mercredi 5 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1900380 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | REYNOLDS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 janvier 2019, Mme G D épouse B, représentée par Me Reynolds, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 octobre 2018 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation.
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui attribuer la nationalité française dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer le dossier dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et L 911-3 du code de justice administrative :
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2019, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D épouse B ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme. D épouse B, de nationalité haïtienne, née le
26 juillet 1978, est entrée en France en 2001. Elle a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 26 juin 2018, le préfet du Val d'Oise a décidé de rejeter cette demande. Saisi d'un recours hiérarchique, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 30 octobre 2018 dont la requérante demande l'annulation au tribunal, confirmé la décision du préfet.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du
27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre () et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale () ". L'article 3 du même décret prévoit que : " Les personnes mentionnées aux 1° et 3° de l'article 1er peuvent donner délégation pour signer tous actes relatifs aux affaires pour lesquelles elles ont elles-mêmes reçu délégation : 1° Aux magistrats, aux fonctionnaires de catégorie A et aux agents contractuels chargés de fonctions d'un niveau équivalent, qui n'en disposent pas au titre de l'article 1er () ".
3. L'administration a produit la décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française, en vigueur à la date de la décision contestée, par laquelle Mme C, nommée directrice par décret du 28 septembre 2016, a délégué sa signature à Mme A E, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant de leurs attributions au sein du bureau des naturalisations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable ajournant ou rejetant une demande d'acquisition de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité doit être motivée. "
5. En l'espèce, la décision attaquée précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ".
7. En outre, l'article 21-24 du code civil dispose : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République ". Aux termes de l'article 37 du décret susvisé n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : () 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial () ".
8. En application de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte l'assimilation du postulant à la société française, notamment sur son niveau de connaissance des principes de la République et de ses institutions, tel qu'il est révélé par l'entretien individuel prévu par l'article 41 du décret du 30 décembre 1993.
9. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par Mme D épouse B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée témoignait d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société (principes, symboles et institutions de la République) et à la place de la France dans l'Europe et dans le monde.
10. Il ressort de l'entretien d'évaluation réalisé le 9 janvier 2018 par les services préfectoraux qu'hormis quelques réponses correctes à certaines questions, l'intéressée, malgré une présence de plus de quinze ans en France, méconnaissait l'année de la Révolution française, l'évènement commémoré le 11 novembre, le rôle du Général de Gaulle dans l'Histoire de France, les fleuves français, la composition du parlement, le nombre de départements français, le nombre d'Etats membres au sein de l'Union européenne, ainsi que ses institutions, la symbolique de " Marianne ", la devise républicaine ainsi que les couleurs du drapeau français. Par ailleurs, la requérante n'a pas su illustrer les principes fondamentaux de " laïcité " et d'" égalité ".
11. Si Mme D épouse B verse à l'instance quelques attestations de proches et de son employeur pour justifier de son intégration et de son sens civique, ces éléments sont sans incidence sur légalité de la décision attaquée, appréciée au regard des connaissances exprimées par l'intéressé lors de l'entretien d'évaluation prévu par les dispositions rappelées au point 7. De la même façon, la circonstance qu'aucune des décisions d'ajournement de sa demande de naturalisation précédemment opposées à la requérante, les 12 septembre 2005, 25 juillet 2011 et 16 novembre 2015, en raison du caractère insuffisant ou instable de ses ressources ou de sa situation fiscale, ne lui avait opposé sa méconnaissance de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société française, ne peut que rester sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation en refusant la demande de naturalisation de Mme D épouse B.
12. Les autres circonstances soulevées par Mme D épouse B sont incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D épouse B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D épouse B et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.
Le rapporteur,
Y. F
La présidente,
C. LOIRATLa greffière,
S. LEGEAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026