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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1906843

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1906843

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1906843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP LANDRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 24 juin 2019 Mme C E, agissant pour elle-$même et en qualité de représentante légale de son fils B D, représentée A Me Landry, demande au Tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier du Mans à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation des préjudices subis A elle-même et 5 000 euros en réparation des préjudices subis A son fils en raison d'une prise en charge médicale inadaptée ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Mans la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- le centre hospitalier du Mans a réalisé une prise en charge fautive de Nathéo en ne conduisant pas les examens appropriés pour la recherche des causes de ses détresses respiratoires récurrentes et en ne réorientant pas l'enfant vers un centre hospitalier équipé pour effectuer ces examens, ce retard dans une prise en charge adéquate constituant une faute qui entraîne sa responsabilité en application des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- l'infection nosocomiale A staphylocoque doré MétiS n'a pu être contractée qu'au cours des séjours de Nathéo au centre hospitalier du Mans ;

- les tracas qu'ont causés les multiples hospitalisations de cet enfant à sa mère devront être indemnisés à hauteur de 3 000 euros ;

- les souffrances temporaires endurées A Nathéo en raison du retard mis à poser le bon diagnostic seront indemnisées A une somme de 5 000 euros ;

- s'il plaît, il pourra être ordonné une expertise médicale avec mission d'apprécier les préjudices.

A des mémoires et une pièce complémentaire, enregistrés le 16 août 2019, le 31 mars 2023 et le 5 avril 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Orne, entend, dans le dernier état de ses écritures, se désister dans la présente instance.

A un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2019, le centre hospitalier du Mans, représenté A Me Meunier conclut :

1°) au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, que soit désigné un expert pour rechercher si le centre hospitalier a commis un manquement aux règles de l'art ;

2°) au rejet des conclusions de la CPAM de l'Orne.

Il fait valoir que :

- s'agissant de la responsabilité du centre hospitalier, l'enfant n'a été hospitalisé qu'à deux reprises pour une gêne respiratoire du 25 novembre au 5 décembre 2018 et traité à cette date pour un asthme du nourrisson, le traitement a été intensifié en janvier 2019 et un bilan était programmé pour le 8 mars afin d'éliminer les autres causes que l'asthme ;il n'y avait pas lieu d'avancer dès lors que la courbe de poids était normale, que deux radiographies n'avaient rien révélé d'anormal et que le dépistage de la mucoviscidose avait été effectué à la naissance ;

- s'agissant de l'infection nosocomiale, l'origine ne peut en être imputée au centre hospitalier compte tenu de la multitude des établissements fréquentés alors qu'aucune exploration invasive de l'arbre bronchique n'a été réalisée au Mans ;

- la CPAM de l'Orne n'a pas fondé juridiquement sa demande et n'a pas démontré l'existence d'un manquement fautif.

A un mémoire enregistré le 3 juin 2020, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté A Me Ribeiro, demande au tribunal de le mettre hors de cause.

Il soutient qu'aucune demande n'est formulée à son égard, que les dommages subis A Nathéo D sont la conséquence de l'évolution de sa pathologie alors, A ailleurs, qu'aucun lien n'est fait entre le germe retrouvé dans les bronches de l'enfant et la réalisation d'un acte de soin.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique,

- et les observations de Me Renauld, substituant Me Meunier représentant le centre hospitalier du Mans.

Considérant ce qui suit :

