jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1809587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | GIDE LOYRETTE NOUEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 octobre 2018 et 16 juillet 2019, Mme B A, représentée par Me Raimbault, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2018 par laquelle le maire de la commune de Sablé-sur-Sarthe a refusé de procéder à son reclassement au poste d'agent de gestion funéraire ;
2°) d'enjoindre au maire de la nommer à ce poste ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sablé-sur-Sarthe la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle n'est pas inapte à toutes fonctions, que, le poste d'agent de gestion funéraire étant occupé par un agent non-titulaire, il devait être regardé comme vacant et qu'elle n'a pas refusé de poste proposé par la collectivité, laquelle s'est bornée à lui proposer un stage d'immersion dans le cadre d'une convention sans aucune portée juridique ne constituant pas une proposition d'emploi valable.
Par des mémoires en défense enregistrés les 5 décembre 2018 et 5 septembre 2019, la commune de Sablé-sur-Sarthe, représentée par Me Vital-Durand, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable comme dirigée contre un simple courrier expliquant les raisons pour lesquelles l'intéressée n'a pas été affectée au poste d'agent de gestion funéraire à la suite du rejet de sa candidature le 31 mai 2018 et que Mme A aurait dû contester l'acte de nomination de M. C, recruté à ce poste d'abord comme agent non-titulaire puis en qualité d'agent titulaire ;
- le moyen soulevé n'est pas fondé.
Un mémoire enregistré le 9 novembre 2022 pour la commune de Sablé-sur-Sarthe n'a pas été communiqué.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,
- et les observations de Me Raimbault, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, adjointe technique territoriale, est employée par la commune de Sablé-sur-Sarthe. Elle a exercé des fonctions d'agent d'entretien au service de la restauration scolaire et a été placée en congé pour maladie imputable au service du 17 mars 2015 au 3 avril 2016, puis en congé maladie ordinaire à compter du 4 avril 2016. Par des avis du 30 mars 2017, le comité médical départemental et la commission de réforme ont estimé que Mme A était inapte à l'exercice de ses fonctions. Par une décision du 2 mai 2017, le maire de la commune de Sablé-sur-Sarthe l'a placée en disponibilité d'office pour une durée de trois mois à compter du 4 avril 2017. Il a prolongé ce placement en disponibilité d'office pour une durée de trois mois à compter du 4 juillet 2017 par un arrêté du 2 août 2017 puis, à compter du 15 octobre 2017, par une décision implicite. Par un jugement n° 1707736 du 17 février 2021, ce tribunal a annulé ces trois décisions et a enjoint au maire de Sablé-sur-Sarthe de placer Mme A en congé de maladie avec plein traitement à partir du 4 avril 2017 et jusqu'à sa reprise de service dans un poste adapté, ou, sur demande de l'agent, dans un poste de reclassement, ou, en cas d'impossibilité, jusqu'à sa mise à la retraite pour invalidité.
2. Le placement en disponibilité d'office de Mme A a été prolongé à compter du 14 juillet 2018 par un arrêté du 4 juillet 2018. Par un courrier du 31 mai 2018, la directrice des ressources humaines a informé Mme A du rejet de sa candidature au poste d'agent de gestion funéraire. Par un courrier du 2 août 2018, le conseil de Mme A a sollicité le placement de l'intéressée en congé de maladie ordinaire imputable au service et son reclassement au poste d'agent de gestion funéraire. Le maire de la commune de Sablé-sur-Sarthe a rejeté ces demandes par une décision du 10 septembre 2018 dont Mme A demande l'annulation en tant seulement qu'elle refuse son reclassement au poste d'agent de gestion funéraire. L'exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance n° 1809562 du juge des référés du 2 novembre 2018, qui a également enjoint au maire de Sablé-sur-Sarthe de reclasser provisoirement Mme A au poste d'agent de gestion funéraire ou à tout emploi compatible avec son état de santé. Par un arrêté du 14 décembre 2018, Mme A a été réintégrée en surnombre pour " reclassement provisoire " en qualité d'agent polyvalent " archives - périscolaire " à compter du 17 décembre 2018 et dans l'attente du présent jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement.
