mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1906720 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MAUDET-CAMUS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juin 2019 et le 2 avril 2020, M. B D, représenté par Me Le Boulch, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 23 avril 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Brétignolles-sur-Mer a approuvé le plan local d'urbanisme ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de mettre à l'ordre du jour d'une séance du conseil municipal dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir la révision du plan local d'urbanisme aux fins de la suppression du classement en zone Aa des parcelles cadastrées section D 42,43, 44, 45, 46, 638, 640, 641 et 667 et de la modification du règlement graphique afin qu'il intègre les bâtiments existants sur les parcelles concernées au titre des bâtiments autorisés à changer de destination ;
3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le plan local d'urbanisme a été approuvé à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2122-13 du code général des collectivités territoriales ;
- les modalités de concertation et d'information du public ont été insuffisantes, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 103-2, L. 103-3, L. 103-4 du code de l'urbanisme ;
- l'enquête publique a été irrégulière, en méconnaissance des articles L. 123-1 et R. 123-10 du code de l'environnement ;
- le rapport de présentation est insuffisant, en méconnaissance de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme ;
- le classement en zone Aa des parcelles en cause est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- ce classement méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 151-11 et de l'article R. 151-35 du code de l'urbanisme relatifs aux changements de destination de bâtiments à vocation agricole.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 janvier 2020 et le 8 octobre 2020, la commune de Brétignolles-sur-Mer, représentée par Me Guillot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Cuny, substituant Me Guillot, représentant la commune de Brétignolles-sur-Mer.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 17 décembre 2012, le conseil municipal de Brétignolles-sur-Mer a prescrit la révision du plan local d'urbanisme de cette commune. Après avoir arrêté un premier projet de PLU par une délibération du 28 juillet 2016, le conseil municipal a, par une délibération du 5 avril 2017, débattu à nouveau du projet d'aménagement et de développement durable et délibéré de trois nouveaux objectifs pour structurer ce projet. Par une délibération du 25 juillet 2018, le conseil municipal a arrêté, une nouvelle fois, le projet de plan local d'urbanisme. L'enquête publique sur ce projet s'est tenue du 19 décembre 2018 au 18 janvier 2019. Par une délibération en date du 23 avril 2019, le conseil municipal a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. M. D, qui est propriétaire des parcelles sises au lieudit Les Lys, cadastrées section D 42,43, 44, 45, 46, 638, 640, 641 et 667, d'une superficie de plus de 70 000 m2, classées en zone agricole Aa dans ce plan, et de la parcelle cadastrée section D n°597 sur ce même lieudit, classée en zone naturelle Nd, demande au tribunal l'annulation de cette délibération du 23 avril 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 23 avril 2019 :
En ce qui concerne la régularité de l'adoption de la délibération du 23 avril 2019 :
2. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal ". Le défaut d'envoi, avec la convocation aux réunions du conseil municipal d'une commune de 3 500 habitants et plus, de la note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour prévue à cet article entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
3. Il ressort des pièces du dossier que les membres du conseil municipal ont reçu par voie électronique, ainsi que l'y autorise l'article 2 du règlement intérieur du conseil approuvé le 17 septembre 2014, en application de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, la convocation à la séance du 23 avril 2019 au cours de laquelle a été approuvée la révision du plan local d'urbanisme de la commune. A cette convocation étaient joints une note de synthèse, le projet de délibération, le dossier d'approbation du plan, les avis des personnes publiques associées, de la commission Départementale de la Nature, des Paysages et des Sites et de la mission régionale de l'autorité environnementale, le procès-verbal de synthèse et le rapport de la commission d'enquête, ainsi que la réponse de la commune à ce procès-verbal d'enquête et un rapport détaillé de la commune analysant l'avis de la commission d'enquête. Si le requérant fait valoir que ces convocations n'auraient pas été reçues, aucun élément au dossier ne permet de l'établir. En outre, les documents transmis aux conseillers municipaux comportaient un rappel des objectifs poursuivis et des choix d'urbanisme et d'aménagement ayant présidé à la révision du plan, ainsi que des différentes étapes de la procédure de révision, les modalités de l'enquête publique, une analyse suffisamment précise de l'avis de la commission d'enquête, et un descriptif des modifications qui ont été apportées au dossier de plan local d'urbanisme pour prendre en compte les avis et observations. Ces documents ont permis aux membres du conseil municipal de connaître de façon suffisante le contexte et de comprendre les motifs de fait et de droit ainsi que les implications du plan local d'urbanisme dont l'approbation était soumise à leur appréciation. Dans ces conditions, l'information des conseillers municipaux répond aux exigences des dispositions législatives précédemment citées et le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.
