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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1905691

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1905691

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1905691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantHENNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 mai 2019, 5 mai et 29 septembre 2020, Mme A D, représentée par Me Henni, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés des 5 février, 27 mars et 10 mai 2019 par lesquels le président de CAP Atlantique l'a respectivement placée et maintenue en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 18 décembre 2018 ;

2°) d'enjoindre à CAP Atlantique de la rétablir dans ses droits ;

3°) de mettre à la charge de CAP Atlantique le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de ces arrêtés ;

- ces arrêtés sont insuffisamment motivés ;

- ils sont entachés d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédés d'une invitation à solliciter un reclassement ;

- l'arrêté du 27 mars 2019 est entaché d'un second vice de procédure en ce qu'il n'est pas justifié de la régularité de la composition du comité médical consulté le 21 mars 2019 ;

- ces arrêtés sont entachés d'une erreur de droit et d'appréciation et méconnaissent son droit à un reclassement ; l'arrêté du 27 mars 2019 lui refuse par ailleurs illégalement un congé de longue maladie ;

- ces arrêtés sont entachés de rétroactivité illégale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 octobre 2019, 28 mai et 18 décembre 2020, CAP Atlantique, représenté par Me Oillic, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 2 500 euros soit mis à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

CAP Atlantique fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 5 février 2019 étant tardives, et la requête étant dépourvue de moyens ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique,

- les observations de Me Henni, représentant Mme D, en présence de celle-ci,

- et les observations de Me Oillic, représentant CAP Atlantique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, rédactrice territoriale titulaire employée par l'établissement public de coopération intercommunale CAP Atlantique, a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 18 décembre 2017 après avoir présenté un certificat d'arrêt de travail. Elle a, par la suite, présenté de nouveaux certificats d'arrêt de travail, qui ont justifié la prolongation de son congé de maladie jusqu'au 17 décembre 2018, terme de ses droits statutaires à congé de maladie ordinaire. Le comité médical, réuni le 13 décembre 2018, a estimé que l'arrêt de travail de Mme D était justifié du 18 décembre 2017 au 17 décembre 2018, mais que passé cette date, elle était apte à la reprise de ses fonctions à temps complet, en précisant qu'en cas d'absence de reprise, l'intéressée devrait être placée en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 18 décembre 2018 jusqu'à sa reprise effective. Mme D ayant présenté un nouveau certificat médical daté du 29 novembre 2018 prolongeant son arrêt de travail jusqu'au 28 février 2019, le président de CAP Atlantique a, par un arrêté du 5 février 2019, maintenu Mme D à demi-traitement à compter du 18 décembre 2018 et a prononcé son placement en disponibilité d'office à compter de la notification de cet arrêté, jusqu'à sa reprise de fonctions. Mme D a, avant l'intervention de cette décision, sollicité par courrier du 21 janvier 2019 son placement en congé de longue maladie. Le comité médical, saisi pour avis, a considéré le 21 mars 2019 que cette demande n'était pas recevable. Par un arrêté du 27 mars 2019, visant cet avis du comité médical, le président de CAP Atlantique a prononcé le placement de Mme D en disponibilité à compter du 8 février 2019, et confirmé que pour la période antérieure à cette date, elle bénéficierait du maintien d'un demi-traitement. Mme D ayant transmis un nouveau certificat médical prolongeant son arrêt de travail jusqu'au 30 juin 2019, le président de CAP Atlantique a, par un arrêté du 10 mai 2019, prolongé le placement de l'intéressée en disponibilité d'office pour raisons de santé à titre conservatoire dans l'attente de l'avis du comité médical sur la prolongation de cette disponibilité. Mme D demande l'annulation de ces trois arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés litigieux :

2. Par un arrêté du 30 août 2016, affiché le même jour au siège de CAP Atlantique, le président de CAP Atlantique a donné délégation à Mme C B, 8ème vice-présidente déléguée à la gestion des équipes, à l'effet de prendre notamment tous les actes relatifs à la gestion des ressources humaines de l'établissement. Le moyen tiré de ce que les arrêtés litigieux auraient été pris par une autorité incompétente doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation des arrêtés litigieux :

3. Les décisions plaçant d'office un fonctionnaire en disponibilité en raison de l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie ne relèvent d'aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. L'arrêté du 5 février 2019, qui se borne à tirer les conséquences de l'absence de reprise de fonctions de Mme D au terme de ses droits à congé de maladie ordinaire, n'avait donc pas à être motivé.

4. L'arrêté du 27 mars 2019 a pour effet de confirmer le placement de Mme D en disponibilité d'office, et de rejeter sa demande de congé de longue maladie. Cet arrêté, qui vise les dispositions textuelles dont il fait application, relève que Mme D a épuisé ses droits statutaires à congé de maladie ordinaire, et mentionne le sens de l'avis rendu par le comité médical sur la demande de congé de longue maladie, est ainsi suffisamment motivé en droit et en fait.

5. Enfin, l'arrêté du 10 mai 2019 vise les dispositions textuelles dont il fait application, relève que Mme D a produit un nouveau certificat médical prolongeant son arrêt de travail jusqu'au 30 juin 2019 et indique que le comité médical a été saisi le 15 avril 2019 pour avis sur la prolongation de sa disponibilité, et précise que le maintien de Mme D en disponibilité est prononcé dans l'attente de cet avis. Cet arrêté est ainsi, en tout état de cause, suffisamment motivé.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'invitation à présenter une demande de reclassement :

6. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles 57, 72 et 81 de la loi du 26 janvier 1984, de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 et de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985, que lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement et que le comité médical ne s'est pas prononcé sur sa capacité à occuper, par voie de réaffectation, de détachement ou de reclassement, un autre emploi, éventuellement dans un autre corps ou un autre grade, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée, soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.

