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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1809039

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1809039

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1809039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantQUESTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2018, M. A F, représenté par Me Marie Queste, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2018 par laquelle la ministre chargée du travail, statuant expressément sur le recours formé par la société Alquenry à l'encontre de la décision du 19 décembre 2017 de l'inspecteur du travail refusant de délivrer à cette société l'autorisation de le licencier, a retiré la décision implicite de rejet de ce recours, annulé la décision du 19 décembre 2017 et accordé à la société Alquenry cette autorisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- elle est entachée d'erreur de fait dans la mesure où l'inaptitude relevée n'est pas totale ;

- concernant la réalisation, par son employeur, de son obligation de reclassement, la décision est entachée d'erreur de fait s'agissant de la détermination du périmètre du reclassement, d'erreur de droit dès lors que la ministre chargée du travail n'a apprécié le respect de cette obligation qu'à l'échelle de l'établissement de la société situé à Blois et d'erreur d'appréciation du caractère sérieux de la recherche de reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2020, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. F.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de la décision attaquée n'est pas fondé ;

- au regard du rapport établi par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire, dans le cadre de l'instruction du recours hiérarchique formé par la société Groupe Alquenry, il doit être considéré que cette société a satisfait à son obligation de reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2018, la société Groupe Alquenry, représentée par Me Amandine Perochon, demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. F et de mettre à sa charge la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 1er septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- l'arrêté du 22 juillet 2015 relatif à l'organisation de la direction générale du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 octobre 2022 à partir de 9h45 :

- le rapport de M. G,

- et les conclusions de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. La société Groupe Alquenry, société par actions simplifiée, exerce une activité de travaux d'installation et de maintenance en matière de télécommunications. Elle a recruté, à compter du 10 septembre 2012, M. A F en qualité de monteur téléphonique. M. F a été élu délégué du personnel titulaire le 29 juin 2016. Atteint d'une maladie à sa main droite puis à sa main gauche, le médecin du travail a, le 1er septembre 2017, estimé que cette maladie professionnelle le rendait "inapte" à son poste, mais "apte à un autre" poste, cette aptitude étant soumise à certaines restrictions. La société Groupe Alquenry a engagé, à l'encontre de M. F, une procédure de licenciement pour inaptitude liée à une maladie professionnelle. Sa demande, présentée le 3 novembre 2017, a été rejetée par une décision du 19 décembre 2017 de l'inspecteur du travail de l'unité départementale de la Sarthe de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire. Un recours a été formé par la société Groupe Alquenry contre cette décision devant la ministre chargée du travail. Reçu le 5 février 2018, ce recours a été implicitement rejeté le 5 juin 2018, comme le prévoit le dernier alinéa de l'article R. 2422-1 du code du travail, à la suite du silence gardé par cette autorité pendant plus de 4 mois. Toutefois, le 2 août 2018, la ministre chargée du travail a statué expressément sur ce recours. Elle a décidé de retirer cette décision implicite de rejet, d'annuler celle de l'inspecteur du travail du 19 décembre 2017 et d'accorder à la société Groupe Alquenry l'autorisation de licencier M. F. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu des dispositions des articles L. 2411-1 et suivants, le licenciement d'un salarié qui bénéficie d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'il représente ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail ou, lorsqu'il est saisi d'un recours contre la décision de l'inspecteur du travail, du ministre chargé du travail. Les salariés investis d'un mandat de délégué du personnel titulaire sont au nombre de ceux qui bénéficient d'une telle protection.

En ce qui concerne la légalité externe :

3. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur général du travail bénéficie de la délégation pour signer, au nom de la ministre chargée du travail, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Le directeur général du travail, est en vertu de l'article 3 de ce même décret, autorisé à déléguer lui-même cette signature aux fonctionnaires de catégorie A.

