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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1904805

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1904805

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1904805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL MARIE-LINE BOURGES-BONNAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai 2019 et le 14 mai 2023, M. B A, représenté par Me Bourges-Bonnat, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une indemnité en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du passage de sa rémunération à demi-traitement à compter du 3 septembre 2018, ainsi que les sommes de 12 790.39 € au titre des frais exposés en lien avec la pathologie reconnue imputable au service, de 20 000 € au titre du préjudice moral et de 36 260 € au titre de l'accomplissement de fonctions plus importantes que celles correspondant à son grade, ces sommes étant assorties des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 20 septembre 2018 du préfet de la Mayenne qui a déclaré sa pathologie guérie sans séquelles au 4 juin 2018, l'a déclaré apte à ses fonctions et à toutes fonctions à compter du 19 septembre 2018, l'a placé en congé de maladie ordinaire du 5 juin 2018 au 29 septembre 2018, avec plein traitement du 5 juin au 2 septembre 2018 et demi-traitement à compter du 3 septembre 2018 est entachée de diverses illégalités, à savoir :

* le vice de procédure tenant à la violation de son droit d'accès à son dossier médical préalablement à la réunion de la commission de réforme,

* l'insuffisance de motivation de l'avis de la commission de réforme ;

* le préfet s'est cru lié par ledit avis ;

* l'erreur d'appréciation commise par le préfet, qui a considéré à tort sa pathologie guérie au 4 septembre 2018 et qu'il était apte à ses fonctions et à toutes fonctions sans aménagement de poste ;

- cette illégalité constitue une faute qui engage la responsabilité de l'Etat ;

- en outre l'administration a commis une faute en lui confiant des missions qui ne correspondent pas à celles normalement dévolues aux agents appartenant au corps des ingénieurs de l'agriculture et de l'environnement (IAE), mais qui relèvent des missions des agents appartenant au corps des inspecteurs de santé publique vétérinaire ; cette situation a entraîné un épuisement au travail à l'origine de son accident de service du 7 avril 2014 ; à sa reprise de fonctions, son poste n'a été que faiblement aménagé et il a été à nouveau placé en arrêt de travail ; ce faisant l'employeur a manqué à ses obligations résultant de l'article 2-1 du Décret n°82-453 du 28 mai 1982

- en outre, une situation de prise illégale d'intérêt, dont l'administration était avisée et qu'elle a laissé perdurer, a généré une angoisse permanente ;

- en mai 2013, un agent du service d'inspection, en proie à des difficultés d'ordre personnel, a proféré des menaces de mort envers certains de ses collègues ; ce comportement, porté à la connaissance du comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail du 7 novembre 2013, a entraîné un climat anxiogène au sein du service, qui a perduré de nombreux mois et a contribué à accroître son mal-être ;

- son employeur l'ayant placé à demi-traitement à compter du 3 septembre 2018, il en résulte un manque à gagner qui doit être indemnisé ;

- il a dû en outre engager des frais de psychothérapie, que l'administration doit prendre en charge, d'un montant de 12 790,39 incluant les frais de déplacement ;

- il a subi en outre un préjudice personnel important, qui peut être évalué à 20 000 euros au titre de son préjudice moral et à 36 260 euros du fait de l'accomplissement de fonctions plus importantes que celles correspondant à son grade.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2021, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n°82-453 du 28 mai 1982 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n°2006-8 du 4 janvier 2006 ;

- le décret n°2002-262 du 22 février 2002 ;

- le décret n° 2017-607 du 21 avril 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Degommier,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,