7. Il ressort des pièces du dossier que le comité médical, consulté le 13 décembre 2018, a considéré que Mme D était apte à reprendre ses fonctions au 18 décembre 2018. Aucune obligation de reclassement ne pesait donc sur CAP Atlantique qui n'avait, dès lors, pas à inviter la requérante à présenter une demande de reclassement avant de la placer en disponibilité d'office par l'arrêté du 5 février 2019, un tel placement se bornant à tirer les conséquences de son absence de reprise de fonctions depuis l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie.

8. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le comité médical, de nouveau réuni le 21 mars 2019, a seulement conclu à l'inaptitude temporaire de Mme D à reprendre ses fonctions, et non à une inaptitude définitive. Par suite, CAP Atlantique n'avait pas davantage à inviter la requérante à présenter une demande de reclassement avant de la placer en disponibilité d'office à compter du 8 février 2019 par l'arrêté du 27 mars 2019, cette mesure ayant au surplus une portée partiellement rétroactive pour placer Mme D dans une position statutaire régulière en tirant les conséquences de son absence de reprise de fonctions.

9. Enfin, la décision du 10 mai 2019 a été prise pour placer Mme D dans une position statutaire régulière compte tenu de la production par l'intéressée d'un nouveau certificat d'arrêt de travail, dans l'attente d'un nouvel avis du comité médical. Le comité médical ne s'étant ainsi pas prononcé sur l'aptitude ou l'inaptitude de la requérante à l'exercice de ses fonctions, aucune obligation de reclassement n'incombait à ce stade à CAP Atlantique.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du comité médical consulté le 21 mars 2019 :

10. Aux termes de l'article 3 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version applicable au litige : " Dans chaque département, un comité médical départemental est constitué auprès du préfet. / () / Chaque comité comprend deux praticiens de médecine générale et, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste de l'affection dont est atteint le fonctionnaire qui demande à bénéficier du congé de longue maladie ou de longue durée prévu au 3° ou au 4° de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée. / () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que, lors de sa séance du 21 mars 2019 au cours de laquelle la situation de Mme D a été examinée, le comité médical départemental comprenait un médecin psychiatre agréé, le docteur E. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas justifié de la régularité de la composition du comité médical doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la rétroactivité illégale :

12. Si les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir, l'administration peut, s'agissant de décisions relatives à la carrière des fonctionnaires, déroger à cette règle générale en leur conférant une portée rétroactive dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation.

13. Les arrêtés des 5 février, 27 mars et 10 mai 2019 ont été pris pour placer Mme D dans une situation régulière en raison de l'épuisement, à la date du 17 décembre 2018, de ses droits statutaires à congés de maladie ordinaire, et de la production de certificats de prolongation d'arrêt de travail postérieurement à cette date. La requérante n'est par suite pas fondée à soutenir que ces arrêtés seraient entachés d'une rétroactivité illégale.

En ce qui concerne les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation :

14. Il ressort de la motivation de l'arrêté du 5 février 2019 que cette décision se borne à tirer les conséquences de l'absence de reprise de fonctions de Mme D postérieurement à l'expiration de ses droits à congés de maladie ordinaire, et de la production par l'intéressée d'un certificat médical daté du 29 novembre 2018 portant prolongation de son arrêt de travail jusqu'au 28 février 2019. La circonstance que CAP Atlantique n'a pas, préalablement à l'intervention de cette décision, invité la requérante à reprendre ses fonctions alors que le comité médical, consulté le 13 décembre 2018, avait conclu à son aptitude à reprendre ses fonctions au 18 décembre 2018 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de ce que le président de CAP Atlantique aurait, en prenant cette décision, commis une erreur de droit en s'estimant lié par l'avis du comité médical ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, ainsi qu'il a été précédemment dit, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance de son droit au reclassement, dès lors qu'elle n'était pas déclarée inapte définitivement à l'exercice de ses fonctions.

15. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 8, la requérante ne peut utilement soutenir que l'arrêté du 27 mars 2019 aurait été pris en méconnaissance de son droit au reclassement. Si Mme D conteste par ailleurs l'absence de mesures entreprises par CAP Atlantique pour adapter son poste, l'avis rendu le 21 mars 2019 par le comité médical, retenant seulement une inaptitude temporaire, n'impliquait pas la prise de telles mesures.

16. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable à la date du 27 mars 2019 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. () ".

17. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande présentée le 21 janvier 2019 de Mme D tendant à l'octroi d'un congé de longue maladie, le président de CAP Atlantique s'est fondé sur l'avis du comité médical, déclarant cette demande irrecevable au motif que la demande aurait été présentée alors que la requérante ne se trouvait plus en position d'activité, mais en disponibilité d'office. Si la requérante conteste cette appréciation, il est constant qu'à la date du 21 janvier 2019 à laquelle Mme D a demandé son placement en congé de longue maladie, elle avait épuisé ses droits à congés de maladie et n'avait pas repris ses fonctions, de sorte qu'elle doit être considérée comme ne se trouvant plus en position d'activité à cette date, quand bien même son placement rétroactif en disponibilité d'office n'a été formalisé que par l'arrêté du 5 février 2019. Par suite, la requérante n'établit pas que l'arrêté du 27 mars 2019 confirmant son placement en disponibilité d'office en conséquence du rejet de sa demande de congé de longue maladie serait entaché d'illégalité.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de la requête n'impliquant aucune mesure d'exécution, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de CAP Atlantique, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur le fondement de ces dispositions.

21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par CAP Atlantique au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par CAP Atlantique présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à CAP Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILINLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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