4. La décision attaquée a été signée par Mme D E en qualité d'adjointe au chef du bureau du statut protecteur au sein de la direction générale du travail. En vertu de l'article 16 de la décision du 24 mai 2017 portant délégation de signature à la direction générale du travail, dans sa rédaction issue de l'article 1er de la décision du 2 mai 2018 régulièrement publiée le 16 mai 2018, M. C H, directeur général du travail, a donné à Mme D E, attachée principale d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau du statut protecteur, délégation à l'effet de signer, dans la limite des attributions de ce bureau et au nom de la ministre chargée du travail, tous actes et décisions à l'exclusion des décrets. Selon l'article 5 de l'arrêté du 22 juillet 2015 du ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social relatif à l'organisation de la direction générale du travail, alors en vigueur, le bureau du statut protecteur est chargé notamment : " () - d'instruire des recours hiérarchiques et contentieux relatifs aux licenciements des salariés protégés () ". Par, suite le moyen tiré de ce que la signataire de la décision en litige n'aurait pas été habilitée à cette fin doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre compétent doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision.

6. Aux termes de l'article L. 1226-10 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque, à l'issue des périodes de suspension du contrat de travail consécutives à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, le salarié est déclaré inapte par le médecin du travail à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Cette proposition prend en compte () les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur l'aptitude du salarié à exercer l'une des tâches existant dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur l'aptitude du salarié à bénéficier d'une formation destinée à lui proposer un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, transformations de postes ou aménagement du temps de travail ".

S'agissant de l'inaptitude de M. F :

7. Le requérant soutient que l'autorisation de licenciement ne pouvait être légalement délivrée dans la mesure où seule une inaptitude physique partielle a été constatée.

8. Selon l'article L. 4624-4 du code du travail : " Après avoir procédé ou fait procéder par un membre de l'équipe pluridisciplinaire à une étude de poste et après avoir échangé avec le salarié et l'employeur, le médecin du travail qui constate qu'aucune mesure d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste de travail occupé n'est possible et que l'état de santé du travailleur justifie un changement de poste déclare le travailleur inapte à son poste de travail. L'avis d'inaptitude rendu par le médecin du travail est éclairé par des conclusions écrites, assorties d'indications relatives au reclassement du travailleur. ". Il résulte de ces dispositions et de celles, rappelées au point précédent, de l'article L. 1226-10 du code du travail, que le médecin du travail doit se prononcer sur l'aptitude d'un salarié à reprendre, à la suite d'une maladie professionnelle, le poste qu'il occupait effectivement et que le licenciement de ce salarié pour inaptitude physique ne peut être légalement autorisé qu'en cas d'inaptitude totale à ce poste.

9. Il ressort des termes de l'avis du médecin du travail du 1er septembre 2017 que M. F a été déclaré "inapte au poste, apte à un autre". Par cette expression, le médecin du travail a entendu relever, non pas que l'intéressé était inapte partiellement au poste de monteur téléphonique qu'il occupait effectivement, mais qu'il était inapte totalement à ce poste, tout en ayant la possibilité d'occuper un autre poste au sein de la société Groupe Alquenry. Par suite, le moyen énoncé au point 7 ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la mise en œuvre, par la société Groupe Alquenry, de son obligation de reclassement ;

10. Lorsque le licenciement de l'un des salariés bénéficiant de la protection mentionnée au point 2 est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que l'employeur a, conformément aux dispositions de l'article L. 1226-10 du code du travail, cherché à reclasser le salarié sur d'autres postes appropriés à ses capacités, le cas échéant par la mise en œuvre, dans l'entreprise, de mesures telles que mutations ou transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail. Le licenciement ne peut être autorisé que dans le cas où l'employeur n'a pu reclasser le salarié dans un emploi approprié à ses capacités au terme d'une recherche sérieuse, menée tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. Lorsqu'après son constat d'inaptitude, le médecin du travail apporte des précisions quant aux possibilités de reclassement du salarié, ses préconisations peuvent, s'il y a lieu, être prises en compte pour apprécier le caractère sérieux de la recherche de reclassement de l'employeur. Il incombe ainsi à l'employeur, qui envisage de licencier pour inaptitude un salarié bénéficiant d'une protection, de procéder, préalablement à son licenciement, à une recherche sérieuse des postes disponibles, quelle que soit la durée des contrats susceptibles d'être proposés pour pourvoir ces postes, et appropriés à ses capacités, en vue de chercher à le reclasser et à éviter autant que de possible son licenciement.