- et les observations de Me Bourges-Bonnat, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Titulaire du diplôme de vétérinaire et intégré dans le corps des ingénieurs de l'agriculture et de l'environnement du ministère de l'agriculture, M. B A a été affecté à la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de la Mayenne, où il exerçait au moment des faits des fonctions de responsable technique, chef de secteur, à l'abattoir d'Evron. Il a été victime, le 7 avril 2014, d'un accident lié à un état de fatigue, reconnu imputable au service le 16 septembre 2014. A la suite de cet accident, il a été placé en arrêt de travail du 7 avril 2014 au 31 juillet 2014, puis du 30 juillet 2015 au 4 décembre 2015 puis à compter du 7 janvier 2016. Au vu des conclusions d'une expertise médicale et après consultation de la commission de réforme le 18 septembre 2018, le préfet de la Mayenne a pris un arrêté, le 20 septembre 2018, déclarant la pathologie de M. A guérie à la date du 4 juin 2018, déclarant l'intéressé apte à ses fonctions et à toutes fonctions à compter du 19 septembre 2018, le plaçant en congé de maladie ordinaire du 5 juin 2018 au 29 septembre 2018, avec plein traitement du 5 juin au 2 septembre 2018 et demi-traitement à compter du 3 septembre 2018. M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser diverses indemnités en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait, d'une part, de l'illégalité de l'arrêté du 20 septembre 2018, d'autre part, des agissements à son égard de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de la Mayenne.

Sur la responsabilité de l'Etat :

En ce qui concerne l'illégalité de la décision du 20 septembre 2018 du préfet de la Mayenne :

2. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.

3. D'une part, il résulte de l'instruction que, le 7 avril 2014, M. A a été victime d'un accident lié à un état de fatigue physique et psychique marqué, reconnu imputable au service le 16 septembre 2014, à la suite duquel il a été en arrêt de travail, ainsi qu'il a été indiqué au point 1, jusqu'au 4 juin 2018. L'arrêté du 20 septembre 2018 du préfet de la Mayenne, dont l'illégalité est invoquée, a déclaré la pathologie de M. A guérie à la date du 4 juin 2018, estimé l'intéressé apte à ses fonctions et à toutes fonctions à compter du 19 septembre 2018, et l'a placé en congé de maladie ordinaire du 5 juin 2018 au 29 septembre 2018. Il résulte des conclusions de l'expertise médicale ordonnée par l'administration en 2018 pour examiner M. A, que l'état de santé de ce dernier a été regardé comme consolidé et guéri sans séquelle au titre de l'accident du 7 avril 2014, sans invalidité permanente, qu'un aménagement de poste n'est pas nécessaire et que M. A est apte à ses fonctions et à toutes fonctions. Si M. A conteste ces conclusions, il se réfère d'une part à des expertises réalisées antérieurement, qui relèvent que M. A a souffert d'un syndrome dépressif réactionnel à une surcharge professionnelle " évidente ", toutefois, ces expertises antérieures, réalisées en août 2014 et février 2016, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation à laquelle s'est livré l'expert le 4 juin 2018. M. A n'apporte pas d'élément d'ordre médical de nature à remettre en cause les conclusions de l'expert. La circonstance que M. A ait été, postérieurement, placé en congé de longue maladie du 5 juin 2018 au 4 juin 2019, après nouvelle saisine, le 9 juillet 2019, du comité médical ne suffit pas à établir le caractère erroné de l'appréciation à laquelle s'est livrée le préfet. Il en résulte que la décision du 20 septembre 2018 du préfet de la Mayenne n'est pas entachée de l'erreur d'appréciation alléguée. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet se serait cru lié par l'avis émis par la commission de réforme.

4. D'autre part, si M. A soutient que la décision du 20 septembre 2018 est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, du fait de la violation de son droit d'accès à son dossier médical avant la réunion de la commission de réforme et de l'insuffisance de motivation de l'avis de la commission de réforme, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la même décision aurait pu légalement être prise dans le cas d'une procédure régulière.

