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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1905510

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1905510

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1905510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 mai 2019, 17 septembre 2019 et 25 août 2020, M. F B, représenté par Me Poulard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2019 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour, ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté a été signé par une autorité compétente ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2019 le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 27 août 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais qui se dit né le 23 mars 2001, déclare être entré en France en avril 2017. A la suite de son interpellation par les services de gendarmerie le 28 août 2017 pour des faits présumés de recel provenant de vol, M. B a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire le 30 août 2017 dont la légalité a été confirmée par un jugement du 11 octobre 2017 du magistrat désigné de ce tribunal. Le requérant n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Le 28 avril 2019, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 mai 2019, le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois. Il a été statué, selon la procédure prévue au III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les conclusions de la requête de M. B dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français, par jugement en date du 21 octobre 2019 du magistrat désigné par le président du tribunal, qui a renvoyé les conclusions dirigées contre le refus de séjour devant une formation collégiale du tribunal, seule compétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté a été signé par M. E D, chef du bureau du séjour à la préfecture. Par arrêté du 2 avril 2019 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision manque en fait.

3. Aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ". Ces dispositions, qui figurent dans la sous-section consacrée à l'admission exceptionnelle au séjour et ne prévoient que la possibilité de délivrer à titre exceptionnel une carte de séjour temporaire, laissent au préfet un large pouvoir d'appréciation des différents critères qu'elle énonce.

4. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code précité à M. B, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé n'a jamais été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, qu'il ne peut attester légalement de son identité dans les conditions prévues par l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment de sa situation de mineur lors de son entrée en France et qu'en tout état de cause l'intéressé ne peut établir le sérieux et le caractère réel du parcours de formation entrepris.

5. Si, à la date de la décision attaquée, M. B était inscrit en seconde professionnelle et préparait le certificat d'aptitude professionnelle d'assistant technique en milieux familial et collectif, le préfet produit le bulletin de la période 2 de l'année scolaire 2018 - 2019 faisant état, pour presque toutes les matières, d'absences aux évaluations, ainsi qu'un relevé des absences et retards de M. B faisant état de très nombreux retards et d'absences injustifiés, de sorte que le requérant ne justifie pas du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation. Par ailleurs, M. B, que le juge pour enfants a confié au conseil départemental de la Loire-Atlantique du 25 février 2019 au 23 mars 2019, le temps qu'une mesure de tutelle soit ouverte, sans que l'intéressé soit ensuite placé sous la tutelle du service de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé par un jugement du juge des tutelles, ne produit pas d'avis d'une structure d'accueil, ni aucun autre document de nature à justifier de son insertion dans la société française.

6. Par suite, pour ce seul motif, le préfet était fondé à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions de M. B à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Poulard et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

C. C

Le président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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