11. En premier lieu, il ressort de la motivation de la décision attaquée que la ministre chargée du travail a, s'agissant du périmètre de mise en œuvre de l'obligation de reclassement incombant à la société Groupe Alquenry, relevé que cette société "compte un établissement et une holding et n'appartient aucun groupe" et que "dès lors, les recherches de reclassement se limitent au seul périmètre de l'entreprise".

12. D'une part, il ressort des pièces produites par le requérant, qui ne sont pas contestées par la société, que cette dernière comprend 5 établissements, l'établissement principal étant situé au Mans (Sarthe), 4 autres établissements étant localisés à Blois (Loir-et-Cher), à Saint-Georges-sur-Eure (Eure-et-Loir), à Saint-Calais (Sarthe) et à Longué-Jumelles (Maine-et-Loire). Le poste de magasinier proposé à M. F, employé au sein de l'établissement situé à Blois, postérieurement à l'avis du médecin du travail du 1er septembre 2017, n'était pas rattaché à cet établissement. Par ailleurs 17 cheffes et chefs de service au sein de la société ont été rendus destinataires d'un courriel du 7 septembre 2017 de la directrice des ressources humaines de la société. Ce courriel leur demandait d'indiquer si, au regard de la formation, des compétences et des aptitudes résiduelles de M. F, qui étaient présentées dans un document qui y était joint, il existait, au sein de leur service, un poste disponible. Il n'est même pas allégué par le requérant, qui produit ce courriel mentionnant de manière lisible l'identité de chacun des cheffes et chefs de service, que ces dernières et ces derniers exerceraient exclusivement leur activité au sein de l'établissement situé à Blois. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la société Groupe Alquenry n'aurait pas recherché à reclasser M. F dans l'ensemble des établissements de cette société. La ministre chargée du travail a, dans la motivation de la décision attaquée, fait état du poste de magasinier proposé à M. F et du courriel du 7 septembre 2017 adressé à l'ensemble des cheffes et chefs de service de la société. Elle doit ainsi être regardée, quand bien même elle se réfère à tort à l'existence d'un seul établissement au sein de cette société, comme ayant apprécié la mise en œuvre, par l'employeur du requérant, de l'obligation de reclassement qui lui incombait au-delà du périmètre de l'établissement situé à Blois. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui ne repose dès lors pas sur une erreur de droit, n'est pas, par ailleurs, entachée d'une erreur de fait de nature à en affecter la légalité.

13. D'autre part, l'article L. 1226-10 du code du travail énonce : " Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. ".

14. En se bornant à alléguer que la société Groupe Alquenry comprend une seule associée, la société Alquenry, sans en particulier indiquer si cette associée contrôlerait par ailleurs d'autres entreprises, M. F étaye de manière insuffisante ses allégations relatives à l'appartenance de son employeur à un groupe. Dans ces conditions, doivent être écartés les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait en ce qu'elle relève l'absence d'une telle appartenance et d'erreur de droit au regard de l'absence de vérification, par la ministre chargée du travail, de la mise en œuvre, par la société Groupe Alquenry, de l'obligation de reclassement à l'échelle du groupe.

15. En second lieu, M. F soutient que la décision attaquée repose sur une erreur d'appréciation en ce qu'elle retient que son employeur a satisfait à son obligation de reclassement au sein de l'établissement de Blois.

16. Il ressort des pièces du dossier que, antérieurement à l'avis d'inaptitude délivré par le médecin du travail le 1er septembre 2017, M. F avait, dès le 18 octobre 2016, fait l'objet d'un arrêt de travail. Cet arrêt de travail, qui devait initialement s'achever le 26 novembre 2016, a été prolongé jusqu'au 9 décembre 2016 puis jusqu'au 31 décembre 2016. A l'issue de la visite médicale de reprise qui s'est déroulée le 5 janvier 2017, le médecin du travail l'a déclaré apte à l'occupation du poste de monteur téléphonique sous réserve de respecter un certain nombre de restrictions. Le médecin du travail a, sur demande de l'employeur, émis, après examen, le 2 mars 2017, un nouvel avis concernant l'aptitude médicale de l'intéressé. Cet avis reprend les termes de celui émis le 5 janvier 2017 en complétant les restrictions. Le 15 mai 2017, M. F a de nouveau été placé en arrêt de travail, lequel s'est exécuté jusqu'au 31 août 2017.