En ce qui concerne les attributions de M. A :

5. Aux termes de l'article 2 du décret du 4 janvier 2006 portant statut particulier du corps des ingénieurs de l'agriculture et de l'environnement, dans sa rédaction alors applicable : " Les membres du corps des ingénieurs de l'agriculture et de l'environnement sont chargés de fonctions d'encadrement, d'ingénierie et d'expertise. Ils participent à la mise en œuvre des politiques contribuant au développement durable dans les domaines suivants : 1° La mise en valeur agricole, forestière, halieutique et agro-industrielle ; 2° La gestion et la préservation des espaces, des ressources et des milieux naturels ; 3° L'aménagement, le développement et l'équipement des territoires ainsi que leur protection contre les risques naturels ; 4° La qualité et la sécurité sanitaires dans la chaîne alimentaire. Ils peuvent être chargés, dans ces domaines, de fonctions de formation, de recherche et de développement. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 22 février 2002 relatif au statut particulier du corps des inspecteurs de la santé publique vétérinaire, applicable au moment des faits litigieux : " Les inspecteurs de la santé publique vétérinaire () ont vocation à exercer des fonctions d'encadrement supérieur, de direction, de contrôle et d'expertise, y compris dans les organismes internationaux. Ils participent sous l'autorité des ministres compétents en ces matières, à la conception, à l'élaboration et à la mise en œuvre des politiques publiques relatives à la santé publique vétérinaire au sens du code rural et de la pêche maritime, à la gestion et la préservation des milieux naturels et de la faune, à l'alimentation et l'agro-industrie et au développement économique des territoires, ainsi qu'aux politiques publiques relatives à la recherche, à l'enseignement, à la formation et au développement dans ces mêmes domaines. Ils ont en outre vocation, lorsqu'ils ont atteint le grade d'inspecteur général, à exercer des missions d'inspection et d'évaluation des politiques publiques ". En vigueur depuis le 24 avril 2017, le décret du 21 avril 2017 portant statut particulier du corps des inspecteurs de santé publique vétérinaire dispose en son article 1er que " Les inspecteurs de santé publique vétérinaire constituent un corps supérieur à caractère technique, au sens de l'article 10 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée et à caractère interministériel, classé dans la catégorie A prévue à l'article 13 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. Ce corps relève du ministre chargé de l'agriculture. Ils participent, sous l'autorité des ministres compétents, à la conception, à l'élaboration, à la mise en œuvre et à l'évaluation des politiques publiques, notamment dans les domaines relatifs : 1° A la santé animale et à la protection des animaux ; 2° A la sécurité sanitaire des aliments ; 3° A la qualité et à la santé des végétaux ; 4° A la santé publique ; 5° A l'alimentation et à l'agriculture ; 6° A la gestion et à la protection de l'environnement, à la préservation de la biodiversité ; 7° Au développement durable des territoires ; 8° A la prévention des risques et à la gestion des crises dans les matières mentionnées du 1° au 7° ; 9° A la recherche, à l'enseignement, à la formation et au développement dans les domaines précités. Ils ont vocation à exercer des fonctions de direction, d'encadrement, de contrôle, d'inspection, d'expertise, d'étude, d'enseignement et de recherche, y compris dans les négociations et organismes internationaux. Ils assurent toute mission de nature scientifique, technique, administrative, économique ou sociale qui leur serait confiée ".

6. Par ailleurs, l'article L. 231-1 du code rural et de la pêche maritime, dans sa rédaction applicable au moment des faits, prévoit que "Dans l'intérêt de la protection de la santé publique, il doit être procédé : 1° Au contrôle officiel des animaux vivants appartenant à des espèces dont la chair ou les produits sont destinés à l'alimentation humaine ou animale et de leurs conditions de production ; 2° Au contrôle officiel des conditions d'abattage des animaux mentionnés au 1° ci-dessus ; 3° Au contrôle officiel des produits d'origine animale, des denrées alimentaires en contenant, des sous-produits animaux et des aliments pour animaux ; 4° A la détermination et au contrôle officiel des conditions d'hygiène dans lesquelles les produits d'origine animale, les denrées alimentaires en contenant, les sous-produits animaux et les aliments pour animaux sont préparés, transformés, conservés ou éliminés, notamment lors de leur transport et de leur mise en vente ; 5° Au contrôle officiel de la mise en œuvre des bonnes pratiques d'hygiène et des systèmes d'analyse des dangers et des points critiques pour les maîtriser () ; 6° Au contrôle officiel des conditions techniques du transport des denrées alimentaires sous température dirigée ". Et l'article L. 231-2 du même code, dans sa rédaction applicable à la date des faits litigieux, prévoit que " I.- Sont habilités à exercer les contrôles mentionnés à l'article L. 231-1 : 1° Les inspecteurs de la santé publique vétérinaire ; 2° Les ingénieurs ayant la qualité d'agent du ministère chargé de l'agriculture ".

