mercredi 5 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1900461 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ARGON-POLETTE-NOURANI- APPAIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 12 janvier 2019, 26 juillet 2019 et
20 janvier 2021, M. B F, représenté par Me Appaix, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la production de l'entier dossier par l'administration ;
2°) de prononcer l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du
15 octobre 2018 rejetant son recours hiérarchique et confirmant la décision préfectorale du
16 avril 2018, ajournant à 2 ans sa demande d'octroi de la nationalité française ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) subsidiairement, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de statuer à nouveau sur sa demande de naturalisation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit, les dispositions de l'article 21-27 du Code civil n'étant pas applicables en l'espèce s'agissant d'une peine contraventionnelle ; à la date de sa demande de naturalisation, il était de plein droit réhabilité ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2019, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, né le 22 novembre 1974, de nationalité marocaine, est entré régulièrement en France en 1978. Le 12 avril 2016, il a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 16 avril 2018, le préfet de la Côte d'Or a décidé d'ajourner cette demande à deux ans. Saisi d'un recours hiérarchique, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 15 octobre 2018 dont le requérant demande l'annulation au tribunal, confirmé la décision du préfet.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre () et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale () ". L'article 3 du même décret prévoit que : " Les personnes mentionnées aux 1° et 3° de l'article 1er peuvent donner délégation pour signer tous actes relatifs aux affaires pour lesquelles elles ont elles-mêmes reçu délégation : 1° Aux magistrats, aux fonctionnaires de catégorie A et aux agents contractuels chargés de fonctions d'un niveau équivalent, qui n'en disposent pas au titre de l'article 1er () ".
3. L'administration a produit la décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française, en vigueur à la date de la décision contestée, par laquelle Mme C, nommée directrice par décret du 28 septembre 2016, a délégué sa signature à Mme A D, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant de leurs attributions au sein du bureau des naturalisations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable ajournant ou rejetant une demande d'acquisition de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité doit être motivée. "
5. En l'espèce, la décision attaquée précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas de cette motivation que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de M. F avant de prendre la décision attaquée.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du
30 décembre 1993 visé ci-dessus : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur son comportement.
8. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. F, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé avait été l'auteur d'exécution d'un travail dissimulé à Dijon, le 13 septembre 2012.
9. D'une part, M. F ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale entrant dans le champ d'application de l'article 21-27 du code civil ni, en tout état de cause, qu'il a bénéficié de la réhabilitation de plein droit prévue par ces dispositions, dès lors que le ministre n'a pris la décision attaquée sur le fondement de ces dispositions, mais sur le fondement des dispositions rappelées au point 7, dans le cadre du large pouvoir d'appréciation dont il dispose, pour un motif d'opportunité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné à une peine de trois cents euros d'amende par le tribunal correctionnel de Dijon le 25 novembre 2013 pour avoir, le 13 septembre 2012, exercé à but lucratif une activité de production, de transformation, de réparation, de prestation de services ou accompli un acte de commerce, en l'espèce dans le restaurant "La Maison du Sandwich" au 46 rue Jeannin à Dijon, en employant deux personnes, sans déclarations préalables à l'embauche, se soustrayant ainsi intentionnellement à ses obligations prévues et réprimées par les dispositions du code du travail. Ces faits n'étant pas dénués de gravité et n'étant pas exagérément anciens à la date de la décision attaquée, le ministre de l'intérieur a pu, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. F sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Les autres circonstances invoquées par le requérant, notamment tirées de ce qu'il justifie d'un engagement actif pendant l'état d'urgence liée à la pandémie de covid-19, sont incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire de faire droit aux conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de produire son entier dossier, que la requête de M. F doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.
Le rapporteur,
Y. E
La présidente,
C. LOIRATLa greffière,
S. LEGEAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026