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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1901885

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1901885

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1901885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantATLANTIC JURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 février 2019 et 7 juillet 2021, M. C D, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de refus de la commune déléguée d'Auverse, commune nouvelle de Noyant-Villages, de communiquer 15 copies papier des documents administratifs demandés, figurant dans le dossier d'archives 2O 2/1 ;

2°) de condamner la commune déléguée d'Auverse, commune nouvelle de Noyant-Villages, à lui fournir l'ensemble des 15 copies papier correspondant aux documents demandés le 3 mai 2018, à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune déléguée d'Auverse, commune nouvelle de Noyant-Villages, une somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- par un courrier électronique du 3 mai 2018, il a demandé à la commune la commune déléguée d'Auverse, commune nouvelle de Noyant-Villages de lui communiquer 15 copies papier des documents administratifs demandés, figurant dans le dossier d'archives 2O 2/1 ;

- la commission d'accès aux documents administratifs (CADA), saisie le 28 novembre 2018, a rendu le 11 février 2019 un avis favorable sous réserve à la communication sollicitée ;

- suite à l'avis de la CADA, la commune de Noyant-Villages a implicitement refusé de procéder à la communication ;

- il s'agit de documents communicables, sans qu'il ait à justifier d'un intérêt à agir ;

- s'il a pris des photographies de ces documents, ce n'est que pour les transmettre à l'administration afin que celle-ci les identifie aisément pour en faire des photocopies ;

- contrairement à ce que fait valoir la commune, il a seulement consulté des documents relatifs à des aliénations de chemins autres que ceux demandés, à des travaux de voirie et à des arrêtés de voierie, tous correspondant à la période 1860 - 1950 ;

- sa demande n'est pas abusive, les échanges évoqués par la commune concernent d'autres demandes de communication de documents administratifs de sa part, qu'il a dû réitérer en l'absence de satisfaction de ces demandes ;

- les documents concernés sont identifiés, non reliés, de petit format et bien conservés, de sorte qu'aucune réserve ne s'oppose à leur photocopie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2021, la commune de Noyant-Villages, représentée par la SELARL Atlantic Juris, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le recours n'est pas formé contre une décision, en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant ;

- les moyens de la requête sont infondés : l'état des documents s'oppose à ce qu'ils soient photocopiés, M. D peut de nouveau les consulter et prendre des photographies de meilleure qualité, la demande de M. D présente un caractère abusif.

Un mémoire a été enregistré pour la commune de Noyant-Villages le 17 août 2021 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de M. D et celles de Me Tertrais, avocat de la commune de Noyant-Villages.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier électronique du 3 mai 2018, M. D a demandé à la commune d'Auverse, commune déléguée de la commune nouvelle de Noyant-Villages, de lui communiquer 15 copies papier de documents administratifs, figurant dans le dossier d'archives 2O 2/ 1, qu'il avait consulté le jour même en mairie, le courrier électronique étant accompagné de photographies des documents afin de permettre l'identification de ceux-ci. Ce dossier concerne les ventes de chemins entre 1841 et 1978. La commune de Noyant-Villages a implicitement refusé de faire droit à cette demande. Le 28 novembre 2018, M. D a saisi la commission d'accès aux documents administratifs, laquelle a, le 11 février 2019, rendu un avis favorable sous réserve à la communication sollicitée. Le requérant demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commune de Noyant-Villages a refusé de lui communiquer les photocopies des documents administratifs en cause.

Sur les fins de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Contrairement à ce que fait valoir la commune, la requête de M. D est dirigée contre la décision implicite de communiquer les documents administratifs sollicités par l'intéressé. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Noyant-Villages doit être écartée.

3. Le droit d'obtenir communication des documents administratifs n'est subordonné à aucune condition tenant à l'intérêt à agir du demandeur. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée sur ce point par la commune de Noyant-Villages doit être écartée .

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ".

5. Aux termes de l'article L. 311-7 du même code : " L'accès aux documents administratifs s'exerce, au choix du demandeur et dans la limite des possibilités techniques de l'administration : / 1° Par consultation gratuite sur place, sauf si la préservation du document ne le permet pas ; / 2° Sous réserve que la reproduction ne nuise pas à la conservation du document, par la délivrance d'une copie sur un support identique à celui utilisé par l'administration ou compatible avec celui-ci et aux frais du demandeur, sans que ces frais puissent excéder le coût de cette reproduction, dans des conditions prévues par décret ; / 3° Par courrier électronique et sans frais lorsque le document est disponible sous forme électronique ; / 4° Par publication des informations en ligne, à moins que les documents ne soient communicables qu'à l'intéressé en application de l'article L. 311-6. ".