En ce qui concerne les modalités de la concertation :
4. Aux termes de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, alors applicable : " I. - Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / 1° L'élaboration ou la révision () du plan local d'urbanisme ; () / II. - Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont fixés par : / () 2° L'organe délibérant de la collectivité (). / Ces modalités doivent, pendant une durée suffisante au regard de l'importance du projet, permettre au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente () / IV. - Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux I et II ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies par la décision ou la délibération prévue au II ont été respectées () ". Aux termes de l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme, applicable à la date de la délibération attaquée : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées. () ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'adoption ou la révision du plan local d'urbanisme doit être précédée d'une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. L'organe délibérant de la collectivité doit, avant que ne soit engagée la concertation, délibérer, d'une part, et au moins dans leurs grandes lignes, sur les objectifs poursuivis par la collectivité en projetant d'élaborer ou de réviser ce document d'urbanisme, et, d'autre part, sur les modalités de la concertation. Si cette délibération est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir, son illégalité ne peut, en revanche, eu égard à son objet et à sa portée, être utilement invoquée contre la délibération approuvant le plan. Ainsi que le prévoient les dispositions précitées, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par la délibération prescrivant la révision du document d'urbanisme demeurent par ailleurs invocables à l'occasion d'un recours contre le plan approuvé.
6. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 17 décembre 2012, le conseil municipal de Brétignolles-sur-mer a prescrit la révision générale du plan local d'urbanisme, et a approuvé les objectifs de la révision ainsi que les modalités de la concertation, tenant notamment à une mise à disposition du public d'un registre d'observations et de tout document communicable, à l'organisation d'au moins deux réunions publiques, et à une information par voie de presse et affichage. Il ressort du bilan annexé à la délibération attaquée que les modalités de cette concertation, qui a été nourrie de 2012 à 2016, ont été respectées. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que cette concertation a donné lieu à un premier projet puis à l'adoption de nouvelles orientations adoptées le 5 avril 2017 par le conseil municipal, qui a finalement une nouvelle fois arrêté le projet de plan local d'urbanisme le 25 juillet 2018. La circonstance qu'aucune réunion publique n'a été organisée au cours de l'année 2016 ne suffit pas à priver la concertation qui s'est tenue de son effectivité. Il en est de même de l'absence de mention, dans les délibérations approuvant le bilan de la concertation, du nombre de personnes ayant assisté au réunions publiques qui se sont tenues. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des modalités de concertation doit être écarté.
En ce qui concerne la régularité de l'enquête publique :
7. Aux termes de l'article L. 123-1 du code de l'environnement : " L'enquête publique a pour objet d'assurer l'information et la participation du public ainsi que la prise en compte des intérêts des tiers lors de l'élaboration des décisions susceptibles d'affecter l'environnement mentionnées à l'article L. 123-2. Les observations et propositions parvenues pendant le délai de l'enquête sont prises en considération par le maître d'ouvrage et par l'autorité compétente pour prendre la décision ". Aux termes de l'article R. 123-10 de ce code : " Les jours et heures, ouvrables ou non, où le public pourra consulter un exemplaire du dossier et présenter ses observations sont fixés de manière à permettre la participation de la plus grande partie de la population, compte tenu notamment de ses horaires normaux de travail. lis comprennent au minimum les jours et heures habituels d'ouverture au public de chacun des lieux où est déposé le dossier; ils peuvent en outre comprendre des heures en soirée ainsi que plusieurs demi-journées prises parmi les samedis, dimanches et jours fériés ".
