mardi 1 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1808809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 5ème chambre |
| Avocat requérant | HILMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 septembre et 3 octobre 2018, Mme B C, représentée par Me Hilmy, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2018 par lequel le préfet de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de procéder au réexamen de sa situation, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente de la réponse du tribunal de grande instance de Paris à sa déclaration de nationalité française ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- descendante d'originaires d'Algérie déclarés citoyens français, elle a conservé la nationalité française ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation et a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle a dû fuir l'Algérie pour échapper aux violences que lui infligeait le père de ses deux enfants ; eu égard à son statut de femme divorcée, elle n'a plus aucune attache avec son père et ses frères ; elle a trouvé refuge auprès de sa sœur ; elle vit en concubinage avec un ressortissant français ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle n'a plus d'attaches en Algérie et craint de subir les représailles de son ex-époux et de sa famille, voire de son père et de ses frères ;
- son éloignement ne pourra être exécuté tant que l'administration n'aura pas trouvé un autre pays que l'Algérie dans lequel elle serait légalement admissible ;
Sur la décision lui accordant un délai de départ volontaire :
- elle est mère de deux enfants mineurs scolarisés en France ; elle a engagé une action déclaratoire de nationalité française.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2018, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un jugement avant dire droit du 6 décembre 2018, le magistrat désigné du tribunal a sursis à statuer sur la requête de Mme C jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se soit prononcée sur la question de savoir si la requérante possède la nationalité française.
Par décision du 8 octobre 2018, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin a été entendu au cours de l'audience publique du 8 juin 2023.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. L'article L. 511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". Aux termes de l'article L. 512-1 alors en vigueur du même code : " () I bis.-L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 et qui dispose du délai de départ volontaire mentionné au premier alinéa du II du même article L. 511-1 peut, dans un délai de quinze jours à compter de sa notification, demander au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. () ".
2. Par la présente requête, Mme C, ressortissante algérienne née le 29 novembre 1982, demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2018 par lequel le préfet de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination.
Sur l'exception de nationalité française :
3. Mme C soutient, pour demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 5 septembre 2018, qu'elle possède la nationalité française par filiation paternelle sur le fondement de l'article 18 du code civil. Elle se prévaut, à ce titre, de sa filiation avec M. D A, naturalisé français par décret du 2 août 1880, dont descend son père par sa branche maternelle. Toutefois, par un jugement du 29 mars 2023 versé au dossier, le tribunal judiciaire de Paris a jugé que Mme C était réputée avoir perdu la nationalité française le 4 juillet 2012. Par suite, l'exception de nationalité française invoquée par la requérante ne peut être accueillie.
Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de l'arrêté attaqué :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de la Mayenne a bien procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme C avant de décider son éloignement du territoire français.
5. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".
6. Si Mme C, présente sur le territoire français depuis le 28 mai 2017, accompagnée de ses deux filles nées respectivement en 2010 et 2012 et scolarisées en France, fait valoir qu'elle a divorcé en Algérie de son conjoint violent et qu'elle vit désormais à Laval, depuis septembre 2017, en concubinage avec un ressortissant français, la déclaration d'honneur rédigée par ce dernier le 15 septembre 2018 et le contrat d'abonnement au service des eaux, établie à son nom et à celui de la requérante à la même date, ne suffisent pas à démontrer que la relation entre ces deux personnes, qui était encore récente à la date de la décision attaquée, présentait un caractère stable et intense. Mme C soutient, par ailleurs, qu'ayant voulu fuir les violences exercées contre elle et ses enfants par son ancien conjoint, n'ayant plus d'attache avec son père et ses frères eu égard à son statut de femme divorcée et sa mère étant décédée, elle a trouvé refuge en France auprès de sa sœur. Elle n'assortit toutefois cette affirmation d'aucun élément justifiant de ses relations avec cette sœur. Elle ne fait non plus état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce que ses filles poursuivent leur scolarité hors de France. Dans ces conditions, en obligeant l'intéressée à quitter le territoire français, le préfet de la Mayenne n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :
7. Aux termes du II de l'article L. 511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " II. ' Pour satisfaire à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, l'étranger dispose d'un délai de trente jours à compter de sa notification et peut solliciter, à cet effet, un dispositif d'aide au retour dans son pays d'origine. Eu égard à la situation personnelle de l'étranger, l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, après avoir vu sa demande d'asile définitivement rejetée, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour à un autre titre. En se bornant à faire valoir qu'elle avait engagé une action déclaratoire de nationalité française et que ses deux filles étaient scolarisées en France, l'intéressée n'établit pas qu'en lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jour, le préfet de la Mayenne aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. Mme C soutient qu'elle craint, en cas de retour en Algérie, les représailles de son ex-époux et de sa famille, voire de son père et de ses frères. Elle reprend ainsi les éléments qu'elle a exposés à l'appui de sa demande d'asile, sans apporter aucun élément nouveau de justification, alors même que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont considéré que les craintes alléguées n'étaient pas suffisamment étayées et personnalisées. Par ailleurs, la circonstance que, dans l'article 3 de l'arrêté attaqué, le préfet de la Mayenne a désigné le pays de destination comme " le pays dont Mme C a la nationalité ", sans mentionner le nom de ce pays, est sans incidence sur la légalité de cette désignation, celle-ci étant suffisamment explicite pour être comprise. Dans ces conditions et pour les raisons exposées au point 5, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en désignant L'Algérie comme pays de cdestination, le préfet aurait méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 5 septembre 2018. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les conclusions présentées par la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, ne peuvent, dès lors que ce dernier n'est pas partie perdante dans la présente instance, qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la préfète de la Mayenne et à Me Nadia Hilmy.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2023.
Le magistrat désigné,
L. MARTIN La greffière,
V. MALINGRE La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne
en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026