrepris en vue de la régularisation prévue à l'article précédent.

Article 3 : Tous droits et conclusions des parties, sur lesquels il n'a pas été statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'à la fin de l'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Défense de l'environnement de Coron ", représentante unique des requérants, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à la SARL Parc éolien de la Saulaie et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

Y. ALa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLe greffier,

Y. LECLERC

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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