6. Il résulte de ces dispositions que le demandeur a le choix du mode d'accès aux documents administratifs dont il sollicite la communication. L'autorité saisie doit respecter ce choix dès lors qu'il ne nuit pas à la conservation du document ni ne se heurte à des difficultés techniques, et que l'intéressé est disposé à prendre en charge les frais induits par ce choix. Lorsqu'une demande porte sur un volume important de documents, l'administration peut valablement refuser d'adresser des copies et inviter l'intéressé à consulter sur place les documents en lui laissant la possibilité de photocopier ceux d'entre eux qu'il aura sélectionnés.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D a, par un courrier électronique du 3 mai 2018, demandé à la commune de Noyant-Villages de lui communiquer les photocopies de 15 documents relatifs " à la voirie ", consultés et photographiés par ses soins à la mairie, au sein d'un dossier d'archives numéroté, la qualité médiocre des photographies ne lui permettant toutefois pas de les exploiter. La commune ne conteste pas qu'il s'agit de documents communicables et s'oppose à la communication sollicitée au motif que M. D peut les consulter et les photographier de nouveau. Toutefois, dès lors que le demandeur dispose du libre choix du mode d'accès aux documents administratifs dont il sollicite la communication, ce motif ne figure pas au nombre de ceux que la commune de Noyant-Villages pouvait valablement opposer à la demande de communication de M. D. Si la commune fait valoir " une certaine fragilité des documents ", sans étayer ses propos, elle n'en justifie pas et n'a pas sollicité l'avis scientifique et technique du service des archives départementales, le requérant soutenant au contraire qu'il s'agit de documents bien conservés et non reliés, de sorte qu'il n'est pas établi que la photocopie de ces documents serait de nature à porter atteinte à leur intégrité physique et à leur conservation. Dans ces conditions, la commune de Noyant-Villages a, en refusant de communiquer les quinze photocopies de documents demandées, entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

8. Il ressort des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration que revêt un caractère abusif la demande qui a pour objet de perturber le bon fonctionnement de l'administration sollicitée ou qui aurait pour effet de faire peser sur elle une charge disproportionnée au regard des moyens dont elle dispose.

9. Si la commune fait valoir que la demande de M. D présente un caractère abusif compte-tenu des nombreuses demandes de communication de l'intéressé et de la bonne volonté qu'elle a démontrée à son égard, il ressort des pièces du dossier que la demande en cause ne porte que sur la photocopie de quinze documents, et que les autres demandes de communication de documents administratifs de M. D, fussent-elles génératrices d'échanges nourris et parfois peu amènes, ne caractérisent ni par leur nombre ni par leur objet un comportement abusif de la part de M. D. Par ailleurs, la commune n'établit pas que la consultation demandée par l'intéressé ferait peser sur ses services une charge disproportionnée au regard des moyens dont elle dispose, sur lesquels elle ne fournit aucune indication.

10. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la commune de Noyant-Villages a refusé de faire droit à sa demande de communication, par le biais de photocopies, de quinze documents administratifs relatifs à la voirie.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la commune de Noyant-Villages communique à M. D, par le biais de photocopies, les quinze documents administratifs relatifs à la voirie, présents dans le dossier archivé n°2O 2/ 1, identifiés par M. D au moyen de photographies. Cette communication sera, le cas échéant, soumise au versement par M. D des frais afférents à ce type de communication. Cette communication devra intervenir dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du requérant, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

13. Le requérant n'établit pas avoir exposé de frais dans le cadre de la présente instance. Les conclusions qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la commune de Noyant-Villages a refusé de faire droit à la demande de communication de 15 photocopies de documents administratifs de M. D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Noyant-Villages de communiquer à M. D les photocopies des 15 documents administratifs identifiés par ses soins au sein du dossier archivé n°2O 2 / 1. Cette communication sera faite selon les conditions prévues au point 11 du présent jugement et dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce dernier.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Noyant-Villages présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la commune de Noyant -Villages.

Copie en sera adressée à la Commission d'accès aux documents administratifs.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

La rapporteure,

C. B

Le président,

A. A DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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