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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1906086

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1906086

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1906086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGAUDRE COEUR-UNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juin 2019, Mme D B, représentée par Me Gaudré Coeur-uni, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 8 février 2019 pour avoir paiement d'une somme de 1 016,93 euros à titre de trop-perçu sur sa rémunération de septembre 2018 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 1 016,93 euros ;

3°) de surseoir à statuer dans l'attente des décisions du tribunal des affaires de sécurité sociale et du tribunal du contentieux de l'incapacité ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le titre de perception attaqué est entaché d'un défaut de signature ;

- la directrice régionale des finances publiques a procédé à une interprétation erronée de sa demande en considérant qu'elle concernait uniquement la facture PAYL 19 2900002216 d'un montant de 6 101,06 € ;

- le titre de perception attaqué est entaché d'illégalité, dès lors que la créance litigieuse est fondée sur le refus de prise en charge de ses arrêts de travail au titre de la maladie professionnelle par la caisse primaire d'assurance maladie, alors qu'elle a contesté ce refus devant le tribunal du contentieux de l'incapacité et le tribunal des affaires de sécurité sociale.

Par un mémoire enregistré le 27 juin 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire fait valoir qu'elle ne peut être appelée dans cette affaire qu'en qualité d'observateur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2020, le recteur de l'académie de Nantes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- dès lors que le titre de perception litigieux a pour objet la répétition de prestations versées en application du code de la sécurité sociale, le contentieux de l'opposition au titre de perception relève de la compétence de la juridiction judiciaire ;

- la requête est irrecevable, Mme B n'ayant pas respecté les délais de procédure avant de saisir la juridiction administrative ;

- il ne peut être mis en cause au regard des conclusions de la requête, uniquement dirigées contre une décision de la direction régionale des finances publiques des Pays de la Loire ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2010-997 du 26 août 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un contrat du 7 septembre 2017, Mme B a été engagée en tant que professeure d'anglais pour l'année scolaire 2017-2018, avant d'être affectée au sein du lycée Robert Buron à Laval. La requérante a été placée en congé de maladie du 19 janvier au 31 août 2018, terme de son contrat. Le 8 février 2019, un titre de perception a été émis à son encontre pour avoir paiement d'une somme de 1016,93 euros, correspondant à un indu de rémunération qui lui aurait été versé en septembre 2018. Mme B a formé un recours contre ce titre de perception par un courrier daté du 19 mars 2019, rejeté par la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire le 8 avril 2019. Par sa requête, Mme B demande l'annulation du titre de perception du 8 février 2019.

Sur l'exception d'incompétence :

2. Le présent litige porte sur le recouvrement, par l'administration, d'un trop-perçu de rémunération versé à un agent contractuel de droit public. La juridiction administrative est, par suite, compétente pour en connaître.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le recteur en défense :

3. Aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme B a formé, devant le comptable public, la contestation prévue par les dispositions précitées de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 par un courrier à la date du 19 mars 2019, auquel l'administration a répondu par une décision datée du 8 avril 2019. La requête de Mme B contre le titre de perception a été enregistrée le 6 juin 2019, soit moins de deux mois après la notification de cette décision du 8 avril 2019, de sorte que les délais de recours ont été respectés. Par ailleurs, la circonstance, invoquée par le recteur en défense, que le comptable public ne lui aurait pas transmis la contestation de la requérante dans les 6 mois, en méconnaissance de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012, n'est pas imputable à cette dernière. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la fin de non-recevoir opposée par le recteur doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

6. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.

7. En l'espèce, si le titre de perception contesté n'est pas matériellement signé, il indique toutefois les nom, prénom et qualité de son auteur, M. A C, l'administration justifiant en outre que l'état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement, émis le 8 février 2019 et revêtu de la formule exécutoire, comporte la signature de ce dernier. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature de la décision attaquée doit être écarté.

