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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1905800

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1905800

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1905800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEXCAP ANGERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le n° 1905800, par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 juin 2019, le 4 mars 2020, le 19 avril 2021 et le 17 mai 2022, M. A D, représenté par Me Meunier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2019 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses accidents survenus le 18 juin 2008, le 9 avril 2013, le 24 avril 2013 et le 3 novembre 2015 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes de reconnaître l'imputabilité au service de ses affections dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer ses demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de réforme ne s'est pas prononcée sur sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu entre fin septembre et octobre 2015 ;

- elle est entachée d'erreur de droit, l'administration lui ayant, en conditionnant le sens de sa décision à la fourniture de certificats médicaux, imposé des conditions non prévues par les textes ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que la pathologie dont il souffre est en lien avec le service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2019, le recteur de l'académie de Nantes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

II. Sous le n° 1910822, par une requête enregistrée le 3 octobre 2019, M. A D, représenté par Me Meunier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2019 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses accidents survenus le 18 juin 2008, le 9 avril 2013, le 24 avril 2013 et le 3 novembre 2015, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes de reconnaître l'imputabilité au service de ses affections dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer ses demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de réforme ne s'est pas prononcée sur sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu entre fin septembre et octobre 2015 ;

- elle est entachée d'erreur de droit, l'administration lui ayant, en conditionnant le sens de sa décision à la fourniture de certificats médicaux, imposé des conditions non prévues par les textes ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que la pathologie dont il souffre est en lien avec le service.

Par une ordonnance du 16 avril 2021, la requête a fait l'objet d'une dispense d'instruction.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 novembre 2015, M. A D, professeur certifié de technologie et affecté au collège Clémenceau, à Cholet (Maine-et-Loire) depuis le 1er septembre 2001, a déclaré trois accidents de service, survenus entre le " 18 juin 2008 et le mois d'octobre 2008 " pour le premier et les 9 et 24 avril 2013 pour les deux autres. Le 6 janvier 2016, l'intéressé a rempli un quatrième imprimé pour un accident daté de " fin septembre et octobre 2015 ". A la suite de ces déclarations d'accident de service, le recteur de l'académie de Nantes a convoqué M. D à une expertise médicale réalisée le 23 mars 2016. L'expert, médecin psychiatre, a conclu à l'absence d'imputabilité au service de la pathologie présentée par M. D. La commission départementale de réforme, qui s'est réunie le 28 juin 2016, a émis un avis défavorable quant à la reconnaissance de l'imputabilité au service du dernier accident déclaré par M. D, le 6 janvier 2016 et quant à la prise en charge des arrêts de travail du 3 novembre 2015 au 3 février 2016 au titre de cet accident. Par une décision du 12 juillet 2016, le recteur de l'académie de Nantes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des accidents déclarés par M. D les 25 novembre 2015 et 6 janvier 2016, au motif que la pathologie dont l'intéressé souffre n'était pas directement et certainement imputable à l'activité professionnelle mais relevait d'un état antérieur. Par un jugement n° 1610462 du 18 décembre 2018, le tribunal a annulé cette décision au motif que les demandes de reconnaissance de l'imputabilité au service formées par le requérant n'avaient pas toutes été préalablement soumises à la commission de réforme, et a enjoint au recteur de l'académie de Nantes de réexaminer ses demandes. La commission départementale de réforme, réunie le 26 février 2019, a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service des accidents du 18 juin 2008, et des 9 et 24 avril 2013. Par une nouvelle décision du 12 avril 2019, le recteur de l'académie de Nantes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des accidents déclarés par M. D, survenus le 18 juin 2008, le 9 avril 2013, le 24 avril 2013 et le 3 novembre 2015, au motif que la pathologie dont souffrait le requérant n'était pas directement imputable à son activité professionnelle mais relevait d'un état antérieur. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

2. Les requêtes n° 1905800 et 1910822 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 1er septembre 2016, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 14 octobre 2016, le recteur de l'académie de Nantes a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. Pierre Jaunin, secrétaire général de l'académie de Nantes, à l'effet de signer " tous actes et décisions mentionnés dans les textes susvisés ", ainsi que, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C B, à M. Marc Vauleon, secrétaire général adjoint, directeur des ressources humaines, signataire de la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le recteur et le secrétaire général de l'académie de Nantes n'auraient pas été absents ou empêchés. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit par suite être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ;() ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. La décision attaquée vise les lois du 13 juillet 1983, notamment son article 21 bis, et du 11 janvier 1984. Elle indique que la pathologie dont souffre M. D n'est pas directement imputable à l'activité professionnelle mais résulte d'un état antérieur au vu de l'expertise médicale réalisée le 23 mars 2016, et relève qu'aucune lésion n'a été constatée en ce qui concerne les accidents des 9 avril 2013, 24 avril 2013 et 6 mai 2013. Dans ces conditions, la décision attaquée comprend les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa version en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / 1° A un congé annuel avec traitement dont la durée est fixée par décret en Conseil d'Etat ; / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 35. Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; / () ".

