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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1903004

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1903004

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1903004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGENTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 mars 2019 et le 9 septembre 2022, M. et Mme A et I D, représentés par la SELARL cabinet d'avocats Genty, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2019 par lequel le maire de Barbâtre a délivré à M. G et Mme E un permis de construire un garage, une liaison entre le garage et la maison déjà bâtie, une piscine et des clôtures et de réaliser divers aménagements sur un terrain situé 70 rue du Fief du Moulin sur le territoire de cette commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Barbâtre le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le permis de construire attaqué méconnaît l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire méconnaît le règlement de la zone B 1 du plan de prévention des risques littoraux de l'île de Noirmoutier ;

- le permis de construire ne respecte pas les limites afférentes aux constructions autorisées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2019, la commune de Barbâtre, représentée par la SELARL CVS, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- M. et Mme D sont réputés s'être désistés de leur recours après le rejet de leur référé-suspension ;

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, M. F G et Mme H E, représentés par Me Bardoul, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré le 14 septembre 2022 pour la commune de Barbâtre et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Genty avocat des requérants, de Me Léon, avocate de la commune de Barbâtre et de Me Bardoul, avocate de M. G et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 juin 2017, le maire de Barbâtre a délivré à M. G et Mme E un permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section ZM n°315 située 70 rue du Fief du Moulin. Par un arrêté du 25 janvier 2019, le maire de la commune a délivré à M. G et Mme E un second permis de construire portant sur la construction d'un garage, d'une liaison entre le garage et la maison déjà bâtie, d'une piscine et de clôtures et sur la réalisation de divers aménagements. M. et Mme D, voisins immédiats du projet, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2019.

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit donné acte d'un désistement d'office :

2. Aux termes de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, non seulement la notification de l'ordonnance de rejet de la demande de suspension de l'arrêté du 25 janvier 2019 présentée par les requérants omettait de mentionner qu'à défaut de confirmation du maintien de leur requête dans le délai d'un mois, les requérants étaient réputés s'être désistés, mais en outre que M. et Mme D ont confirmé dans le délai d'un mois le maintien de leur requête en annulation. Par suite, la commune de Barbâtre n'est pas fondée à soutenir qu'il y a lieu de constater le désistement d'office des requérants de la présente requête.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne () n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / (). ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet en cours de construction.

6. Les requérants sont propriétaires de la parcelle cadastrée section ZM n°101 qui jouxte le terrain d'assiette du projet et plus précisément la partie de celui-ci destinée à accueillir un garage et des places de stationnement. Ils ont ainsi la qualité de voisin immédiat du projet. Par ailleurs, ils soutiennent, sans être sérieusement contestés, que le projet est susceptible, compte tenu de la topographie, de l'artificialisation du sol qu'il entraîne et de ses insuffisances en termes de recueil des eaux pluviales, d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. Dans ces conditions, les requérants justifient d'un intérêt leur donnant qualité à agir en excès de pouvoir contre l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme : " L'alimentation en eau potable et l'assainissement des eaux domestiques usées, la collecte et l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement ainsi que l'évacuation, l'épuration et le rejet des eaux résiduaires industrielles doivent être assurés dans des conditions conformes aux règlements en vigueur. ".

8. L'arrêté attaqué du 25 janvier 2019 prescrit en son article 3 que : " Les eaux pluviales seront dirigées sur le réseau d'eaux pluviales existant (ou conservées et infiltrées sur la parcelle). Les eaux de ruissellement de la toiture de la construction projetée seront canalisées et évacuées de sorte qu'elles ne s'écoulent pas sur les propriétés limitrophes. ". Il est constant que le terrain d'assiette du projet n'est pas relié à un réseau d'eaux pluviales, de sorte que celles-ci doivent être conservées ou infiltrées à la parcelle. La notice architecturale prévoit que des tuiles gouttières accueilleront les eaux pluviales qui seront répandues naturellement sur le terrain par un drainage. L'absence de précision dans la prescription précitée du type d'ouvrage de rétention ou d'infiltration ne rend pas celle-ci trop imprécise pour pouvoir être mise en œuvre. Par ailleurs, la circonstance que la nature argileuse du terrain serait peu propice à l'infiltration des eaux pluviales ne suffit pas à établir que cette prescription serait irréalisable. Les requérants n'établissent pas davantage que l'artificialisation du sol entraînée par la réalisation d'une rampe d'accès pour personnes à mobilité réduite et de deux places de stationnement rendrait impossible tout recueil des eaux pluviales et des eaux de ruissellement ou toute infiltration, l'artificialisation de la parcelle ZM n° 315 demeurant partielle. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la prescription figurant à l'article 3 de l'arrêté du 25 janvier 2019 serait trop imprécise ou matériellement irréalisable de sorte que le permis de construire en litige méconnaîtrait l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme.

9. Aux termes de l'article 2.2 " Dispositions applicables aux zones bleues " du règlement du plan de prévention des risques littoraux de l'île de Noirmoutier, applicable à la zone B1 du plan dans laquelle se situe le terrain d'assiette du projet : " 2.2.1 - Modes d'occupation des sols et travaux interdits. / Sont interdits les constructions nouvelles, extensions, dépôts, installations, activités et aménagements de toute nature, à l'exclusion de ceux visés à la partie 2.2.2 suivant. / () 2.2.2 - Modes d'occupation des sols et travaux admis sous conditions. / () Ouvrages, installations et aménagements divers. / Les édifications de clôtures y compris les clôtures pleines à condition d'être munies d'un dispositif d'évacuation des eaux en partie basse. ".