7. Enfin, les dispositions de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires prévoient notamment que " le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent ".

8. Il ressort des fiches de poste produites par M. A que l'intéressé, qui occupait un poste de chef de secteur, exerçait des fonctions d'inspecteur, de gestionnaire technique, de formateur technique et de responsable d'abattoir. Le préfet précise, sans être contesté, qu'il était ainsi chargé de l'encadrement des équipes d'inspection, de l'inspection d'établissements du secteur, de l'inspection de produits, de la certification à l'exportation, de la coordination des plans d'inspection et de contrôle. De telles missions sont au nombre de celles pouvant être confiées aux fonctionnaires du corps des ingénieurs de l'agriculture et de l'environnement, qui font partie des agents habilités à exercer des contrôles visés à l'article L. 231-1 du code rural et de la pêche maritime. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que ses missions ne relevaient pas de celles normalement dévolues aux agents du corps des ingénieurs de l'agriculture et de l'environnement.

En ce qui concerne les agissements fautifs imputés à l'administration :

9. D'une part, selon M. A, l'administration aurait laissé perdurer une situation de prise illégale d'intérêt, un vétérinaire inspecteur effectuant des inspections sur un abattoir dont il détenait plus de 30 % des parts sociales. Les pièces produites par M. A, notamment l'extrait Kbis de la société TebaPail, les extraits des statuts de cette société et un courrier électronique de M. A datant de 2012 mettent en évidence la détention par un vétérinaire inspecteur de parts sociales dans cette société, pour plus de 30 % du capital. Ces pièces sont toutefois datées, pour les plus récentes, de 2012 et il ressort du rapport du 16 mars 2018 du directeur départemental de la cohésion sociale et de la protection des populations produit en défense qu'une enquête judiciaire a été diligentée, que les faits antérieurs à mai 2014 ont fait l'objet de mesures alternatives à des poursuites pénales et qu'il a ainsi été mis fin à la situation décrite par M. A après juin 2014. Dans ces conditions il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait par inaction fautive laissé perdurer une situation de prise illégale d'intérêt.

10. D'autre part, il résulte d'un rapport du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail du 7 novembre 2013, qu'en mai 2013, une altercation d'un agent avec une autre personne de l'équipe a nécessité un rappel à la règle, en présence notamment de M. A. Toutefois il ne résulte ni de ce procès-verbal, ni de la déclaration d'accident de travail faite par M. A, que cet agent aurait proféré des menaces de mort. Il ne résulte donc pas de l'instruction que l'administration aurait par inaction fautive laissé perdurer dans l'établissement en cause un climat d'insécurité.

11. Enfin, il ressort des termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires que : " () Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurés aux fonctionnaires durant leur travail ". L'article 2-1 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique précise que : " Les chefs de service sont chargés, dans la limite de leurs attributions et dans le cadre des délégations qui leur sont consenties, de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorités ".