8. Il ressort des pièces du dossier que l'enquête publique s'est déroulée du mercredi 19 décembre 2018 au vendredi 19 janvier 2019. Le dossier consultable sur place aux horaires habituels d'ouverture de la mairie, soit du lundi au vendredi de 8h30 à 12h30 et de 14h à 17h30 et les premier et troisième samedi du mois de 9h à 12h, était également disponible lors de 5 permanences, dont une organisée le samedi 5 janvier 2019, et librement accessible de manière dématérialisée. Si le requérant fait état d'une confusion pour le public entre la procédure d'enquête publique relative à la création d'un projet de port sur la commune et celle relative à la révision du plan local d'urbanisme, il ne ressort pas des pièces du dossier que le public, particulièrement informé, n'aurait pas été mis à même d'apprécier les enjeux propres au plan local d'urbanisme au cours de l'enquête publique qui y était relative. La commission d'enquête a d'ailleurs relevé une participation du public " significative ", le registre dématérialisé ayant été consulté par 2 954 visiteurs qui ont effectué 1 699 téléchargements. Dans ces conditions, aucune insuffisance de la mise à disposition du dossier d'enquête publique n'est caractérisée. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions des articles L. 123-1 et R. 123-10 du code de l'environnement aurait été méconnues.
9. Aux termes de l'article R. 123-18 du code de l'environnement : " A l'expiration du délai d'enquête, le registre d'enquête est mis à disposition du commissaire enquêteur ou du président de la commission d'enquête et clos par lui. En cas de pluralité de lieux d'enquête, les registres sont transmis sans délai au commissaire enquêteur ou au président de la commission d'enquête et clos par lui. / Après clôture du registre d'enquête, le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête rencontre, dans un délai de huit jours, le responsable du projet, plan ou programme et lui communique les observations écrites et orales consignées dans un procès-verbal de synthèse. Le délai de huit jours court à compter de la réception par le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête du registre d'enquête et des documents annexés. Le responsable du projet, plan ou programme dispose d'un délai de quinze jours pour produire ses observations ". Aux termes de l'article R. 123-19 de ce code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. Le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête transmet à l'autorité compétente pour organiser l'enquête l'exemplaire du dossier de l'enquête déposé au siège de l'enquête, accompagné du ou des registres et pièces annexées, avec le rapport et les conclusions motivées. Il transmet simultanément une copie du rapport et des conclusions motivées au président du tribunal administratif ".
10. Si le requérant soutient que le procès-verbal de synthèse consignant les observations écrites et orales lors de l'enquête publique et mentionné à l'article R. 123-18 du code de l'environnement n'a pas été signé par l'un des trois membres de la commission d'enquête, aucune disposition législative ou réglementaire ne l'imposait, et il ressort en tout état de cause des pièces produites que le rapport d'enquête publique, qui retrace en synthèse l'ensemble des observations écrites et orales émises lors de l'enquête, et auquel était joint ce procès-verbal, est bien signé par l'ensemble de ces membres. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'enquête publique se serait déroulée dans des conditions irrégulières.