7. Aux termes de l'article 26 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladies des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Sous réserve du deuxième alinéa du présent article, les commissions de réforme prévues aux articles 10 et 12 ci-dessus sont obligatoirement consultées dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 34 (2°), 2° alinéa, de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Le dossier qui leur est soumis doit comprendre un rapport écrit du médecin chargé de la prévention attaché au service auquel appartient le fonctionnaire concerné. / La commission de réforme n'est toutefois pas consultée lorsque l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident est reconnue par l'administration. ".

8. En l'espèce, la première décision de refus d'imputabilité opposée au requérant par le recteur de l'académie de Nantes, intervenue le 12 juillet 2016, a été annulée par un jugement du tribunal du 18 décembre 2018 au motif qu'elle n'avait pas été précédée de la saisine de la commission de réforme concernant les trois accidents déclarés le 25 novembre 2015 par M. D, soit ses accidents survenus en 2008, et les 9 et 24 avril 2013. Il ressort en outre des pièces du dossier que la commission de réforme a émis un avis défavorable, lors de sa séance du 28 juin 2016, à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu entre fin septembre et octobre 2015. Si, ainsi que le fait valoir le requérant, l'annulation de la décision du 12 juillet 2016 par le jugement du 18 décembre 2018 a entraîné la disparition de cette décision de l'ordonnancement juridique, de sorte qu'elle est réputée n'avoir jamais existé, elle n'a pas eu, pour autant, pour effet de faire disparaître l'avis rendu par la commission de réforme le 28 juin 2016, celui-ci concernant l'accident intervenu en 2015, et non ceux survenus en 2008 et en 2013. En outre, suite au jugement précité du tribunal, la commission départementale de réforme, réunie le 26 février 2019, a été consultée sur l'imputabilité au service des accidents du 18 juin 2008, et des 9 et 24 avril 2013. Contrairement à ce que soutient M. D, aucune disposition législative ou réglementaire n'obligeait l'administration à saisir la même commission pour les quatre accidents qu'il a déclarés, l'accident de 2015 ayant d'ailleurs fait l'objet d'une déclaration séparée et postérieure à celle des accidents de 2008 et 2013. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, constitue un accident de service, pour l'application des dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 citées au point 5, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service.

10. La qualification d'accident de service étant ainsi conditionnée à l'existence d'une lésion, c'est sans commettre d'erreur de droit que l'administration a pu fonder la décision attaquée sur les circonstances, d'une part, qu'en l'absence de certificats médicaux produits en ce sens, aucune lésion n'a pu être constatée à la suite des évènements des 9 et 24 avril 2013, d'autre part, s'agissant des incidents du 18 juin 2006, que l'attestation médicale produite par le requérant a été établie plusieurs mois après les faits. En outre, contrairement à ce que fait valoir M. D, il ne ressort pas des pièces du dossier que le syndrome anxio-dépressif dont il a souffert à compter de l'année 2015 résulterait de l'accumulation des accidents intervenus en 2008, puis en 2013. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a souffert, à compter de l'année 2015, d'un syndrome dépressif majeur, ayant nécessité son placement en congé de longue maladie, puis en congé de longue durée. Il ressort de ces mêmes pièces que les accidents litigieux présentaient tous un lien avec le service, s'étant soit produits dans l'enceinte de l'établissement scolaire du requérant, s'agissant de l'altercation avec un parent d'élève le 9 avril 2013 et les tensions avec la hiérarchie liées à la modification de la zone de vidéo-projection de sa salle de classe à la rentrée scolaire de l'année 2015, ou ayant été le fait de ses élèves en raison de ses fonctions de professeurs, pour ce qui concerne les faits de harcèlement téléphonique commis en 2008, et la détérioration de sa porte d'entrée et les insultes à son encontre, le 24 avril 2013. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, aucune lésion n'a pu être constatée à la suite des évènements des 9 et 24 avril 2013. En outre, il ressort tant du rapport établi le 23 mars 2016 par un psychiatre expert, que du certificat dressé le 28 février 2018 par un autre psychiatre expert que M. D présente un trouble de la personnalité, qu'il a, au cours de sa carrière, rencontré des difficultés relationnelles avec certains de ses collègues et qu'il a pu adopter une attitude de confrontation à l'encontre de ses élèves. Le psychiatre expert conclut ainsi à l'absence de lien direct et certain entre les arrêts de travail du requérant entre le 3 novembre 2015 et le 3 février 2016 et l'accident de travail de 2015. L'ensemble de ces éléments médicaux démontrent l'existence de prédispositions de M. D à la pathologie dont il souffre, de nature à détacher cette pathologie du service. Par suite, l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service des accidents de 2008, 2013 et 2015 et, par suite, en refusant la prise en charge à ce titre des arrêts de travail du 3 novembre 2015 au 3 février 2016 et des soins prescrits.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, sans qu'il soit utile en l'espèce d'ordonner une expertise médicale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 1905800 et 1910822 de M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Nantes.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

L. E

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

2, 191082

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