12. Il résulte de l'instruction que M. A a adressé à son administration le 7 avril 2014 une déclaration d'accident, lequel a été reconnu imputable au service le 16 septembre 2014, après avis favorable de la commission de réforme. Il ressort de l'expertise psychiatrique réalisée en août 2014 que l'intéressé a présenté, fin 2013 et en début d'année 2014, un état dépressif d'intensité modérée avec troubles anxieux associés en comorbidité, troubles qui ont nécessité un arrêt de travail du 7 avril 2014 au 3 août 2014 et que l'expert a indiqué que la pathologie initiale est liée à une " surcharge professionnelle évidente, dont son administration devrait tenir compte afin qu'à l'avenir il puisse retravailler, ce qui est son désir, dans des conditions satisfaisantes ". L'expert ajoute que pour la suite, il est nécessaire qu'un aménagement du poste de travail soit effectué avec une définition plus précise des limites de ses tâches. Il ressort également des comptes rendus d'évaluation des années 2012, 2013 et 2014, que M. A avait signalé à son supérieur hiérarchique, de manière insistante, une surcharge de travail. Cette situation, qui a perduré au moins de 2012 à 2014, est à l'origine directe de l'accident reconnu imputable au service déclaré le 7 avril 2014 et aux arrêts de travail consécutifs, rattachés à cet accident, entre le 7 avril 2014 et 31 juillet 2014, puis du 30 juillet 2015 au 4 décembre 2015, puis du 7 janvier 2016 au 4 juin 2018. En laissant perdurer, entre 2012 et le 7 avril 2014, une situation de surcharge de travail préjudiciable à la santé de l'intéressé, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

Sur les préjudices :

13. En premier lieu, si M. A demande à être indemnisé des pertes de revenus qu'il a subies, son employeur l'ayant placé à demi-traitement à compter du 3 septembre 2018, il résulte de l'instruction que M. A a été, après nouvelle saisine, le 9 juillet 2019, du comité médical, placé en congé de longue maladie, à plein traitement du 5 juin 2018 au 4 juin 2019, puis à demi-traitement du 5 juin 2019 au 4 octobre 2020. Il n'est pas établi que la perte de revenu résultant du passage à demi-traitement depuis le 5 juin 2019 serait en lien direct avec la faute de l'administration retenue au point précédent. M. A ne peut donc prétendre à une indemnité au titre de la perte de revenus.

14. En deuxième lieu, M. A soutient avoir dû engager des frais de psychothérapie, d'un montant de 12 790,39 euros, frais de déplacement inclus. Il résulte des dispositions alors applicables de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat que le fonctionnaire victime d'un accident reconnu imputable au service a droit au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. Il ressort des attestations produites que M. A a suivi, entre avril 2014 et le 5 juin 2018, 69 séances de psychothérapie pour un montant total de 3275 euros, et non de 8040 euros comme il le soutient, puis 10 séances postérieurement au 5 juin 2018 jusqu'en décembre 2018 pour un montant de 935 euros. Toutefois, ces dernières séances ont été suivies après le 5 juin 2018, soit après consolidation de son état. M. A ne peut donc prétendre à la prise en charge que des séances suivies avant le 5 juin 2018. Par ailleurs, M. A demande le remboursement des frais de déplacement pour se rendre à ces séances, toutefois, il ne justifie pas d du bien-fondé des sommes de 2738,19 euros et de 1077,20 euros qu'il réclame à ce titre. En revanche, l'administration justifie lui avoir versé une somme totale de 4185,94 euros, dont 3275 euros pour les séances de psychothérapie jusqu'au 5 juin 2018 et 910,94 euros au titre des frais de déplacement correspondants. Dans ces conditions, eu égard aux justificatifs produits, M. A ne peut pas prétendre à une indemnité complémentaire au titre de ce chef de préjudice.

15. En dernier lieu, M. A a subi du fait de son accident de service du 7 avril 2014, imputable au service et consécutif à une surcharge de travail avérée, un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en lui accordant une indemnité de 7 000 euros à ce titre.

Sur les intérêts :

16. M. A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 7 000 euros à compter du 2 janvier 2019, date de réception de sa demande par l'administration.

Sur les intérêts des intérêts :

17. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 6 mai 2019. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 6 mai 2020, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 7 000 (sept mille) euros avec intérêts au taux légal à compter du 2 janvier 2019. Les intérêts échus à la date du 6 mai 2020 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Une copie sera en outre adressée à la préfète de la Mayenne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

S. DEGOMMIER

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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