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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1811899

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1811899

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1811899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGOURDAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2018, la société FENIKS TIM, représentée par Mes Gourdain et Michel, demande au tribunal :

1°) à titre principal d'annuler et, à titre subsidiaire, de réformer, la décision du 16 octobre 2018 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire a prononcé à son encontre une sanction pécuniaire de 26 700 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;

- les faits de non déclaration préalable de détachement ne sont pas établis, les cinq salariés contrôlés ayant fait, d'une part, l'objet d'une déclaration préalable de détachement le 20 septembre 2017 pour le détachement le 21 septembre 2017, et d'autre part, d'une déclaration le jour même pour le détachement du 27 septembre 2017 ;

- c'est à tort que l'administration a remis en cause la validité de la désignation de son représentant en France dès lors qu'aucune disposition légale ou règlementaire n'impose que ce représentant s'exprime en langue française ;

- le montant de l'amende prononcée est disproportionné au regard de sa situation économique précaire et doit être ramené à de plus justes proportions.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 juin 2019 et 22 juillet 2019, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société FENIKS TIM ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public,

- et les observations de Mmes B et Lemasson, représentant le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Pays de la Loire.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle effectué sous réquisition du procureur de la République de Saumur le 27 septembre 2017 sur l'exploitation viticole de la SCEA BROCHET à Martigné-Briand (Maine-et-Loire), le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire a, par une décision du 16 octobre 2018, infligé à la société de droit bulgare FENIKS TIM, basée à Sofia, une amende de 26 700 euros pour manquement à l'article L. 1262-2-1 du code du travail relatif, d'une part, à l'obligation de déclaration préalablement au détachement d'un salarié, et, d'autre part, à la désignation d'un représentant sur le territoire national. La société FENIKS TIM demande au tribunal l'annulation de ces sanctions ou, à tout le moins, leur réformation.

2. Aux termes de l'article L. 1264-1 du code du travail, dans sa version applicable aux moments des faits : " La méconnaissance par l'employeur qui détache un ou plusieurs salariés d'une des obligations mentionnées à l'article L. 1262-2-1, à l'article L. 1262-4-4 ou à l'article L. 1263-7 est passible d'une amende administrative, dans les conditions prévues à l'article L. 1264-3. ". Aux termes de l'article L. 1264-3 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date des faits sanctionnés, antérieure à celle résultant de la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel : " L'amende administrative mentionnée aux articles L. 1264-1 et L. 1264-2 est prononcée par l'autorité administrative compétente, après constatation par un des agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés aux articles L. 8112-1 et L. 8112-5. / Le montant de l'amende est d'au plus 2 000 € par salarié détaché et d'au plus 4 000 € en cas de réitération dans un délai d'un an à compter du jour de la notification de la première amende. Le montant total de l'amende ne peut être supérieur à 500 000 €. / Pour fixer le montant de l'amende, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges. () ". Aux termes de l'article L. 1262-2-1 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date des faits sanctionnés : " I. - L'employeur qui détache un ou plusieurs salariés, dans les conditions prévues aux articles L. 1262-1 et L. 1262-2, adresse une déclaration, préalablement au détachement, à l'inspection du travail du lieu où débute la prestation. / II. - L'employeur mentionné au I du présent article désigne un représentant de l'entreprise sur le territoire national, chargé d'assurer la liaison avec les agents mentionnés à l'article L. 8271-1-2 pendant la durée de la prestation. / III. - L'accomplissement des obligations mentionnées aux I et II du présent article ne présume pas du caractère régulier du détachement. (). ". Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration et, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.

Sur les conclusions tendant à l'annulation ou la réformation de la sanction prononcée :

3. Conformément aux dispositions de la décision n° 2017-13 DIRECCTE/Pole T/UR du 4 septembre 2017, portant délégation de signature concernant les pouvoirs propres du directeur régional dans le domaine de l'inspection de la législation du travail, régulièrement publiée le 8 septembre 2017 au recueil des actes administratifs de la région des Pays de la Loire n° 76, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire a accordé à M. D E, chef du pôle travail de cette direction, une délégation permanente de signature à effet de signer les décisions parmi lesquelles figurent les amendes administratives relatives au détachement temporaire des salariés par une entreprise non établie en France. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le manquement relatif à l'absence de déclaration préalable de détachement :

4. Il résulte des dispositions citées au point 2 que les obligations déclaratives incombant à l'employeur établi hors de France qui détache temporairement des salariés sur le territoire national et les obligations de vérification imparties au donneur d'ordre ou maître d'ouvrage qui contracte avec cet employeur sont un préalable à l'intervention du détachement de ces salariés, dans un objectif de protection des travailleurs détachés et de lutte contre la fraude. Elles ont à ce titre pour objet de mettre l'inspection du travail en mesure de contrôler les lieux dans lesquels interviennent les travailleurs détachés et de disposer d'un interlocuteur sur le territoire national.