En ce qui concerne le caractère suffisant du rapport de présentation :
11. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme alors applicable : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. () Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'approbation du plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques ". Aux termes de l'article R. 151-1 du code de l'urbanisme alors applicable : " Pour l'application de l'article L. 151-4, le rapport de présentation : 1° Expose les principales conclusions du diagnostic sur lequel il s'appuie ainsi que, le cas échéant, les analyses des résultats de l'application du plan prévues par les articles L. 153-27 à L. 153-30 et comporte, en annexe, les études et les évaluations dont elles sont issues ; 2° Analyse les capacités de densification et de mutation des espaces bâtis identifiés par le schéma de cohérence territoriale en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 141-3 ainsi que des autres espaces bâtis identifiés par le rapport lui-même en vertu du troisième alinéa de l'article L. 151-4 ; 3° Analyse l'état initial de l'environnement, expose la manière dont le plan prend en compte le souci de la préservation et de la mise en valeur de l'environnement ainsi que les effets et incidences attendus de sa mise en œuvre sur celui-ci ".
12. Si le requérant soutient que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme ne justifie pas suffisamment la délimitation du zonage de la zone Aa, il ressort des pièces du dossier que le chapitre 3 " Choix retenus pour le projet de PLU " de ce rapport justifie les différents zonages retenus, notamment le zonage agricole qui concerne les parcelles dont est propriétaire le requérant. En particulier, le rapport de présentation précise que " la délimitation des zones A du projet de PLU a été fixée en prenant en compte les
principes énoncés dans la Charte de Gestion Econome de l'Espace (GEE) signée en
septembre 2013 entre les représentants de l'association des maires et les présidents
des EPCI du conseil départemental, de la chambre d'agriculture et l'Etat. Cette
charte a pour objectif majeur de concilier des ambitions de développement
démographique et économique dont agricole avec une préservation des sites et des
paysages. () Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune. équ~és ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
Peuvent être autorisées, en zone A, les constructions et installations nécessaires à
l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les
coopératives d'utilisation de matériel agricole, les constructions, installations,
extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et
aménagements définis au règlement littéral (..). Les zones Aa délimitent les parties du territoire affectées aux activités des exploitations agricoles (surfaces nécessaires au fonctionnement des exploitations agricoles situées hors de la ceinture verte, sièges et sites d'exploitation agricoles, zones homogènes de production, secteurs non exploités mais disposant du potentiel à l'être ". Si le requérant fait valoir que le rapport de présentation mentionne que " la délimitation de la zone Aa tient compte des objectifs fixés dans les conclusions de l'étude agricole (prospective territoriale) menée par l'observatoire du foncier pour le compte de la Communauté de communes du Pays de Saint Gilles Croix de Vie sur le territoire de Brétignolles-sur-Mer ", qui n'est pas joint en annexe du plan local d'urbanisme, les dispositions précitées n'imposent pas que le rapport de présentation explicite de manière circonstanciée les motifs du zonage de chaque parcelle. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le rapport de présentation serait irrégulier ou insuffisant
En ce qui concerne le bien-fondé du classement en zone Aa des parcelles D n°42, 43, 44, 45, 638, 640 et 641 :
13. En premier lieu, en vertu de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". L'article R. 151-23 du même code précise que " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. ".
14. Une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
15. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.
16. Le document d'orientations et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale du Pays-de-Saint-Gilles-Croix-de-Vie adopte parmi ses orientations celle de " préserver les espaces agricoles et naturels " et à cette fin vise la limitation de la consommation d'espaces et en particulier la réduction de l'impact du développement urbain sur l'agriculture. Dans ce cadre, le rapport de présentation du plan local d'urbanisme de la commune de Brétignolles-sur-Mer explicite que le dimensionnement des zones agricoles a été délimité en vue de pérenniser l'exploitation agricoles sur la commune, de procéder au rééquilibrage au profit des espaces agricoles par rapport aux secteurs urbanisés de la commune, et de contrebalancer le déclin de l'activité agricole. Le projet d'aménagement et de développement durable, au sein de son objectif 2 intitulé " accompagner et renforcer l'attractivité et le dynamisme de la commune ", prévoit, d'une part, de garantir une prise en compte adaptée des activités agricoles, sylvicoles et viticoles et, d'autre part, d'assurer la protection des sièges d'exploitation agricole. Il indique également, au sein de l'objectif " favoriser un développement maîtrisé et équilibré du territoire (..) ", la nécessité de définir un espace agricole pérenne. Il définit ainsi une zone Aa qui vise à inclure les parcelles qui, soient font l'objet d'une exploitation effective, soient sont actuellement non exploitées mais présentent un potentiel pour une exploitation agricole.