8. En deuxième lieu, si Mme B soutient que la décision du 8 avril 2019 par laquelle la directrice régionale des finances publiques a rejeté sa contestation contre le titre de perception litigieux procède d'une interprétation erronée de cette contestation, cette circonstance, qui, en tout état de cause, ne résulte pas de l'instruction, est sans incidence sur la légalité du titre de perception attaqué.

9. En dernier lieu, l'article 2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat dispose : " La réglementation du régime général de sécurité sociale ainsi que celle relative aux accidents du travail et aux maladies professionnelles sont applicables, sauf dispositions contraires, aux agents contractuels visés à l'article 1er du présent décret. Les agents contractuels : / 1° Sont, dans tous les cas, affiliés aux caisses primaires d'assurance maladie pour bénéficier des assurances maladie, maternité, invalidité et décès et de la couverture du congé de paternité ; / 2° Sont affiliés aux caisses primaires d'assurance maladie pour les risques accidents du travail et maladies professionnelles s'ils sont recrutés ou employés à temps incomplet ou sur des contrats à durée déterminée d'une durée inférieure à un an ; dans les autres cas, les prestations dues au titre de la législation sur les accidents du travail et maladies professionnelles sont servies par l'administration employeur ; / () / Les prestations en espèces versées par les caisses de sécurité sociale en matière de maladie, maternité, paternité, adoption, invalidité, accidents du travail et maladies professionnelles ainsi que les pensions de vieillesse allouées en cas d'inaptitude au travail sont déduites du plein ou du demi-traitement maintenu par l'administration durant les congés prévus aux articles 12 à 15. () ".

10. Il résulte de ces dispositions que les prestations versées par la caisse primaire d'assurance maladie, perçues par Mme B pendant son congé de maladie, doivent être déduites du plein puis du demi traitement qui lui ont été versés par l'administration en application de l'article 12 du décret du 17 janvier 1986 et qu'elle ne conteste pas avoir perçus.

11. Toutefois, aux termes de l'article 14 de ce même décret : " L'agent contractuel en activité bénéficie, en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle, d'un congé pendant toute la période d'incapacité de travail précédant soit la guérison complète, soit la consolidation de la blessure, soit le décès. / Dans cette situation, nonobstant les dispositions de l'article L. 433-2 du livre IV du code de la sécurité sociale, les indemnités journalières sont portées par l'administration au montant du plein traitement : / -pendant un mois dès leur entrée en fonctions ; / -pendant deux mois après deux ans de services ; / -pendant trois mois après trois ans de services. / A l'expiration de la période de rémunération à plein traitement, l'intéressé bénéficie des indemnités journalières prévues dans le code susvisé qui sont servies : / -soit par l'administration pour les agents recrutés ou employés à temps complet ou sur des contrats d'une durée supérieure à un an ; / -soit par la caisse primaire de sécurité sociale dans les autres cas. ".

12. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme B a formé, le 22 octobre 2018, un recours devant le tribunal des affaires de sécurité sociale de la Mayenne contre la décision du 30 mai 2018 par laquelle la caisse primaire d'assurance maladie de la Mayenne a refusé de prendre en charge sa maladie au titre d'un tableau des maladies professionnelles. La qualification de la maladie de Mme B est susceptible d'avoir une influence sur le montant, voire sur l'existence de la créance de l'administration à son égard. Il n'appartient toutefois qu'à l'autorité judiciaire de trancher cette question.

13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu pour le tribunal administratif de surseoir à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge de Mme B, jusqu'à ce que la juridiction compétente se soit prononcée sur le recours de l'intéressée contre la décision du 30 mai 2018 par laquelle la caisse primaire d'assurance maladie de la Mayenne a refusé de prendre en charge sa maladie au titre d'un tableau des maladies professionnelles.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge de la requête de Mme B, jusqu'à ce que le pôle social du tribunal judiciaire de Laval se soit prononcé sur le recours de la requérante contre la décision du 30 mai 2018 par laquelle la caisse primaire d'assurance maladie de la Mayenne a refusé de prendre en charge sa maladie au titre d'un tableau des maladies professionnelles.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à Me Gaudré Coeur-uni.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Nantes.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

L. E

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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