4. Par la décision attaquée, le maire de Sablé-sur-Sarthe a précisé ne pas pouvoir procéder au reclassement de Mme A au poste d'agent de gestion funéraire, déjà occupé par un agent disposant des compétences requises. Il est constant que la commune a créé ce poste, pour lequel un appel à candidatures en interne a été lancé en avril 2018, le 29 juin 2018. Mme A, qui avait présenté sa candidature, a été reçue en entretien le 22 mai 2018. Ce poste a été attribué à un agent non-titulaire par contrat à durée déterminée de trois mois conclu le 10 septembre 2018, avec effet au 1er septembre 2018. Dans ces conditions, ce poste devait être considéré comme vacant à la date de la décision attaquée, sans que n'ait d'influence la circonstance alléguée que cet agent non-titulaire ait été nommé stagiaire à compter du 1er décembre 2018. Par suite, le motif tiré de l'absence de vacance du poste litigieux ne pouvait fonder le refus de reclassement opposé à Mme A.
5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Dans son mémoire en défense, la commune fait valoir qu'aucune obligation de reclassement ne s'imposait à elle en raison du refus par Mme A de la mission temporaire de trois mois au poste de soutien en multi-accueil et que le poste d'agent de gestion funéraire ne pouvait lui être proposé au titre du reclassement alors qu'il ne correspond ni à sa formation ni à ses aptitudes. Elle doit ainsi être regardée comme sollicitant la substitution d'un nouveau motif à celui initialement retenu, tiré de l'absence de vacance de poste.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité son reclassement les 25 avril, 5 septembre et 11 octobre 2017. Si elle n'a pas produit les documents lui permettant d'effectuer un stage d'immersion pendant trois mois à compter du 14 octobre 2017 au sein du service " petite enfance " de la direction de l'éducation, des sports et de la culture et a refusé de signer la convention de stage, une telle proposition ne portait pas sur un poste de reclassement au sens des dispositions de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984. La commune de Sablé-sur-Sarthe ne peut donc pas opposer le refus de l'agent d'accepter cette proposition pour s'exonérer de son obligation de reclassement.
8. Toutefois, s'il ne ressort pas de l'avis de vacance que le poste d'agent de gestion funéraire induit le port de charges et l'entretien du site, tâches qui ne seraient pas compatibles avec l'état de santé de Mme A, laquelle souffre d'une épicondylite du coude droit, il ressort néanmoins des pièces du dossier, et notamment du curriculum vitae de la requérante, que cette dernière, adjointe technique, ne dispose ni des compétences nécessaires pour assurer une gestion administrative des cimetières et des concessions ni du niveau requis de maîtrise des outils de bureautique. Mme A ne conteste ni la nécessité de disposer de telles connaissances pour effectuer les tâches confiées à un agent de gestion funéraire, que seule une formation de longue durée lui aurait éventuellement permis d'acquérir, ni celle de pourvoir le poste " au plus vite ". Dans ces conditions, le maire de la commune de Sablé-sur-Sarthe a pu, sans erreur de droit, refuser de proposer à Mme A le poste d'agent de gestion funéraire au titre de son obligation de reclassement. Il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il avait entendu fonder initialement la décision attaquée sur ce motif. Par suite, il y a lieu de faire droit à la substitution de motif sollicitée.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 septembre 2018 par laquelle le maire la commune de Sablé-sur-Sarthe a refusé de procéder à son reclassement au poste d'agent de gestion funéraire.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Sablé-sur-Sarthe, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Sablé-sur-Sarthe présentées sur le fondement des dispositions de ce même article.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Sablé-sur-Sarthe présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Sablé-sur-Sarthe.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mlle Wunderlich, présidente,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
La rapporteure,
H. DLa présidente,
A.-C. WUNDERLICHLa greffière,
L. BILLAUD
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026