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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1905076

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1905076

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1905076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantJARRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mai 2019 et 11 mai 2022, la société MSA mission sécurité atlantique, représentée par Me Jarry, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 18 janvier 2019 pour avoir paiement d'une pénalité financière de 15 000 euros ainsi que la décision du 21 mars 2019 par laquelle la directrice régionale des finances publiques a rejeté le recours formé contre cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle ouest ne lui a pas été régulièrement notifiée et le délai de recours à l'encontre de cette décision n'était pas expiré lorsqu'elle a introduit sa requête ;

- la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle ouest qui lui a infligé une pénalité financière de 15 000 euros, objet du titre de perception, est irrégulière dès lors qu'elle ne mentionne pas le nom des membres la composant ;

- la composition de cette commission méconnaît le principe d'impartialité ;

- la sanction financière infligée par cette commission méconnaît le principe de proportionnalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la société MSA mission sécurité atlantique une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la société MSA mission sécurité atlantique n'est pas recevable à exciper de l'illégalité de la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle ouest au soutien de ses conclusions à fin d'annulation du titre de perception, dès lors que la décision de cette commission est devenue définitive ;

- les autres moyens soulevés par la société MSA mission sécurité atlantique ne sont pas fondés.

La direction régionale des finances publiques de Loire-Atlantique a présenté des observations enregistrées les 21 mai 2019 et 3 novembre 2020.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du courrier du 21 mars 2019 qui ne constitue pas une décision susceptible de recours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,

- et les observations de Me Coquillon, avocat du Conseil national des activités de sécurité privée.

Une note en délibéré, présentée par Me Jarry pour la société MSA Mission sécurité Atlantique, a été enregistrée le 9 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. La société MSA Mission sécurité Atlantique est une société qui exerce des activités de sécurité privée. Les 28 et 29 juillet, et le 8 août 2017, le conseil national des activités privées de sécurité a procédé à un contrôle de l'activité de cette société. Par une décision du 24 mai 2018, la commission locale d'agrément et de contrôle ouest a infligé à la société MSA Mission sécurité Atlantique une interdiction temporaire d'exercer toute activité prévue à l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure pour une durée de trois mois, ainsi qu'une pénalité financière de 15 000 euros. Un titre de perception d'un montant de 15 000 euros a été émis le 18 janvier 2019 par la direction régionale des finances publiques des Pays -de-la-Loire à l'encontre de la société MSA Mission sécurité atlantique, pour avoir paiement de cette somme. Par courrier reçu le 21 mars 2019, M. B a, en sa qualité de gérant de la société MSA Mission sécurité Altantique, formé une réclamation préalable auprès du comptable public de la direction régionale des finances publiques. Par courrier du 21 mars 2019, la directrice régionale des finances publiques a accusé réception de sa réclamation, l'informant qu'elle était transmise au Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), seul compétent pour se prononcer sur le bien-fondé de la créance. A défaut de réponse dans le délai de six mois est née une décision implicite de rejet. Par sa requête, la société MSA Mission sécurité Atlantique demande au tribunal d'annuler le titre de perception émis à son encontre, ainsi que la décision de la directrice régionale des finances publiques du 21 mars 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'acte du 28 mars 2019 :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisis que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () " En l'espèce, le courrier du 28 mars 2019 par lequel la directrice régionale des finances publiques a accusé réception du recours préalable obligatoire formé par la société MSA Mission sécurité atlantique, et l'a informé de ce qu'il serait transmis au conseil national de sécurité privée ne constitue pas une décision susceptible de recours. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de ce courrier doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du titre de perception :

3. Le destinataire d'un titre de perception est recevable à contester, à l'appui de son recours contre ce titre, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive, comme le prévoient au demeurant, pour les dépenses de l'Etat, les articles 117 et 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

