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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1906528

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1906528

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1906528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPIERSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2019, M. A B, représenté par Me Pierson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 17 juin 2019 par laquelle le directeur spécialisé des finances publiques pour l'étranger a rejeté son recours contre la mise en demeure de payer le titre de perception d'un montant de 7 153 euros, émise à son encontre le 26 novembre 2018 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 7 868 euros, ou, à titre subsidiaire, de déclarer la créance prescrite pour la période antérieure au 6 février 2013 et de lui octroyer un délai de paiement ;

3°) à titre subsidiaire, de déclarer prescrites les créances antérieures au 7 février 2013 et d'enjoindre à l'administration de lui accorder un délai de paiement ;

4°) condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros au titre du préjudice qu'il estime avoir subi ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure de recouvrement est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas reçu de lettre de relance avant la mise en demeure qui lui a été adressée le 26 novembre 2018, en méconnaissance de l'article L. 257-0B du livre des procédures fiscales ;

- la redevance pour l'occupation du domaine public aurait dû, en application de l'article 1er du décret n° 2013-858 du 25 septembre 2013, faire l'objet d'une retenue forfaitaire précomptée mensuellement sur sa solde ; si cette retenue n'a pas été mise en place, cela ne lui est pas imputable ;

- les sommes dues au titres de redevances domaniales antérieures au 6 février 2013 sont prescrites ;

- il a subi, du fait de l'erreur de l'administration, un préjudice qu'il évalue à la somme de 2 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2019, le directeur spécialisé des finances publiques pour l'étranger conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- seuls le moyen relatif à l'irrégularité de la procédure relève de sa compétence en qualité de comptable public ;

- ce moyen n'est pas fondé ;

- les autres moyens soulevés par M. B relèvent de la compétence de l'ordonnateur.

La direction régionale des finances publiques de la Guyane (direction nationale des interventions domaniales) n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 février 2023.

Par un courrier du 9 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés d'une part de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'indemnisation de la requête, dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable, d'autre part de ce qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître du moyen tiré du vice de procédure résultant de l'absence de lettre de relance préalable à la mise en demeure litigieuse du 26 novembre 2018, ce moyen étant relatif à la régularité en la forme de cet mise en demeure (article L. 281 du livre des procédures fiscales).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2013-858 du 25 septembre 2013 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Frelaut,

- et les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, militaire de l'armée de terre au grade de caporal-chef, a été affecté en Guyane du 3 octobre 2011 au 3 août 2014. Un titre de perception d'un montant de 7 153 euros a été émis à son encontre le 6 février 2018, au titre de la redevance domaniale qu'il aurait dû verser pendant la durée de son affectation en Guyane. Le requérant a, le 1er mars 2018, contesté ce titre devant le directeur spécialisé des finances publiques pour l'étranger, qui a implicitement rejeté son recours et a émis à son encontre, le 26 novembre 2018, une mise en demeure de payer la somme précitée de 7 153 euros. M. B a, le 16 décembre 2018, formé un recours contre cette mise en demeure, implicitement rejeté. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur spécialisé des finances publiques pour l'étranger a rejeté son recours contre la mise en demeure de payer la somme de 7 153 euros, émise à son encontre le 26 novembre 2018.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 119 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les actes de poursuites, délivrés pour le recouvrement des titres de perception émis dans le cadre de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables d'une contestation conformément aux articles L. 281 et R. 281-1 et suivants du même livre. () ".

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () / b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; () ".

4. Il n'appartient pas à la juridiction administrative, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, de statuer sur les conclusions des requérants tendant à l'annulation d'actes de poursuites émis à son encontre au motif qu'ils n'ont pas été précédés de la lettre de relance prévue par l'article L. 257-0 A du livre des procédures fiscales ni de la mise en demeure prévue par l'article L. 257-0 B du même livre et portant ainsi sur la régularité en la forme des actes de poursuite. Par suite, la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur le moyen invoqué en ce sens.

5. En deuxième lieu, M. B soutient que la redevance pour l'occupation du domaine public qui lui est réclamée aurait dû, en application de l'article 1 du décret n° 2013-858 du 25 septembre 2013, faire l'objet d'une retenue forfaitaire précomptée mensuellement sur sa solde et que la créance qui a résulté de cette absence de retenue mensuelle ne lui est pas imputable. Un tel moyen vise à remettre en cause l'existence même de la créance, et donc son bien-fondé. Ce moyen est dès lors, par application des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales inopérant dans le cadre de la présente requête, dirigée contre la mise en demeure de payer en litige, ayant pour objet le recouvrement des sommes dues, et doit être écarté.

6. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que par un titre d'annulation émis le 23 août 2019, l'administration a procédé à l'annulation d'une partie de la créance totale de M. B, en raison de la prescription des créances antérieures au 6 février 2013. Le moyen ainsi tiré de la prescription des créances antérieures à cette date étant devenu sans objet en cours d'instance, il ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. M. B ne justifie pas avoir, avant de présenter au tribunal des conclusions tendant au versement d'indemnités ou même en cours d'instance, saisi l'administration d'une réclamation préalable tendant aux mêmes fins. Le contentieux n'étant par suite pas lié, les conclusions visées ci-dessus sont en tout état de cause irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la direction spécialisée des finances publiques pour l'étranger et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction régionale des finances publiques de la Guyane (direction nationale des interventions domaniales).

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

L. FRELAUT

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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