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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1906306

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1906306

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1906306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMAUDET-CAMUS AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juin 2019 et le 20 septembre 2019 sous le n° 1906603, M. C F, représenté par Me Le Boulch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2019 par lequel le maire de Brétignolles-sur-Mer a refusé de lui délivrer le permis de construire qu'il sollicitait en vue de régulariser la construction d'une maison d'habitation sur un terrain cadastré section D n°44 situé au lieudit Le Lys ;

2°) d'enjoindre au maire de Brétignolles-sur-Mer de procéder à une nouvelle instruction de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Brétignolles-sur-Mer le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de permis attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il se fonde sur l'avis défavorable émis par le préfet le 3 août 2017 sur la demande de permis de construire, qui est signé par une autorité incompétente et méconnaît les articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme, ainsi que l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juillet 2019 et 3 janvier 2020, la commune de Brétignolles-sur-Mer, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 21 juin 2019 sous le n° 1906733, M. C F, représenté par Me Le Boulch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2019 par lequel le maire de Brétignolles-sur-Mer a refusé de lui délivrer le permis de construire qu'il sollicitait en vue de régulariser la construction d'une maison d'habitation sur un terrain cadastré D 44 situé au lieudit Le Lys ;

2°) d'enjoindre au maire de Brétignolles-sur-Mer de procéder à une nouvelle instruction de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Brétignolles-sur-Mer le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de permis attaqué est entaché d'incompétence ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le maire de Brétignolles-sur-mer s'est estimé saisi d'une nouvelle demande de permis de construire présentée le 16 avril 2019 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les nouvelles dispositions du plan local d'urbanisme approuvé le 23 avril 2019 ne pouvait être opposées à sa demande de permis de construire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité des dispositions du plan local d'urbanisme classant en zone Aa les parcelles cadastrées D 42, 43, 44, 45, 46, 638, 640 et 641 ; en effet, ce classement est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles L. 151-11 2° et R. 151-35 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 octobre 2019 et 3 janvier 2020, la commune de Brétignolles-sur-Mer, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, rapporteure,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Léon, substituant Me Guillot, représentant la commune de Brétignolles-sur-Mer.

Des notes en délibéré, produites par la commune de Brétignolles-sur-Mer, ont été enregistrées le 7 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. F a déposé, le 8 février 2016, à la mairie de Brétignolles-sur-Mer une demande de permis de construire visant à régulariser la construction d'un immeuble à usage d'habitation sur un terrain lui appartenant cadastré D n°44, situé au lieudit Le Lys. Par un arrêté du 29 mars 2016, le maire de Brétignolles-sur-Mer a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. L'intéressé a déposé, le 26 juillet 2017, une nouvelle demande de permis de construire tendant aux mêmes fins. Le maire de Brétignolles-sur-Mer a opposé un refus à cette seconde demande par un arrêté du 20 septembre 2017. Par un jugement n°1605815 et 1800511 du 18 décembre 2018, le tribunal administratif de Nantes a confirmé la légalité de l'arrêté du 29 mars 2016, et a annulé l'arrêté du 20 septembre 2017 du maire de Brétignolles-sur-Mer pris sur le fondement de l'avis conforme du préfet de la Vendée du 3 août 2017, au motif que cet avis avait été signé par une autorité incompétente. Ce jugement a, en outre, enjoint au maire de Brétignolles-sur-Mer de procéder à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire de M. F dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement. L'appel dirigé par M. F contre ce jugement a été rejeté par un arrêt du 20 décembre 2019 de la cour administrative d'appel de Nantes. En exécution du jugement du 18 décembre 2018, le maire de Brétignolles-sur-Mer a refusé la délivrance d'un permis de construire à M. F, par un arrêté du 16 avril 2019. Par un arrêté en date du 6 juin 2019, cette même autorité a une nouvelle fois refusé de délivrer le permis sollicité. Par les présentes requêtes, M. F demande au tribunal l'annulation des arrêtés du 16 avril 2019 et du 6 juin 2019 de refus de délivrance d'un permis de construire.

2. Les deux requêtes présentées par M. F opposent les mêmes parties, tendent à l'annulation de refus de permis de construire relatifs à la régularisation de la même construction, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 16 avril 2019 portant refus de permis de construire :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire "".

4. Il résulte de ces dispositions que l'annulation par le juge de l'excès de pouvoir de la décision qui a refusé de délivrer un permis de construire, impose à l'administration, qui demeure saisie de la demande, de procéder à une nouvelle instruction de celle-ci, sans que le pétitionnaire ne soit tenu de la confirmer. En revanche, un nouveau délai de nature à faire naître une autorisation tacite ne commence à courir qu'à compter du jour de la confirmation de sa demande par l'intéressé. En vertu de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, la confirmation de la demande de permis de construire par l'intéressé fait courir le délai à l'expiration duquel le silence gardé par l'administration fait naître un permis de construire tacite.

5. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme applicable à la date du 20 septembre 2017 : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ".

