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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1904408

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1904408

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1904408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2019, M. D A, représenté par Me Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception d'un montant de 561 euros émis à son encontre le 26 octobre 2018 par le directeur général des finances publiques, ainsi que la décision du 1er mars 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours préalable formé contre le titre de perception ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de prononcer la décharge de sa créance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'ordonnateur ;

- le titre de perception est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il n'est pas signé ;

- les décisions par lesquelles sa rémunération lui a été versée ne peuvent plus être retirées ;

- il est bien fondé à demander à être déchargé du paiement de la somme dont le remboursement lui est réclamé au regard des fautes commises par l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 juin 2020, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Des observations, enregistrées le 20 mai 2022, ont été présentées par la Direction départementale des finances publiques de Maine-et-Loire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, officier de l'armée de terre radié des cadres le 1er juillet 2015, a signé un engagement de servir dans la réserve opérationnelle pour une durée de deux ans à compter du 19 avril 2016. Dans ce cadre, il a effectué une opération extérieure au titre de l'opération " Berkhane " au Tchad du 27 septembre 2017 au 9 avril 2018. Par lettre du 29 août 2018, notifiée le 10 septembre 2018, le centre expert des ressources humaines et de la solde l'a informé de l'existence d'un trop versé d'indemnités d'un montant de 560,91 euros, au cours de la période du 27 septembre 2017 au 9 avril 2018 et de l'émission à venir d'un titre de perception. Le 26 octobre 2018, la direction départementale des finances publiques de Moselle a émis un titre de perception d'un montant de 561 euros. Par courrier du 12 décembre 2018, M. A a formé un recours préalable obligatoire auprès de la direction départementale des finances publiques de Moselle. Par décision du 1er mars 2019, le centre expert des ressources humaines et de la solde de Nancy a rejeté ce recours. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 26 octobre 2018, ainsi que la décision du 1er mars 2019 par laquelle le ministre des armées a rejeté son recours préalable, et de le décharger du paiement de la somme de 560,91 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité du titre :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.

4. Il résulte de l'instruction que le titre de perception émis à l'encontre de M. A le 26 octobre 2018 s'il mentionne le nom et la qualité de son auteur, ne comporte pas de signature. En outre, l'administration n'a pas produit d'état récapitulatif des créances revêtu de la formule exécutoire. Il en résulte que le tire de perception litigieux ne satisfait pas aux exigences des dispositions citées au point 2. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'il est entaché d'un vice de forme et à en demander, pour ce motif, l'annulation, ainsi que de la décision du 1er mars 2019 rejetant son recours préalable formé contre ce titre.

En ce qui concerne le bien-fondé de la créance :

5. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, dans sa rédaction issue de l'article 94 de la loi du 28 décembre 2011 portant loi de finances rectificative pour 2011 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. / Les deux premiers alinéas ne s'appliquent pas aux paiements ayant pour fondement une décision créatrice de droits prise en application d'une disposition réglementaire ayant fait l'objet d'une annulation contentieuse ou une décision créatrice de droits irrégulière relative à une nomination dans un grade lorsque ces paiements font pour cette raison l'objet d'une procédure de recouvrement ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Dans les deux hypothèses mentionnées au deuxième alinéa de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, la somme peut être répétée dans le délai de droit commun prévu à l'article 2224 du code civil.

7. En l'espèce, le titre de perception en litige émis le 26 octobre 2018 a été porté à la connaissance du requérant au plus tard le 12 décembre 2018, date de son recours préalable à l'encontre de ce titre. Par suite, les sommes versées à titre de rémunération à compter du 1er décembre 2016 pouvaient faire l'objet d'une action en répétition de l'indu. Il résulte de l'instruction que les sommes en litige, qui correspondent à des trop-perçus de rémunération pour la période de septembre au 31 décembre 2017, ont été mises en paiement entre novembre 2017 et juin 2018. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le titre de perception en litige est intervenu tardivement.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

8. D'une part, l'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.

9. D'autre part, le juge a la faculté, même en l'absence de conclusions indemnitaires, de réduire le montant d'un titre de perception pour tenir compte d'une erreur ou d'une carence de l'administration.

10. M. A soutient que l'administration a commis des fautes dans la gestion de sa solde, notamment en continuant à utiliser le système de calcul de solde dit " C " dont elle connaissait les dysfonctionnements. Toutefois, à supposer établis les dysfonctionnements de l'administration dans la gestion de sa solde, M. A ne caractérise par le préjudice qui en résulterait alors que les erreurs en litige ne portent que sur une période de huit mois.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros au titre de frais de procédure de M. A.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception émis le 26 octobre 2018 à l'encontre de M. A pour avoir paiement d'une somme de 561 euros est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre des armées.

Copie sera adressée à la direction départementale des finances publiques de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme B, première conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

La rapporteure,

C. B

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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