5. Le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire a prononcé à l'encontre de la société requérante une amende d'un montant de 5 000 euros pour défaut de déclaration préalable de détachement de cinq salariés pour les journées des 21 et 27 septembre 2017. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du 8 mars 2018 du contrôleur du travail de l'unité régionale d'appui et de contrôle du travail illégal des Pays de la Loire, que les agents de contrôle ont constaté que cinq salariés de l'entreprise FENIKS TIM étaient présents le 27 septembre 2017 à 10h45 pour procéder à des travaux viticoles au profit de la SCEA BROCHET, sans que la société FENIKS TIM ait transmis au préalable à l'inspection du travail la déclaration de détachement requise par les dispositions précitées de l'article L. 1262-2-1 du code du travail. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, la société FENIKS TIM ne peut, par la production d'une déclaration de détachement établie le 21 septembre 2017 à 12h55 pour une période de détachement allant du 22 au 26 septembre 2017, être regardée comme ayant satisfait à ses obligations déclaratives préalables, alors qu'il n'est pas contesté que les cinq salariés ont effectivement débuté leur prestation auprès de la SCEA BROCHET dès le 21 septembre 2017. La preuve du respect de ces obligations ne saurait davantage résulter de ce que la société FENIKS TIM a adressé à 11h33 heure de Sofia -10h33 en France-, soit au moment du début du contrôle, une déclaration comprenant le nom des cinq salariés en question détachés pour effectuer les vendanges à la SARL BROCHET pour la journée du 27 septembre 2017.

En ce qui concerne le manquement relatif à la désignation d'un représentant de la société :

6. Aux termes de l'article R. 1263-2-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable à la date des faits : " Le représentant de l'entreprise sur le territoire national mentionné au II de l'article L. 1262-2-1 accomplit au nom de l'employeur les obligations qui lui incombent en application de l'article R. 1263-1. La désignation de ce représentant est effectuée par écrit par l'employeur. Elle comporte les nom, prénoms, date et lieu de naissance, adresse électronique et postale en France, le cas échéant la raison sociale, ainsi que les coordonnées téléphoniques du représentant. Elle indique l'acceptation par l'intéressé de sa désignation ainsi que la date d'effet et la durée de la désignation, qui ne peut excéder la période de détachement. Elle est traduite en langue française. Elle indique pour les documents prévus à l'article R. 1263-1 soit le lieu de conservation sur le territoire national, soit les modalités permettant d'y avoir accès et de les consulter depuis le territoire national. ". Et aux termes de l'article R. 1263-1 du même code : " I. - L'employeur établi hors de France conserve sur le lieu de travail du salarié détaché sur le territoire national ou, en cas d'impossibilité matérielle, dans tout autre lieu accessible à son représentant désigné en application de l'article L. 1262-2-1 et présente dans les meilleurs délais, à la demande de l'inspection du travail du lieu où est accomplie la prestation, les documents mentionnés au présent article. () ".

7. Le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire a prononcé à l'encontre de la société requérante une amende d'un montant de 700 euros par salarié concerné -au nombre de trente-et-un-, soit un total de 21 700 euros, en raison de l'absence de désignation valide du représentant en France de cette entreprise. Il résulte en effet de l'instruction que lors du contrôle du 27 septembre 2017, les agents de contrôle ont constaté que la communication avec M. C, désigné par la société FENIKS TIM comme étant son représentant en France au sein de la SCEA BROCHET, était quasi impossible faute pour l'intéressé de maîtriser la langue française et que seule la présence d'un interprète en langue bulgare, diligentée par le service, a permis cette communication. Si comme le soutient la société requérante, les textes précités ne mentionnent pas expressément que le représentant de l'entreprise doive parler le français, compte tenu du rôle de ce représentant, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire n'a pas inexactement qualifié les faits en estimant que la désignation d'un représentant en France qui n'est pas capable de remplir sa mission de liaison avec les agents de contrôle faute de maitriser la langue française vaut défaut de désignation et, par suite, manquement aux dispositions précitées du II de l'article L. 1262-2-1 du code du travail.

En ce qui concerne la proportionnalité des sanctions :

8. En premier lieu, le tarif unitaire de l'amende pour manquement relatif à l'absence de déclaration préalable de détachement, fixé à 1 000 euros par salarié concerné -d'où un montant total de 5 000 euros-, inférieur de moitié au plafond prévu par les dispositions précitées -au demeurant porté à 4 000 euros par la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel-, est proportionné à la gravité du manquement constaté.

9. En deuxième lieu, le tarif unitaire de l'amende pour manquement relatif à la désignation d'un représentant en France, fixé à 700 euros par salarié concerné -d'où un montant total de 21 700 euros, inférieur de 65 % au plafond prévu par les dispositions précitées et représentant moins de 4,5 % du montant maximal prévu pour le total de l'amende, n'apparaît pas davantage disproportionné.

10. En troisième et dernier lieu, si la société invoque des circonstances particulières tirées de sa situation financière, elle n'en établit pas la réalité par les pièces qu'elle produit et n'est, dans ces conditions, pas fondée à demander la réduction des amendes prononcées à son encontre.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la société FENIKS TIM la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de la société FENIKS TIM est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société FENIKS TIM et au ministre chargé du travail.

Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Pays de la Loire.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Melle Wunderlich, présidente,

Mme Diniz, première conseillère,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

I. ALa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLe greffier,

E. LE LUDECLa République mande et ordonne au ministre chargé du travail en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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