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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1906126

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1906126

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1906126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOULANGER & JOUBERT-BOULANGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 juin 2019, le 14 décembre 2020, le 21 mai 2021, le 13 décembre 2021 et le 25 septembre 2022, la SARL Concept du Val de Loire, représentée par Me Boulanger, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2019 par lequel le maire de Saint-Etienne-de-Montluc a fait opposition à sa déclaration préalable consistant en la division en deux lots de la parcelle cadastrée section BC n° 364 sise 2 route de la Haie, en vue la construction de deux maisons individuelles ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Etienne-de-Montluc de procéder à l'entretien et à la remise en état de l'exutoire de la canalisation situé en limite sud-ouest de la parcelle ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait, compte tenu de la présence d'un fossé, qui constitue un ouvrage public dont la commune n'a pas assuré l'entretien, et d'un exutoire pour l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement de la parcelle vers le ruisseau du Lardus ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors que le terrain n'est pas situé en contrebas, et compte tenu du caractère suffisant du dispositif existant pour l'écoulement des eaux pluviales sur le terrain d'assiette, sans qu'il soit besoin de prévoir une servitude de passage sur les terrains voisins, et de la possibilité d'installer sur le terrain une pompe de relevage ;

- il appartient à la commune de procéder ou de faire procéder à la remise en état du fossé situé entre les parcelles cadastrées section BC n°416 et section BC n°364, ainsi que de l'exécutoire et de la canalisation reliant ce fossé au ruisseau du Lardus.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 octobre 2020 et le 21 janvier 2021, la commune de Saint-Etienne-de-Montluc, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Concept du Val de Loire ne sont pas fondés.

Par lettre du 7 novembre 2022, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction de la requête, présentées à titre principal et non comme l'accessoire des conclusions à fin d'annulation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocat de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 mars 2019, la SARL Concept du Val de Loire, propriétaire de la parcelle cadastrée section BC n° 364 d'une superficie de 2 733 m², située au 2 route de la Haie, sur la commune de Saint-Etienne-de-Montluc et classée en zone UB du plan local d'urbanisme, a déposé une déclaration préalable en vue de la division de cette parcelle en deux lots à bâtir. Par un arrêté du 4 avril 2019, dont la société demande l'annulation, le maire de Saint-Etienne-de-Montluc a fait opposition à cette déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 avril 2019 :

2.Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". Aux termes de l'article L. 421-7 de ce code : " Lorsque les constructions, aménagements, installations et travaux font l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à leur exécution ou imposer des prescriptions lorsque les conditions prévues à l'article L. 421-6 ne sont pas réunies ".

3.Il résulte de ces dispositions qu'un projet de division foncière ayant pour but l'implantation de constructions doit respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'il n'a pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière en vue de bâtir. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de division en vue du détachement d'un lot à bâtir permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

4. Aux termes de l'article UB 4 du règlement applicable à la zone UB du plan local d'urbanisme : " En l'absence de réseau ou, en cas de réseau insuffisant, les aménagements nécessaires au libre écoulement des eaux pluviales sont à la charge exclusive du propriétaire qui doit réaliser les dispositifs adaptés à l'opération et au terrain (bassin d'orage, rétention d'eau, canalisations, etc.) () "

5.Pour faire opposition à la déclaration préalable présentée par la SARL Concept du Val de Loire, le maire de Saint-Etienne-de-Montluc, se référant à l'avis défavorable du service en charge des eaux pluviales, s'est fondé sur le motif tiré de ce que le projet ne prévoit pas de dispositif de gestion des eaux pluviales de la parcelle.

6. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée BC n°364 présentant une pente naturelle d'environ 4 mètres entre ses extrémités nord-ouest et sud, les eaux pluviales et de ruissellement viennent s'écouler au sud du terrain d'assiette du second lot à bâtir. S'il ressort des pièces du dossier qu'un fossé situé au sud-ouest sépare effectivement les parcelles cadastrées section BC n°416, 417 et n°364, les éléments fournis aux débats ne permettent d'établir ni que cet aménagement permettrait l'évacuation des eaux pluviales des deux lots à bâtir prévus par le projet, ni de dater la réalisation d'un exutoire à l'extrémité sud de la parcelle cadastrée BC n°364, ni d'établir son éventuel raccordement à une canalisation qui déboucherait sur le ruisseau dit du Lardus. Ainsi, il n'est établi ni que le fossé existant constituerait un aménagement suffisant au libre écoulement des eaux pluviales des deux lots à bâtir prévus par le projet, ni que ces lots seraient effectivement raccordés à un réseau d'écoulement des eaux pluviales. Dans une telle configuration, les dispositions de l'article UB 4 précitées ne font pas obstacle à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme mais mettent toutefois à la charge du propriétaire la réalisation de dispositifs adaptés à l'opération et au terrain.

7.Or, alors que la société requérante fait valoir sans être contredite que la pose de pompes ou de stations de relevage est possible, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce type de dispositif ne serait pas adapté à l'opération et au terrain, compte tenu de la superficie, de plus de 500 m2 et de la configuration des deux lots à bâtir, qui rendent possible la réalisation d'aménagements adaptés pour l'écoulement des eaux pluviales qu'il appartiendra, le cas échéant, au propriétaire de réaliser à sa charge. Dans ces conditions, le projet de division en vue du détachement de deux lots à bâtir ne permet pas l'implantation de constructions dont la compatibilité avec l'article UB 4 précité ne pourrait être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises. Par suite, en fondant sa décision d'opposition sur les dispositions précitées de cet article UB 4, le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8.Il résulte de ce qui vient d'être dit, et alors que pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état du dossier soumis au tribunal, de fonder cette annulation, que la SARL Concept du Val de Loire est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 4 avril 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9.Les conclusions de la société requérante tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de procéder à l'entretien et à la remise en état de l'exutoire de la canalisation situé en limite sud-ouest de la parcelle en cause ne sont pas l'accessoire nécessaire de ses conclusions à fin d'annulation, et par suite, doivent être rejetées.

10.En revanche, lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

11.En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la décision attaquée, un autre motif aurait été susceptible de fonder l'opposition à déclaration préalable contestée ou qu'un changement de circonstance fasse obstacle à l'intervention d'une décision de non-opposition. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de Saint-Etienne-de-Montluc de prendre, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la SARL Concept du Val de Loire.

Sur les frais liés au litige :

12.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 avril 2019 du maire de Saint-Etienne de Montluc est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc de prendre, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la SARL Concept du Val de Loire.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Concept du Val de Loire et à la commune de Saint-Etienne-de-Montluc.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

S. B

Le président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne

au préfet de la Loire-Atlantique

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

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