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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1809098

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1809098

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1809098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés le 26 septembre 2018 et le 14 août 2019, M. B A, représenté en dernier lieu par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2018 par laquelle le directeur général du centre hospitalier du Mans a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident du 31 octobre 2017 et l'a placé en congé de maladie ordinaire du 2 novembre 2017 au 31 mai 2018 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier du Mans de réétudier sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 31 octobre 2017 et de prendre en charge, au titre de cet accident de service, les arrêts de travail compris entre le 2 novembre 2017 et le 31 mai 2018 inclus ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Mans la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- le directeur du centre hospitalier du Mans s'est estimé lié par l'avis de l'expert médical ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission de réforme ; dans l'hypothèse où cette commission aurait été saisie, d'une part, il n'est pas justifié de sa composition en méconnaissance de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 et de l'arrêté du 4 août 2004 et, d'autre part, il n'est pas justifié qu'un rapport écrit du médecin du travail lui aurait été transmis ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que l'accident du 31 octobre 2017 est survenu sur le lieu et dans le temps du service ainsi que dans l'exercice de ses fonctions et que l'autoritarisme dont a fait preuve son cadre de santé à son égard s'est traduit par un syndrome dépressif.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2019, le centre hospitalier du Mans, représenté par Me Lesné, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière.

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baufumé, rapporteure,

- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique,

- et les observations de Me Klein, substituant Me Lesné et représentant le centre hospitalier du Mans.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, aide-soignant titulaire au sein du centre hospitalier du Mans (Sarthe), y exerce des fonctions d'assistant de régulation médicale depuis l'année 2001. A la suite d'une altercation qui aurait eu lieu le 31 octobre 2017 sur son lieu de travail, avec son cadre de santé, M. A a réalisé une déclaration d'accident du travail et transmis à l'établissement de santé des arrêts de travail à compter du 2 novembre 2017. Par la décision attaquée du 2 août 2018, le directeur général du centre hospitalier du Mans, a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident du 31 octobre 2017 et a placé M. A en congé de maladie ordinaire du 2 novembre 2017 au 31 mai 2018. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 9 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le médecin du travail attaché à l'établissement auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical ou à la commission départementale de réforme des agents des collectivités locales prévue par le décret du 9 septembre 1965 susvisé est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à la réunion. Il remet obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 16, 21, 23 et 32. Le fonctionnaire intéressé et l'autorité compétente de l'établissement peuvent faire entendre le médecin de leur choix par le comité médical et la commission de réforme ". Aux termes de l'article 16 de ce même décret : " La commission départementale de réforme des agents des collectivités locales est obligatoirement consultée si la maladie provient de l'une des causes prévues au deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. / Lorsque l'administration est amenée à se prononcer sur l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident, elle peut, en tant que de besoin, consulter un médecin expert agréé. La commission de réforme n'est pas consultée lorsque l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident est reconnue par l'administration. / La commission de réforme peut, en tant que de besoin, demander à l'administration de lui communiquer les décisions reconnaissant l'imputabilité. ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. En l'espèce, dès lors que M. A sollicitait le bénéfice des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 et que le centre hospitalier du Mans n'entendait pas faire droit à sa demande, la commission de réforme devait être saisie. Il ressort des dispositions citées ci-dessus qu'elle devait disposer d'un rapport écrit du médecin du travail compétent. Or, alors que M. A soutient qu'un tel rapport n'a pas été soumis à la commission, le centre hospitalier du Mans ne le contredit pas. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas du procès-verbal de la séance de la commission de réforme du 9 juillet 2018 qu'elle aurait eu connaissance d'un tel rapport, il doit être tenu pour établi qu'elle n'en a pas disposé. Il s'ensuit que la procédure de consultation de cette instance doit être considérée comme ayant été viciée. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la commission de réforme a estimé, par avis du 9 juillet 2018, que les événements du 31 octobre 2017 n'étaient pas imputables au service. Il s'en suit que l'absence de rapport écrit du médecin du travail constitue un vice de procédure de nature à avoir privé M. A d'une garantie, vice qui, dès lors, entache d'illégalité la décision contestée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée du 2 août 2018 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. La présente annulation implique nécessairement, compte tenu de ses motifs, qu'ainsi que le sollicite le requérant, l'administration se prononce à nouveau sur l'imputabilité au service de l'accident du 31 octobre 2017 et de ses arrêts de travail du 2 novembre 2017 au 31 mai 2018 ainsi que sur sa situation administrative durant cette période, après, sauf si elle entend reconnaître directement l'imputabilité au service de la pathologie litigieuse, une nouvelle consultation de la commission de réforme. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier du Mans la somme de 1 500 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général du centre hospitalier du Mans du 2 août 2018 refusant de reconnaitre l'imputabilité au service de l'incident du 31 octobre 2017 et plaçant M. A en congé de maladie ordinaire du 2 novembre 2017 au 31 mai 2018 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général du centre hospitalier du Mans de se prononcer à nouveau sur l'imputabilité au service de l'incident du 31 octobre 2017 et des arrêts de travail de M. A du 2 novembre 2017 au 31 mai 2018 ainsi que sur la situation administrative de l'intéressé durant cette période, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier du Mans versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier du Mans.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. C

La greffière

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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