17. Il ressort des pièces du dossier que les terrains dont M. D est propriétaire, lesquels s'étendent sur plus de sept hectares sont non bâtis, à l'exception des parcelles accueillant deux maisons d'habitation, dont l'une construite sans autorisation, une grange et d'autres bâtiments agricoles qui constituaient manifestement le siège d'une ancienne exploitation agricole. Ces terrains s'intègrent dans un vaste espace non construit de terres naturelles et agricoles facilement exploitables. Il n'est pas contesté que la propriété de M. D est séparée du centre bourg par environ trois kilomètres et du hameau le plus proche par environ deux kilomètres et que des exploitations agricoles en activité sont situées à proximité immédiate, la plus proche étant à une centaine de mètres. Compte tenu de leur configuration, de leur localisation et de leur état, ces terrains présentent un potentiel agricole certain. La circonstance qu'ils n'auraient pas été effectivement exploités à des fins agricoles depuis 1977 est, à cet égard, indifférente, alors qu'il ressort des pièces du dossier que ces bâtiments présentent un potentiel pour la reprise d'une activité d'une telle nature, dont ne suffit à les priver l'ancienneté de la disparition du siège d'exploitation. La possibilité pour les auteurs du plan local d'urbanisme de classer ce secteur en zone Aa n'est d'ailleurs pas subordonnée à la condition que les parcelles le constituant fassent effectivement l'objet d'une exploitation agricole mais seulement à celle qu'elles présentent un tel potentiel. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que le classement en zone Aa de ces parcelles permet effectivement d'assurer la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la commune. Il en résulte que le classement des parcelles en cause en zone Aa, qui n'est pas entaché d'une erreur de fait, ne l'est pas non plus d'une erreur manifeste d'appréciation.
18. En outre, compte tenu de ce qui précède, la circonstance qu'un changement de destination aurait été autorisé pour d'autres bâtiments sur d'autres lieuxdits de la commune est sans incidence sur la légalité du classement des parcelles en cause, qui n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des parti d'aménagement et d'urbanisme retenus par les auteurs du plan local d'urbanisme.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme alors applicable : " I.- Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : () 2° Désigner, en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. " Aux termes de l'article R. 151-35 de ce code : " Dans les zones A et N, les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole, ou la qualité paysagère du site ". Le règlement écrit du PLU, à son article A 2.4.3., dispose qu'est autorisé dans le sous-secteur " Aa " : " Le changement de destination des bâtiments spécifiquement identifiés dans l'annexe n°6 en raison de leur intérêt architectural ou patrimonial et sous réserve des règles de réciprocité rappelées à l'article L. 111-3 du code rural et n'entraînant pas de gêne supplémentaire à l'activité agricole sous réserve d'être identifié au règlement graphique et après avis conforme de la CDPENAF ".
20. Il résulte des dispositions de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme qu'elles ouvrent aux auteurs du plan local d'urbanisme une simple faculté de procéder à l'identification des bâtiments agricoles pouvant faire l'objet d'un changement de destination. Ils n'en ont pas l'obligation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précédemment citées relatives à la désignation des bâtiments à vocation agricole susceptibles de changer de destination ne peut qu'être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération attaquée du 23 avril 2019 portant approbation du plan local d'urbanisme de la commune de Brétignolles-sur-Mer. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Brétignolles-sur-Mer, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D le versement à cette commune de la somme de 2 000 euros au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : M. D versera à la commune de Brétignolles-sur-Mer la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la commune de Bretignolles-sur-Mer.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
La rapporteure,
S. C
Le président,
A. A DE BALEINE
La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne
au préfet de la Vendée en ce qui la concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026