mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1901294 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP PIGEAU CONTE MURILLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 5 et 22 février 2019, M. B A, représenté par Me Pigeau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2018 par laquelle le directeur général du centre hospitalier du Mans a prononcé son licenciement pour motif disciplinaire à compter du 7 décembre 2018 ;
2°) de condamner le centre hospitalier du Mans au versement de la somme totale de 100 869 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 6 décembre 2018 ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Mans une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ; elle a été prise en violation des droits de la défense et du respect du contradictoire dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article 40 du décret n° 91-155 du 6 février 1991, il n'a pas été mis en mesure de consulter son dossier ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; les faits qui lui sont reprochés, qui ne sont ni décrits ni datés, ne sont constitutifs d'aucune faute professionnelle et son licenciement est inadapté et hors de proportion ; il n'a jamais fait l'objet d'aucune remarque sur son comportement ou la qualité de son management.
Par un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 5 avril 2019 et le 16 juin 2022, le centre hospitalier du Mans conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 22 avril 1905 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le décret n° 2015-1434 du 5 novembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Baufumé, rapporteure,
- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique,
- et les observations de Me Princ, substituant Me Pigeau et représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ingénieur restauration, a été recruté par le centre hospitalier du Mans (Sarthe) à compter du 1er septembre 2017 en qualité de responsable de restauration dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée conclu le 4 juillet 2017. Par décision du 19 octobre 2018, le directeur général de l'établissement de santé l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter du jour même. Après avoir été convoqué, par courrier du 19 novembre 2018, à un entretien préalable qui s'est déroulé le 3 décembre 2018, il a été licencié pour motif disciplinaire à compter du 7 décembre 2018 par une décision du 6 décembre 2018 du directeur général du centre hospitalier. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision et de condamner le centre hospitalier du Mans à lui verser la somme totale de 100 869 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'indemnisation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 40 du décret susvisé du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité signataire du contrat. / L'agent contractuel à l'encontre duquel une sanction disciplinaire est envisagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes. Il a également le droit de se faire assister par les défenseurs de son choix. L'intéressé doit être informé par écrit de la procédure engagée et des droits qui lui sont reconnus. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905, dans sa rédaction applicable au litige : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". En vertu de ces dispositions, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause.
3. Il est constant que par courrier du 19 novembre 2018 de convocation à un entretien préalable à son licenciement, M. A a été informé de la possibilité de se faire assister par un représentant du personnel ou toute autre personne de son choix et de consulter son dossier administratif. Il n'est en outre pas établi, ni même allégué, par le requérant qu'il aurait demandé communication de ce dossier et qu'il se serait confronté à un refus. Il ressort enfin des pièces du dossier, et plus particulièrement du compte-rendu de l'entretien préalable susmentionné, organisé le 3 décembre 2018, que la possibilité de consulter son dossier lui a été rappelée au cours de cet entretien. Dans ces conditions, le requérant, qui a été informé dans un délai suffisant de la mesure envisagée à son encontre et a été, ainsi, mis à même de demander la communication de son dossier, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, qui est intervenue le 6 décembre 2018, aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du contradictoire et des droits de la défense, et à en demander pour ce motif l'annulation.
4. En second lieu, aux termes de l'article 39 du décret du 6 février 1991 susmentionné : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une période déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. / La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une telle mesure et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité des fautes.
