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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1903373

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1903373

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1903373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : Mme BAUFUME - R. 222-13
Avocat requérantGOUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2019, Mme B C, représentée par Me Gouin, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de former opposition à la contrainte du 4 mars 2019 émise par la directrice de la caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique, en ce qu'elle lui réclame le versement de la somme de 2 063,04 euros, correspondant au montant restant dû à la suite de trop perçus au titre de l'allocation personnalisée au logement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- l'huissier de justice qui lui a signifié la contrainte n'a effectué aucune diligence pour la chercher ; contrairement à ce qu'il affirme, son nom figurait sur sa boîte aux lettres ; la contrainte ne lui a été délivrée, par les services postaux, que le 16 mars 2019, ce qui ne lui a pas laissé un délai raisonnable pour faire valoir ses droits à la défense ;

- les créances alléguées au titre de l'année 2016 et du premier trimestre 2017 sont prescrites ;

- son mari n'a jamais cherché à dissimuler ses revenus ; les revenus de sa bourse d'études ne sont pas imposables en France ; ils n'ont pas à être pris en compte pour le calcul de ses droits à l'allocation personnalisée au logement.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2020, la caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 12 mai 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Baufumé, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a, sur sa proposition, dispensé la rapporteure publique de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une contrainte du 4 mars 2019, la caisse d'allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique a demandé à Mme C, le remboursement d'une somme de 2 063,04 euros, correspondant au montant restant dû à la suite de trop perçus au titre de l'allocation personnalisée au logement et de prestations familiales (allocation de base et prime à la naissance ou à l'adoption au titre de la prestation d'accueil du jeune enfant). Cette contrainte a été signifiée à Mme C par acte d'huissier du 14 mars 2019, qu'elle a reçu par lettre recommandée le 16 mars 2019. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme faisant opposition à cette contrainte en ce qu'elle lui demande le remboursement de sommes au titre de l'indu d'allocation personnalisée au logement.

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction et plus précisément du procès-verbal de recherches, qui fait foi jusqu'à inscription de faux, établi par l'huissier de justice lui ayant notifié la contrainte en litige, que le nom de Mme C ne figurait pas sur la boîte aux lettres figurant à sa dernière adresse connue et dont l'huissier de justice a obtenu confirmation par les services de la CAF de Loire-Atlantique. Mme C ne peut utilement remettre en cause les mentions portées sur ce procès-verbal de recherches en se bornant à produire une photographie de sa boîte aux lettres sur laquelle figure son nom de famille. D'autre part, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que Mme C a pris connaissance de la contrainte en litige le 16 mars 2019 et qu'elle disposait d'un délai courant jusqu'au 29 mars 2019 inclus pour former opposition contre cette contrainte. Elle n'est, par suite, pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas disposé d'un délai raisonnable pour présenter sa défense, ce qu'elle a par ailleurs fait en saisissant le tribunal de la présente requête enregistrée le 29 mars 2019.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 351-11 du code de la construction et de l'habitation dans sa rédaction applicable au litige : " Le règlement de l'aide personnalisée au logement obéit à la même périodicité que le paiement du loyer ou des charges d'emprunt. L'action pour le paiement de l'aide personnalisée au logement se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des sommes indûment payées, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance. () () ".

4. Mme C soutient que l'action en répétition de l'indu serait prescrite, tout le moins en ce qui concerne l'année 2016 et le premier trimestre 2017, dès lors que la contrainte, qui porte sur la période du 1er juin 2016 au 30 juin 2017, est intervenue le 4 mars 2019. Il résulte toutefois de l'instruction, et il n'est pas contesté, que la prescription a été interrompue par l'envoi, par la CAF de Loire-Atlantique, de la notification de ces indus d'allocation personnalisée au logement par courriers du 21 septembre 2017 et du 4 juillet 2018, par envois recommandés avec accusés réception, puis par l'envoi des mises en demeure correspondantes. Dans ces conditions, l'exception de prescription de la créance doit être écartée.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L.351-3 du code de la construction et de l'habitation dans sa rédaction applicable au litige : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2. Les ressources et la valeur en capital du patrimoine du demandeur, lorsque cette valeur est supérieure à 30 000 €, et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer ; () ". Aux termes de l'article R.351-5 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " () II. Les ressources prises en considération s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu d'après le barème, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu, ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale. () ". Si la fraude n'a finalement pas été retenue par la CAF de Loire-Atlantique, il résulte des dispositions précitées que les revenus perçus hors de France et les revenus issus de l'octroi de sa bourse d'études devaient être déclarés par M. C, conjoint de Mme C, tel que cela lui a été rappelé aux termes de la notification de l'indu d'allocation personnalisée au logement en litige par courrier du 21 septembre 2017. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et il n'est pas contesté, que M. C n'a pas déclaré les revenus qu'il a perçus au titre de sa bourse d'études en tant que doctorant au sein de l'école des Mines de Nantes entre octobre 2014 et mars 2016 et au titre de son activité d'enseignant au sein de l'université de Boumerdes en Algérie à compter du 1er avril 2016. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité du moyen soulevé par la requérante, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales a notifié l'indu en litige et lui a adressé la contrainte attaquée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'opposition à contrainte formulées par Mme C, ainsi que celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique et à Me Gouin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.

La magistrate désignée,

A. A

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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