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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1903312

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1903312

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1903312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantDESAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2019, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Sarthe a prononcé le retrait de son agrément d'assistant familial ;

2°) de mettre à la charge du département de la Sarthe le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation, et d'une erreur de fait ;

- il n'a pas eu communication de son entier dossier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2022, le département de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique

- et les observations de Mme A, représentant le département de la Sarthe.

Une note en délibéré présentée pour le département de la Sarthe a été enregistrée le 20 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est vu attribuer un agrément familial pour garder trois enfants à compter de 2011, sans limitation de durée. Après avoir fait l'objet d'un licenciement par le département de la Sarthe en 2016, il a continué d'exercer les fonctions d'assistant familial dans l'Orne. A la suite de l'ouverture d'une procédure judiciaire à son encontre en raison d'une suspicion d'infraction pénale à caractère sexuel envers une enfant dont il avait la charge, M. B a vu son agrément suspendu, par une décision du 3 octobre 2018 qu'il n'a pas contestée. A la suite de la réception de nouveaux éléments, le président du conseil départemental de la Sarthe a, après avis de la commission consultative paritaire départementale (CCPD) des assistants maternels et familiaux, prononcé, par une décision du 1er février 2019, le retrait de l'agrément de M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. / L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil ". En vertu de l'article L. 421-3 de ce code : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession () d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / () L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-23 de ce code : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, () il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale () en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant familial () concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, s'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément de l'assistant familial si ces conditions ne sont plus remplies, il ne peut le faire qu'après avoir saisi pour avis la commission consultative paritaire départementale compétente, devant laquelle l'intéressé est en droit de présenter ses observations écrites ou orales, en lui indiquant, ainsi qu'à l'assistant familial concerné, les motifs de la décision envisagée. La consultation de cette commission sur ces motifs, à laquelle est attachée la possibilité pour l'intéressé de présenter ses observations, revêt ainsi pour ce dernier le caractère d'une garantie. Il en résulte qu'un tel retrait ne peut intervenir pour un motif qui n'aurait pas été soumis à la commission consultative paritaire départementale et sur lequel l'intéressé n'aurait pu présenter devant elle ses observations.

4. Dans l'hypothèse où le président du conseil départemental envisage de retirer l'agrément d'un assistant familial après avoir été informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime de tels comportements ou risque de l'être. Il lui incombe, avant de prendre une décision de retrait d'agrément, de communiquer à l'intéressé ainsi qu'à la commission consultative paritaire départementale les éléments sur lesquels il entend se fonder, sans que puisse y faire obstacle la circonstance qu'une procédure pénale serait engagée, à laquelle s'appliquent les dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale relatives au secret de l'instruction pénale. Si la communication de certains de ces éléments est de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui auraient alerté les services du département, à l'enfant concerné ou aux autres enfants accueillis ou susceptibles de l'être, il incombe au département, non de les communiquer dans leur intégralité mais d'informer l'intéressé et la commission de leur teneur, de telle sorte que, tout en veillant à la préservation des autres intérêts en présence, l'intéressé puisse se défendre utilement et que la commission puisse rendre un avis sur la décision envisagée.

5. Il résulte de l'instruction que la suspension de l'agrément de M. B a été décidée à la suite de l'ouverture d'une procédure judiciaire après réception d'un signalement effectué par la mère d'une des enfants accueillies par le requérant auprès des services du département. La décision litigieuse portant retrait de cet agrément est intervenue à la suite de la réception de nouveaux éléments d'alerte relatifs à d'autres faits susceptibles de fonder une suspicion d'agression sexuelle envers d'autres enfants accueillis par M. B. Si le département fait valoir que la communication de ces nouveaux éléments était susceptible de permettre l'identification de l'auteur du signalement, il lui appartenait alors d'en porter la teneur à la connaissance de M. B, pour lui permettre de préparer utilement sa défense, en veillant le cas échéant à la préservation des intérêts de l'auteur du signalement. Le requérant, qui n'a reçu aucune information sur ces nouveaux éléments, dont le département reconnaît d'ailleurs, dans la décision litigieuse, qu'ils n'ont été évoqués que brièvement lors de la réunion de la commission consultative paritaire départementale, est ainsi fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure de consulter son dossier administratif. Il a ainsi été privé d'une garantie. M. B est par suite, et par ce seul moyen, fondé à demander l'annulation de la décision du 1er février 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Sarthe a procédé au retrait de son agrément d'assistant familial.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge du département de la Sarthe le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er février 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Sarthe a prononcé le retrait de l'agrément d'assistant familial de M. B est annulée.

Article 2 : Le département de la Sarthe versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILIN

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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