5. Il ressort des termes de la décision attaquée du 6 décembre 2018 que le directeur général du centre hospitalier (CH) du Mans a licencié M. A en raison de propos et comportements inadaptés et sexistes envers les femmes et tenus en public, d'excès de colère, du climat de tension et de pression permanent qu'il a instauré, d'un manque de discrétion quant à sa situation personnelle auprès de l'encadrement et des équipes, de l'abus de son positionnement hiérarchique et, enfin, d'un manque d'exemplarité notamment eu égard à son absentéisme et au fait qu'il a adopté une tenue non conforme aux règles d'hygiène.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'une enquête administrative, diligentée au mois d'octobre 2018 par le CH du Mans, a permis à la directrice des ressources humaines et au directeur de l'hôtellerie, des achats et de la logistique de l'établissement de santé de s'entretenir avec plusieurs agents ayant travaillé avec le requérant, notamment trois cadres de santé, l'adjointe de M. A, la référente hôtelière, deux techniciens supérieurs hospitaliers, la référente qualité et administratif du service restauration, la responsable de la gestion du planning et, enfin, la responsable du restaurant du personnel. Il ressort des comptes rendus de ces entretiens, ainsi que des témoignages écrits de certains de ces agents, que M. A a, d'une part, tenu, en public et à plusieurs reprises, des propos déplacés et sexistes, certaines de ses remarques dénigrantes portant notamment sur le physique des agents de son service ou sur les habitants du département de la Sarthe et, d'autre part, partagé, notamment avec les agents du service de restauration, de nombreux détails embarrassants sur sa vie privée et sur ses relations avec les femmes. Il en ressort également, et notamment des témoignages de plusieurs des agents de son service, que M. A était coutumier d'excès de colère, qu'il était difficile de prendre la parole en sa présence, qu'il lui arrivait de " hurler " en réunion et de " taper du poing sur la table ", un des agents ayant notamment indiqué qu'elle devait travailler avec des bouchons d'oreille. Il ressort en outre des pièces du dossier, et notamment des comptes rendus d'entretien des deux techniciens supérieurs hospitaliers ainsi que celui de la responsable du restaurant du personnel, que le requérant utilisait la pression et l'humiliation pour imposer ses décisions et n'hésitait pas à rappeler qu'il était " le chef ". Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier, et notamment du témoignage de l'adjointe de M. A mais également de ceux de la responsable de la gestion du planning, de la référente qualité et administratif et de la référente hôtelière, que le requérant était souvent absent, de manière imprévue, et qu'il ne respectait pas les obligations liées au port d'une tenue respectant les règles d'hygiène au sein de la cuisine. Il est, enfin, constant qu'au moins trois des agentes du service de restauration ont été placées en congé de maladie et ont formulé une demande de reconnaissance de l'imputabilité de leur affection au service et plus particulièrement en raison du comportement déplacé du requérant à leur égard et vis-à-vis des femmes en général.
7. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, et plus particulièrement du compte-rendu de l'entretien préalable au licenciement du 3 décembre 2018, susmentionné, que si M. A a contesté, à l'occasion de cet entretien, avoir tenu certains des propos qui lui étaient reprochés, il a également reconnu " des erreurs de langage ", " un manque de patience et de diplomatie " et avoir " perdu son sang-froid ".
8. Il résulte de tout ce qui précède que si M. A soutient que les faits qui lui sont reprochés ne sont ni décrits ni datés, la décision attaquée est fondée sur un nombre important de témoignages concordants et circonstanciés, provenant d'agents ayant travaillé au service de restauration mais également de cadres de santé ayant exercé leurs fonctions au sein d'autres services. Il s'en suit que le comportement reproché au requérant, et que le directeur général du centre hospitalier a estimé comme étant en contradiction avec les obligations assignées aux agents publics, est matériellement établi et présente un caractère fautif.
9. Enfin, eu égard aux fonctions exercées par M. A en qualité de chef de service, à son positionnement managérial et à la gravité de ses propos et de son comportement, la sanction retenue, consistant en un licenciement, est proportionnée au comportement fautif de l'intéressé.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 décembre 2018 par laquelle le directeur général du CH du Mans l'a licencié pour faute. Il s'en suit que les conclusions du requérant à fin d'annulation, et, par conséquent, celles à fin d'indemnisation, doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CH du Mans, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier du Mans.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
La rapporteure,
A. BAUFUMÉ
La présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis
en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026