6. Par le jugement du 18 décembre 2018 précédemment mentionné, le tribunal administratif de Nantes a annulé l'arrêté du 20 septembre 2017 du maire de Brétignolles-sur-mer pris sur le fondement de l'avis conforme du préfet de la Vendée du 3 août 2017, au motif que cet avis était signé par une autorité incompétente. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 16 avril 2019, M. F a confirmé sa demande de permis de construire, soit avant l'expiration du délai prévu par les dispositions précédemment citées de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme. Sa demande de permis de construire devait ainsi être appréciée au regard des seules dispositions applicables à la date de la décision du 20 septembre 2017 dont l'annulation a été prononcée par le tribunal.

7. Il est constant qu'à la date de la décision annulée, la commune de Brétignolles-sur-Mer n'était plus couverte par un document d'urbanisme. Aussi, en application des dispositions précitées de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, le maire était tenu de recueillir l'avis conforme du préfet sur la demande de permis de construire de M. F. En exécution du jugement du 18 septembre 2018, il appartenait donc au maire de Brétignolles-sur-Mer de solliciter du préfet de la Vendée un nouvel avis sur cette demande de permis de construire. Or, il ressort des pièces du dossier que le maire de Brétignolles-sur-Mer a au contraire de nouveau fondé sa décision du 16 avril 2019 sur ce même avis du préfet de la Vendée du 3 août 2017.

8. Or, il ressort toutefois de la consultation du site internet de la préfecture de la Vendée, accessible au public, que, par un arrêté du 31 juillet 2017 publié à cette même date au recueil des actes administratifs n° 45 de la préfecture de la Vendée, M. G B, directeur départemental des territoires et de la mer de la Vendée, a reçu de M. E, préfet de la Vendée, délégation à l'effet de signer, notamment, " les avis conformes du préfet lorsque le projet est situé sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale ou un plan local d'urbanisme ". Par une décision du 1er août 2017, M. B a subdélégué sa signature à M. C D, chef du service Urbanisme et Aménagement et signataire de l'avis litigieux, notamment en ce qui concerne les avis conformes du préfet susmentionnés. Cette décision de subdélégation a été publiée au recueil n° 46 des actes administratifs de la préfecture le 4 août 2017. Elle est ainsi entrée en vigueur à cette date. Le 3 août 2017, M. D n'était par suite pas compétent pour signer l'avis du préfet sur la demande de permis de construire de M. F. Ce dernier est, par suite, fondé à soutenir que l'avis émis par le préfet a été signé le 3 août 2017 par une autorité incompétente. Cette incompétence entache d'illégalité cet avis ainsi que, par suite, l'arrêté du 16 avril 2019 pris à tort par le maire de Brétignolles-sur-Mer sur le fondement de cet avis. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'illégalité.

En ce qui concerne la décision du 6 juin 2019 portant refus de permis de construire :

9. Il ressort de l'arrêté attaqué que le maire de Brétignolles-sur-Mer s'est estimé saisi d'une nouvelle demande de permis de construire présentée le 16 avril 2019 par M. F qu'il a rejeté au motif que le projet de construction méconnaît les dispositions des articles 1 et 2 du règlement du plan local d'urbanisme approuvé par une délibération du conseil municipal du 23 avril 2019 et les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

10. Toutefois, comme il a été dit précédemment, le courrier du 16 avril 2019 par lequel M. F a confirmé, à la suite de la notification du jugement du tribunal du 18 décembre 2018, sa demande initiale de permis de construire présentée le 26 juillet 2017, dans le délai prévu à l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, ne pouvait s'analyser comme une nouvelle demande de permis de construire. Ainsi, en s'estimant saisi d'une nouvelle demande déposée le 16 avril 2019 qu'il a examinée au regard des dispositions applicables à cette date du plan local d'urbanisme de la commune approuvé le 23 avril 2019 et de l'article L. 121-8 dans sa version issue de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, le maire de Brétignolles-sur-Mer, méconnaissant cet article L. 600-2 du code de l'urbanisme, a entaché sa décision d'une erreur de droit.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est fondé à demander l'annulation des arrêtés du 16 avril 2019 et du 6 juin 2019 par lesquels le maire de Brétignolles-sur-Mer a refusé de délivrer le permis de construire qu'il a sollicité le 26 juillet 2017.

12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature, en l'état du dossier soumis au tribunal, à conduire à l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de ses motifs, que le maire de Brétignolles-sur-Mer procède à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire de M. F introduite le 26 juillet 2017, en saisissant de nouveau le préfet pour l'édiction d'un nouvel avis conforme. En conséquence, il y a lieu d'enjoindre au maire de Brétignolles-sur-Mer de procéder à cette nouvelle instruction dans un délai de quatre mois à compter la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances particulières de l'espèce, de laisser à la charge de chacune des parties les frais qu'elles ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 16 avril 2019 et du 6 juin 2019 du maire de Brétignolles-sur-Mer sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Brétignolles-sur-Mer de procéder à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire de M. F, dans les conditions prévues au point 13 du présent jugement, dans un délai de quatre mois à compter de sa notification.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, ainsi qu'à la commune de Brétignolles-sur-Mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. A DE BALEINELa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée, en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°s1906306 et 1906733

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