10. Si la commune de Barbâtre soutient que le permis de construire définitif du 16 juin 2017, et non le permis de construire en litige, a autorisé l'édification de clôtures sur le terrain d'assiette du projet, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire du 16 juin 2017 se borne à faire état de la présence de murs clôturant pour partie le terrain d'assiette, sans que les pièces du dossier ne permettent de déterminer s'il s'agit de murs existants ou de murs dont l'érection est sollicitée et aurait ainsi été autorisée par l'arrêté du 16 juin 2017. Par ailleurs, aucune pièce de la demande de ce premier permis de construire ne précise que l'autorisation sollicitée porte sur la réalisation de murs de clôture, l'arrêté du 16 juin 2017 ne précisant pas non plus que le permis de construire accordé aurait un tel objet. En revanche, figure sur le plan de masse du dossier de permis de construire en litige la mention " mur hteur 180 - parpaing enduit 2 faces idem maison " s'agissant des murs de clôture nord et ouest et du mur clôturant pour partie la limite sud. Par suite, même en l'absence de précision dans le formulaire Cerfa de demande de permis de construire et dans la notice architecturale, le permis de construire du 25 janvier 2019 autorise l'édification de murs de clôture. Il ne ressort ni du dossier de permis de construire, ni de l'arrêté attaqué, en l'absence de prescription en ce sens, que les clôtures seraient munies d'un dispositif d'évacuation des eaux en partie basse. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté du 25 janvier 2019 méconnaît les dispositions précitées du règlement du plan de prévention des risques littoraux de l'île de Noirmoutier.

11. Aux termes de l'article 2.2 " Dispositions applicables aux zones bleues " du règlement du plan de prévention des risques littoraux de l'île de Noirmoutier, applicable à la zone B1 : " 2.2.1 - Modes d'occupation des sols et travaux interdits. / Sont interdits les constructions nouvelles, extensions, dépôts, installations, activités et aménagements de toute nature, à l'exclusion de ceux visés à la partie 2.2.2 suivant. En particulier et de manière non-exhaustive, sont interdits : () / les remblais de toute nature - qu'ils soient soumis ou non à autorisation d'affouillement ou d'exhaussement au titre du code de l'urbanisme - à l'exclusion de ceux liés à des constructions, travaux et aménagements admis à la partie 2.2.2 ci-après ; / (). ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis de construire en litige autoriserait un remblai global de la partie est du terrain d'assiette du projet, qui ne serait pas limité au remblai nécessité par les travaux et aménagements autorisés. L'arrêté du 25 janvier 2019 prescrit en outre en son article 2 que " les remblais sont interdits à l'exception de ceux situés dans l'emprise des constructions autorisées, conformément à l'article 2.2.1 du PPRL ". Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions précitées du règlement du plan de prévention des risques littoraux de l'île de Noirmoutier.

13. L'article A. 424-8 du code de l'urbanisme disposant que " le permis est délivré sous réserve du droit des tiers ", les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'édification d'une rampe d'accès aux personnes à mobilité réduite empiète sur la parcelle cadastrée section n°316 sur laquelle ils bénéficient d'une servitude de passage pour accéder à leur terrain, cette empiètement ne ressortant pas, en tout état de cause, du plan de masse du permis de construire.

14. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

15. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité mentionnée au point 10 du jugement et qui porte sur l'absence de dispositif d'évacuation des eaux en partie basse des clôtures, en méconnaissance de l'article 2.2.2 du règlement du plan de prévention des risques littoraux de l'île de Noirmoutier, affecte une partie identifiable du projet de construction autorisée et peut être régularisée par un permis de construire qui n'apporterait pas au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il y a lieu en conséquence d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2019 par lequel le maire de Barbâtre a délivré un permis de construire à M. G et Mme E en tant seulement que les clôtures qu'il autorise ne sont pas munies en partie basse de dispositifs d'évacuation des eaux en méconnaissance de l'article 2.2.2 du règlement du plan de prévention des risques littoraux de l'île de Noirmoutier et de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement le délai dans lequel M. G et Mme E pourront, en application des dispositions précitées, en demander la régularisation.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme D, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que la commune de Barbâtre et M. G et Mme E demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Barbâtre le versement de la somme de 1 500 euros à M. et Mme D, au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 janvier 2019 par lequel le maire de Barbâtre a délivré un permis de construire à M. G et Mme E est annulé en tant que les clôtures qu'il autorise ne sont pas munies en partie basse de dispositifs d'évacuation des eaux en méconnaissance de l'article 2.2.2 du règlement du plan de prévention des risques littoraux de l'île de Noirmoutier.

Article 2 : M. G et Mme E disposent d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement pour présenter une demande de permis de construire de régularisation.

Article 3 : La commune de Barbâtre versera la somme de 1 500 euros à M. et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Barbâtre et celles de M. G et Mme E présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et I D, à la commune de Barbâtre, au préfet de la Vendée et à M. F G et Mme H E.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

C. C

Le président,

A. B DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au préfet de la Vendée en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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