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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1900720

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1900720

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1900720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 janvier 2019 et le 2 mars 2021, M. C F et Mme D E veuve A, représentés par Me Bouyssou, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2018 du préfet de la Mayenne portant création d'une zone d'aménagement différé multi sites sur les communes de Saulges, Thorigné-en-Charnie et Saint-Pierre-sur-Erve, ainsi que la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est intervenu en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration

- il n'est pas suffisamment motivé et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la communauté de communes des Coëvrons n'est pas compétente en matière de droit de préemption ;

- il est entaché d'un détournement de procédure et porte atteinte au droit de propriété.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 mars 2019 et le 15 juin 2021, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés pour les requérants ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2010-597 du 3 juin 2010 relative au Grand Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Lellouch, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 9 juillet 2018, la communauté de communes de Coëvrons a décidé la création une Zone d'Aménagement Différé (ZAD) sur le site de la Vallée de l'Erve et sollicité la mise en place d'un périmètre provisoire. Par arrêté du 23 juillet suivant, le préfet de la Mayenne a fait droit à cette demande et délimité le périmètre provisoire de cette zone qui s'étend sur le territoire des communes de Saint-Pierre-sur-Erve, Thorigné-en-Charnie et Saulges.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. " L'arrêté attaqué est signé, comme il le mentionne en caractère lisible, par le préfet de la Mayenne. Si ni le nom, ni le prénom de ce dernier ne sont indiqués, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que son auteur peut être identifié sans ambiguïté.

3. En vertu de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 () " lequel mentionne notamment les actions ou opérations d'aménagement ayant pour objet de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, ou de sauvegarder ou mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti. Aux termes de l'article L. 212-1 du même code : " Des zones d'aménagement différé peuvent être créées, par décision motivée du représentant de l'Etat dans le département, sur proposition ou après avis de la commune et après avis de l'établissement public de coopération intercommunale ayant les compétences visées au second alinéa de l'article L. 211-2. () Des zones d'aménagement différé peuvent également être créées par délibération motivée de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre ayant les compétences mentionnées au second alinéa de l'article L. 211-2, après avis des communes incluses dans le périmètre de la zone. () " Aux termes de l'article L. 212-2 de ce code : " Dans les zones d'aménagement différé, un droit de préemption, qui peut être exercé pendant une période de six ans renouvelable à compter de la publication de l'acte qui a créé la zone, sous réserve de ce qui est dit à l'article L. 212-2-1, est ouvert soit à une collectivité publique ou à un établissement public y ayant vocation, soit au concessionnaire d'une opération d'aménagement. / L'acte créant la zone désigne le titulaire du droit de préemption. " Enfin en vertu de l'article L. 212-2-1 de ce code : " Lorsqu'il est saisi d'une proposition de création de zone d'aménagement différé par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou qu'il lui demande son avis sur un tel projet, le représentant de l'Etat dans le département peut prendre un arrêté délimitant le périmètre provisoire de la zone. / A compter de la publication de cet arrêté et jusqu'à la publication de l'acte créant la zone d'aménagement différé, un droit de préemption est ouvert à l'Etat dans le périmètre provisoire. Les zones urbaines ou d'urbanisation future délimitées par un plan d'occupation des sols rendu public ou par un plan local d'urbanisme approuvé ne sont plus soumises au droit de préemption urbain institué sur ces territoires. /L'arrêté délimitant le périmètre provisoire peut désigner un autre titulaire du droit de préemption. () "

4. L'arrêté attaqué qui se réfère notamment aux articles L. 210-1 et L. 212-2-1 du code de l'urbanisme et mentionne les objectifs de l'article L. 300-1 de ce code poursuivis par la création de la ZAD en litige, en détaillant les actions envisagées, est suffisamment motivé.

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet de création de la ZAD de la vallée de l'Erve est justifié par l'intérêt scientifique, culturel, touristique et écologique du site qui n'est pas contesté par les requérants et qui ressort des pièces produites en défense, lesquelles établissent notamment la richesse archéologique du site ainsi que la possibilité d'y pratiquer différentes activités sportives en pleine nature. L'arrêté attaqué indique que la communauté de communes souhaite assurer la pérennité et le développement scientifique et touristique du site en assurant la conservation du patrimoine archéologique menacé et permettant la mise à disposition de l'ensemble du site aux chercheurs, en organisant la mise en valeur de l'ensemble du site, et en assurant et sécurisant la libre circulation du public, notamment par la continuité des cheminements piétons que constituent les circuits de randonnée et les parcours de découverte. Les requérants, qui soutiennent que le périmètre de la ZAD ne couvre pas l'intégralité du site de la vallée de l'Erve, n'établissent pas, ni même n'allèguent que les secteurs retenus seraient dépourvus d'intérêt au regard des objectifs poursuivis. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne serait pas démontré que le secteur serait soumis à une pression foncière, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la communauté de communes des Coëvrons qui est compétente en matière de plan local d'urbanisme et, par suite, en matière de droit de préemption urbain en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 211-2 du code de l'urbanisme, était bien compétente pour engager la création de la ZAD et être désignée comme titulaire du droit de préemption.

7. Par trois arrêtés en date du 8 décembre 2004 pour les communes de Saulges et Saint-Pierre-sur-Erve et du 27 novembre 2008 pour la commune de Thorigné-en-Charnie le préfet de la Mayenne a créé une zone d'aménagement différé sur un ensemble de parcelles de ces communes situées au lieu-dit Les Grottes s'agissant des arrêtés de 2004 et sur le site de la vallée de l'Erve pour celui de 2008. Conformément à l'article 6 de la loi du 3 juin 2010, le droit de préemption pouvait être exercé, dans ces trois zones, jusqu'au 6 juin 2016. Depuis l'entrée en vigueur de la loi du 3 juin 2010, l'article L. 212-2 précité du code de l'urbanisme prévoit que le droit de préemption peut être exercé pendant une durée de six ans renouvelable sans limiter le nombre de renouvellement. La circonstance que le périmètre provisoire et l'objet de la ZAD en litige présentent des caractéristiques proches des ZAD créées en 2004 et 2008 n'est, dès lors, pas de nature à établir la réalité du détournement de procédure allégué qui aurait consisté à reconduire illégalement, au-delà du délai légal, cette zone d'aménagement différé sur le site de la vallée de l'Erve. Par ailleurs, et alors notamment que conformément à l'article L. 213-4 du code de l'urbanisme, la date de référence à partir de laquelle est fixé le prix d'acquisition, en l'absence d'accord amiable, est celle de publication de l'arrêté attaqué, puis le cas échéant du dernier renouvellement de l'acte créant la ZAD, les requérants n'établissent pas davantage une méconnaissance du droit de propriété.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. F et Mme E doit être rejetée, y compris en ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à Mme D E Veuve A, au ministre de l'intérieur et à la communauté de communes des Coëvrons.

Copie du présent jugement sera transmise au préfet de la Mayenne.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

Y. B

La présidente,

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1900720

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