4. En premier lieu, aucune disposition légale ou règlementaire, ni aucun principe général du droit, n'imposent à la commission nationale d'agrément et de contrôle de faire mention, dans l'acte qu'elle édicte, du nom des membres présents ou représentés à la séance. Dès lors, le moyen, tiré de l'irrégularité de la décision en litige à raison de l'absence de telles mentions ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, la société requérante soutient que le principe d'impartialité n'a pas été respecté dès lors que siègent à la commission des représentants de sociétés concurrentes, ainsi qu'un représentant du ministre du budget. Toutefois, en se bornant à faire valoir que des membres de sociétés concurrentes auraient siégé à cette commission, sans apporter aucune autre précision alors même que la liste des membres présents a été produite par le Conseil national des activités privées de sécurité, la société MSA Mission sécurité atlantique ne justifie pas de la partialité de ses membres. Elle ne justifie pas davantage de l'absence d'impartialité du représentant du ministre du budget à son égard. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure dans sa version alors applicable : " Tout manquement aux lois, règlements et obligations professionnelles et déontologiques applicables aux activités privées de sécurité peut donner lieu à sanction disciplinaire. Le Conseil national des activités privées de sécurité ne peut être saisi de faits remontant à plus de trois ans s'il n'a été fait aucun acte tendant à leur recherche, leur constatation ou leur sanction. / Les sanctions disciplinaires applicables aux personnes physiques et morales exerçant les activités définies aux titres Ier, II et II bis sont, compte tenu de la gravité des faits reprochés : l'avertissement, le blâme et l'interdiction d'exercice de l'activité privée de sécurité ou de l'activité mentionnée à l'article L. 625-1 à titre temporaire pour une durée qui ne peut excéder cinq ans. En outre, les personnes morales et les personnes physiques non salariées peuvent se voir infliger des pénalités financières. Le montant des pénalités financières est fonction de la gravité des manquements commis et, le cas échéant, en relation avec les avantages tirés du manquement, sans pouvoir excéder 150 000 €. Ces pénalités sont prononcées dans le respect des droits de la défense. "

7. Il ressort des termes de la décision du 24 mai 2018, que pour prononcer à l'encontre de la société MSA mission sécurité atlantique une interdiction temporaire d'exercice de trois mois ainsi que 15 000 euros de pénalités financières, la commission locale d'agrément et de contrôle ouest a retenu plusieurs manquements tirés de ce que la société MSA avait débuté son activité plusieurs mois avant d'avoir obtenu les autorisation d'exercice, avait exercé une activité de sécurité sur la voie publique sans être titulaire d'une autorisation préfectorale, avait fait usage de documents non conformes en l'absence d'inscription du numéro d'autorisation sur les contrats, factures et prospectus, n'avait pas respecté la durée de travail journalier maximale ni le temps de repos journalier, n'avait pas respecté la durée de temps de travail maximal prévu par le titre de séjour étudiant de l'un de ses salariés, et s'était abstenue de faire des déclarations préalables à l'embauche pour huit salariés. Ces différents manquements ne sont pas contestés par la société requérante. Eu égard à la gravité et au nombre des manquements commis par la société MSA mission atlantique sécurité, les sanctions prononcées à son encontre par la commission locale d'agrément et de contrôle n'apparaissent pas disproportionnées.

8. Il résulte de ce qui précède que la société MSA mission sécurité atlantique n'est pas fondée à contester la décision du 24 mai 2018 de la commission locale d'agrément et de contrôle ouest qui fonde le titre de perception litigieux. Par suite, les conclusions de la société MSA mission sécurité atlantique aux fins d'annulation du titre de perception du 18 janvier 2019 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, une somme au titre des frais exposés par la société MSA mission sécurité atlantique et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société MSA mission sécurité Atlantique le versement de la somme que le CNAPS demande sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société MSA mission atlantique sécurité est rejetée.

Articles 2 : Les conclusions présentées par le Conseil national des activités privées de sécurité au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société MSA Mission sécurité atlantique et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Copie en sera adressée à la direction régionale des finances publiques de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

C. A

Le président,

S. DEGOMMIER La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1905076

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