17. A l'appui, d'abord, du moyen énoncé au point 15, M. F fait état du comportement de son employeur au regard de son obligation de reclassement sur la période courant depuis l'avis du médecin du travail émis le 5 janvier 2017. Cependant, l'obligation de reclassement, dont il appartient aux autorités administratives, chargées d'examiner une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé à raison de son inaptitude médicale, de vérifier si elle a été mise en œuvre par l'employeur dans les conditions rappelées au point 10, incombe à cet employeur à raison de l'inaptitude médicale relevée pour l'exercice de l'emploi correspondant au poste occupé par le salarié. Dans ces conditions, M. F ne peut utilement faire valoir, pour critiquer la légalité de la décision attaquée, l'absence de respect, par son employeur, de son obligation de reclassement au cours de la période antérieure au 1er septembre 2017, date à laquelle le médecin du travail a relevé, pour la première fois, son inaptitude médicale pour l'occupation du poste de monteur téléphonique.

18. Compte tenu, ensuite, des caractéristiques du poste de monteur téléphonique qu'il occupait, lequel induisait notamment l'utilisation d'outil vibrant, de marteau-piqueur, de perforateur ou de meuleuse ainsi que l'accomplissement d'efforts de préhension répétés d'outil à main, lesquels n'étaient pas compatibles, selon le médecin du travail, avec l'état de santé de M. F, ce dernier ne peut sérieusement soutenir que des aménagements à ce poste auraient pu être mis en place par son employeur.

19. Comme cela a été en outre dit au point 12, l'ensemble des 17 cheffes et chefs de service de la société Groupe Alquenry ont été rendus destinataires, le 7 septembre 2017, d'un courriel de la directrice des ressources humaines de la société par lequel leur a été demandé d'indiquer s'il existait, dans leur service, un poste disponible, au regard de la formation, des compétences et des aptitudes résiduelles de M. F qui étaient précisées dans un document joint à ce courriel. Il ne saurait être déduit de la seule circonstance que ne figurent au dossier que 13 courriels de réponse sur les 17 destinataires l'absence de recherche sérieuse, par la société Groupe Alquenry, d'une possibilité de reclassement du requérant.

20. De surcroît, si, durant la période comprise entre, d'une part, le 1er septembre 2017, date de l'avis du médecin du travail déclarant M. F inapte au poste de monteur téléphonique dans le secteur "génie civil" correspondant à la création de tranchées ainsi qu'à l'adduction et la réparation de conduites pour le réseau des télécommunications, et, d'autre part, la date de la décision attaquée, la société Groupe Alquenry a nommé deux personnes en qualité de chefs d'équipe en appui au référent technique dans le secteur "boucle locale" lequel fait intervenir des agents sur le circuit physique des câbles reliant le réseau public au point du terminaison situé chez l'abonné, il ressort des pièces du dossier qu'il existait entre les qualifications de M. F et le profil exigé pour chacun de ces postes un écart tel qu'il n'aurait pu occuper ce poste sans une longue formation préalable, aux résultats incertains, et qu'ainsi, il n'existait pas de possibilité de reclassement en sa faveur au sein de l'entreprise sur ces deux postes.

21. Enfin, la légalité de la décision attaquée s'appréciant à la date à laquelle elle a été prise, la supposée existence, simplement alléguée, de postes sur lesquels M. F aurait été susceptible d'être reclassé à la date du licenciement, intervenu 4 jours après cette décision, est sans incidence sur sa légalité.

22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 16 à 21 que M. F n'est pas fondé à soutenir que la ministre chargée du travail aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que son employeur avait satisfait à son obligation de reclassement.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la ministre chargée du travail du 2 août 2018 relative à la demande d'autorisation de licenciement de M. F, présentée par la société Groupe Alquenry, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. F d'une somme au titre des frais d'instance susceptibles d'être remboursés sur le fondement de ces dispositions. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant le versement à la société Groupe Alquenry d'une somme au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Groupe Alquenry sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Groupe Alquenry.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

D. G

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

No 1809039

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