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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1811037

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1811037

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1811037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL MARIE-LINE BOURGES-BONNAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 novembre 2018, le 10 décembre 2018 et le 12 mai 2023, M. B A, représenté par Me Bourges-Bonnat, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 septembre 2018 par laquelle le préfet de la Mayenne a décidé que sa pathologie est considérée comme guérie sans séquelles à la date du 4 juin 2018, qu'il est apte à ses fonctions et à toutes fonctions à compter du 19 septembre 2018, l'a placé en congé de maladie ordinaire du 5 juin au 29 septembre 2018, avec plein traitement du 5 juin au 2 septembre 2018 et demi-traitement à compter du 3 septembre 2018 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de procéder au réexamen de sa situation, le cas échéant après une nouvelle saisine de la commission de réforme, sur le fondement des articles L.911-1 et suivants du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 € au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas été informé de la possibilité pour lui de prendre connaissance et d'obtenir copie de l'expertise du médecin agréé, avant la séance de la commission de réforme ; il n'a pas obtenu malgré sa demande, la communication du rapport du médecin-expert, en violation de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ; l'avis de la commission de réforme est insuffisamment motivé ; la commission de réforme a donc été consultée dans des conditions irrégulières ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis émis par la commission de réforme, méconnaissant ce faisant l'étendue de sa compétence ;

- contrairement à ce qu'a estimé l'expert, dont le rapport est affecté de carences et de lacunes, son état de santé n'est pas stabilisé, demeure fluctuant et ne pouvait donc être regardé comme consolidé ; il souffre de capacités de concentration altérées et d'un état de fatigabilité ; son poste aurait dû faire l'objet d'une adaptation par le biais notamment d'une réduction de ses tâches ; l'avis d'aptitude retenu, sans aménagements de son poste de travail, est donc entaché d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2019, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer partiel, en tant que la décision attaquée du 20 septembre 2018 décide le placement de M. A en congé de maladie ordinaire entre le 5 juin et le 29 septembre 2018, à plein traitement du 5 juin au 2 septembre puis à demi-traitement à compter du 3 septembre 2018.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Degommier,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,

- et les observations de Me Bourges-Bonnat, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ingénieur de l'agriculture et de l'environnement du ministère de l'agriculture, exerçait au moment des faits des fonctions de responsable technique à l'abattoir d'Evron et était affecté à la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de la Mayenne. Victime le 7 avril 2014 d'un accident reconnu imputable au service, il a été placé en arrêt de travail, du 7 avril au 31 juillet 2014, puis du 30 juillet au 4 décembre 2015 et à compter du 7 janvier 2016. Après avoir été examiné le 4 juin 2018 par un médecin expert mandaté par l'administration, M. A a vu sa situation examinée par la commission de réforme le 18 septembre 2018. A la suite de l'avis émis par cette instance, le préfet de la Mayenne a, le 20 septembre 2018, décidé que sa pathologie est considérée comme guérie sans séquelles à la date du 4 juin 2018, qu'il est apte à ses fonctions et à toutes fonctions à compter du 19 septembre 2018, et par la même décision, l'a placé en congé de maladie ordinaire du 5 juin au 29 septembre 2018, avec plein traitement du 5 juin au 2 septembre 2018 et demi-traitement à compter du 3 septembre 2018. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur le non-lieu partiel :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, M. A a été placé en congé de longue maladie du 5 juin 2018 au 4 décembre 2019, puis du 5 décembre 2019 au 4 avril 2020, puis du 5 avril 2020 au 4 juillet 2020, enfin du 5 juillet 2020 au 4 octobre 2020, avant d'être réintégré dans ses fonctions le 5 octobre 2020. Il a été dans cette position rémunéré à plein traitement du 5 juin 2018 au 4 juin 2019, à demi-traitement ensuite. Il en résulte que les conclusions à fins d'annulation de la décision attaquée du 20 septembre 2018, en tant qu'elle place M. A en congé de maladie ordinaire entre le 5 juin et le 29 septembre 2018, à plein traitement du 5 juin au 2 septembre puis à demi-traitement à compter du 3 septembre 2018, sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer dans cette mesure.

Sur la légalité de la décision du 20 septembre 2018 en tant qu'elle constate la consolidation de l'état de santé de M. A et le déclare apte à ses fonctions et à toutes fonctions :

3. Aux termes de l'article 19 du décret susvisé du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " () Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme ". Le dossier mentionné par les dispositions précitées de l'article 19 du décret du 14 mars 1986, à la communication duquel le fonctionnaire a droit avant la réunion de la commission de réforme, doit contenir le rapport du médecin agréé qui a examiné le fonctionnaire. Si ces dispositions n'exigent pas que l'administration procède de sa propre initiative à la communication des pièces médicales du dossier d'un fonctionnaire avant la réunion de la commission de réforme, elles impliquent que ce dernier ait été informé de la possibilité d'obtenir la consultation de ces pièces.

4. En outre, l'article L.311-6 du code des relations entre le public et l'administration, dispose : " Les informations à caractère médical sont communiquées à l'intéressé, selon son choix, directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'il désigne à cet effet, dans le respect des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 12 juin 2018, le préfet de la Mayenne a informé M. A de l'examen de son dossier par la commission de réforme lors de sa séance du 20 juin 2018, reportée ultérieurement le 18 septembre 2018 et de la possibilité qui lui était donnée de prendre connaissance de son dossier. Il s'est rendu au secrétariat de la commission de réforme le 24 août 2018, a pu consulter son dossier, toutefois, il ressort de l'attestation de consultation que le dossier ne comportait pas l'expertise médicale de l'expert mandaté par l'administration et que malgré la demande de l'intéressé, cette expertise ne lui a pas été communiquée. Il ne ressort par ailleurs d'aucune des pièces que M. A aurait eu connaissance avant la séance de la commission de réforme du rapport du médecin agréé, qui a été déterminant dans l'avis rendu par la commission. Bien au contraire, le courrier du 29 août 2018 du préfet de la Mayenne informant M. A de la réunion de la commission de réforme du 18 septembre 2018 indique à l'intéressé qu'il pourra prendre connaissance de l'expertise médicale, " à l'issue de la tenue de la commission de réforme ", et non auparavant. Ce courrier l'informe également qu'il pourra prendre connaissance de l'expertise par l'intermédiaire de son médecin traitant. Ces circonstances ne sont pas sérieusement contestées par l'administration. M. A ayant ainsi été privé des garanties instituées par les dispositions précitées de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 et de l'article L.311-6 du code des relations entre le public et l'administration, il est par suite fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête, à soutenir que la décision du préfet de la Mayenne est entaché d'irrégularité et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à la décision attaquée, M. A a été placé en congé de longue maladie du 5 juin 2018 au 4 décembre 2019, puis du 5 décembre 2019 au 4 avril 2020, puis du 5 avril 2020 au 4 juillet 2020, puis du 5 juillet 2020 au 4 octobre 2020, avant d'être réintégré dans ses fonctions le 5 octobre 2020. Le présent jugement implique nécessairement, comme le demande M. A, que le préfet de la Mayenne réexamine sa situation et reconstitue sa carrière, en tenant compte de ces éléments de fait, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, après consultation de l'instance médicale compétente. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 septembre 2018 du préfet de la Mayenne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Mayenne de réexaminer la situation de M. A et de reconstituer sa carrière, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, après consultation de l'instance médicale compétente.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Une copie en sera en outre adressée à la préfète de la Mayenne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président-rapporteur,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

S. DEGOMMIER

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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