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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1906190

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1906190

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1906190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantTOURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2019, Mme B F, représentée par Me Toure, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2018 par laquelle le préfet de police de Paris a déclaré irrecevable sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du ministre de l'intérieur du 13 mars 2019 rejetant son recours contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande dans un délai de 8 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 21-16 du code civil, la condition de résidence en France fixée par cet article n'étant pas incompatible avec la résidence à l'étranger du conjoint ou des enfants du candidat à la naturalisation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle réside en France depuis 28 ans, où elle exerce la profession de pédiatre et où vivent ses deux frères, ses neveux, tous de nationalité française, ainsi que sa mère, et que la communauté de vie avec M. C a cessé depuis le départ au Maroc de ce dernier avec leurs deux enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2019, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante marocaine née le 14 mars 1973, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de police de Paris qui, par une décision du 3 septembre 2018, l'a déclarée irrecevable. La requérante a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui l'a rejeté par une décision du 13 mars 2019. Par sa requête, Mme F demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de police de Paris :

2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de Mme F s'est substituée à la décision préfectorale du 3 septembre 2018. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables, et la requête de Mme F doit être regardée comme tendant exclusivement à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 13 mars 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du

27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre () et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale () ". L'article 3 du même décret prévoit que : " Les personnes mentionnées aux 1° et 3° de l'article 1er peuvent donner délégation pour signer tous actes relatifs aux affaires pour lesquelles elles ont elles-mêmes reçu délégation : 1° Aux magistrats, aux fonctionnaires de catégorie A et aux agents contractuels chargés de fonctions d'un niveau équivalent, qui n'en disposent pas au titre de l'article 1er () ".

4. Par une décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme D, nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité par décret du 28 septembre 2016 a accordé délégation à Mme G H, attachée principale d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux de la sous-direction de l'accès à la nationalité française, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ". En application de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". En vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'espèce, la décision attaquée mentionne l'article 21-16 du code civil. Elle précise que l'époux et les enfants de A F résident à l'étranger. Par suite, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dès réception du dossier, le ministre chargé des naturalisations procède à tout complément d'enquête qu'il juge utile, portant sur la conduite et le loyalisme de l'intéressé./ Lorsque les conditions requises par la loi sont remplies, le ministre chargé des naturalisations propose, s'il y a lieu, la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française. Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, il déclare la demande irrecevable. / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). ". Aux termes de l'article 21-16 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Il résulte de ces dispositions que la demande de naturalisation n'est pas recevable lorsque l'intéressé n'a pas fixé en France, de manière stable, le centre de ses intérêts. Pour apprécier si cette condition se trouve remplie, l'administration peut notamment se fonder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur la durée de la présence du demandeur sur le territoire français, sur sa situation familiale et sur le lieu où vivent son conjoint et ses enfants.

8. En l'espèce, il ressort de l'acte de mariage établi par le tribunal de première instance de Casablanca (Maroc) que Mme F a épousé M. C le 28 décembre 2002. La requérante ne conteste pas que ce dernier vit au Maroc avec leurs deux filles mineures, nées en 2004 et en 2011. Si Mme F invoque son absence de communauté de vie avec M. C depuis son départ au Maroc en 2001, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'ils seraient divorcés, ni même séparés. Par suite, le ministre a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, considérer que la demande de Mme F était irrecevable en raison de la résidence à l'étranger de son conjoint et de ses enfants.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par Mme F ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Iselin, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Frelaut, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

L. E

Le président,

B. ISELINLa greffière,

L. BILLAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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