1. L'enfant Nathéo D, né le 27 septembre 2018, a présenté des difficultés respiratoires qui ont conduit à son hospitalisation au service des urgences pédiatriques du centre hospitalier du Mans du 8 au 9 octobre 2018, du 17 au 20 octobre 2018, du 18 au 19 novembre 2018 et du 28 au 5 décembre 2018. Malgré la persistance des symptômes et leur progressive aggravation, le service pédiatrique du centre hospitalier a prescrit un traitement médicamenteux et de la kinésithérapie respiratoire sans programmer d'exploration fonctionnelle complémentaire. Après consultation d'un pneumologue au centre hospitalier universitaire d'Angers le 27 décembre 2018, le centre hospitalier du Mans a fixé, d'un commun accord avec ce praticien, une hospitalisation de l'enfant Nathéo D le 8 mars 2019 pour une série d'examens complémentaires. Après deux nouvelles consultations aux urgences les 25 et 27 janvier 2019, les parents de Nathéo D ont pris l'initiative de consulter le centre de pneumologie de l'enfant de Boulogne-Billancourt le 2 février 2019, qui a programmé des explorations complémentaires à l'hôpital Robert Debré le 13 février 2019. A la suite d'une nouvelle crise le 11 février 2019, les parents de l'enfant, d'abord admis aux urgences pédiatriques du centre hospitalier du Mans, lesquelles ont choisi de conserver la date initiale du 8 mars 2019 pour la réalisation des tests complémentaires, ont décidé, A leurs propres moyens, de le transférer une journée plus tôt à l'hôpital Robert Debré pour effectuer les examens prévus. A la suite d'une rechute de Nathéo D, le 15 février 2019 les parents ont décidé de le conduire aux urgences du centre hospitalier de Chartres où il a été hospitalisé du 15 au 19 février 2019 au cours duquel un examen cytobactériologique des crachats a révélé la présence de staphylocoque doré MétiS. Une nouvelle hospitalisation a été effectuée à l'hôpital Robert Debré le 6 mars 2019 pour la réalisation d'une endoscopie avec analyse de l'arbre bronchique et brossage pour étude des cils bronchiques laquelle a permis, après d'autres examens, de poser le diagnostic d'une dyskinésie ciliaire primitive. Mme E a présenté une demande indemnitaire au centre hospitalier du Mans que l'établissement a rejetée le 25 avril 2019. Mme E demande à être indemnisée des préjudices qu'elle-même et son fils ont subis en raison d'une faute médicale que le centre hospitalier du Mans aurait commise et de l'infection au staphylocoque doré MétiS dont a été atteint Nathéo D.

Sur le désistement de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Orne :

2. Le désistement de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Orne de ses conclusions dirigées contre le centre hospitalier du Mans est pur et simple. Il y a lieu d'en donner acte.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier du Mans :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ". La responsabilité du centre hospitalier du Mans ne peut être engagée pour faute que si l'existence d'une faute et un lien de causalité direct entre cette faute et le préjudice invoqué A la victime sont établis.

4.Mme E soutient, compte tenu des épisodes de plus en plus fréquents et graves de détresse respiratoire auxquels était confronté Nathéo D, que tous les moyens n'ont pas été mis en œuvre A le centre hospitalier du Mans pour établir le diagnostic de dyskinésie ciliaire primitive dont l'enfant est atteint avant qu'elle ne prenne l'initiative de le faire examiner A le centre de pneumologie de l'enfant de Boulogne-Billancourt le 2 février 2019 qui a provoqué la réalisation d'explorations complémentaires à l'hôpital Robert Debré le 13 février 2019 et une analyse A microscope optique des cellules bronchiques le 7 mars et le 10 avril 2019 qui ont permis de poser le diagnostic de la maladie.

5. Il résulte de l'instruction que la première hospitalisation de Nathéo D au centre hospitalier du Mans, les 8 au 9 octobre 2018 était une surveillance de vingt-quatre heures dans les lits d'urgence en raison de vomissements chez un nourrisson de 8 jours. La deuxième admission du 17 au 20 octobre 2018 était liée à une surveillance d'une simple rhinite sur un enfant âgé de vingt jours. La troisième, qui s'est déroulée du 18 au 19 novembre 2018 dans les lits d'urgence, était liée à une toux sèche sans symptôme pulmonaire associé. En revanche, l'hospitalisation du 28 novembre au 5 décembre 2018 trouvait sa cause dans une bronchiolite virale à parainfluenzae et rhinovirus, conduisant le service pédiatrique à s'interroger sur l'état pulmonaire de l'enfant en faisant réaliser deux radiographies. Si le centre hospitalier du Mans ne conteste pas ne pas avoir pu proposer rapidement une consultation en pneumologie pédiatrique en raison d'un encombrement du service, il résulte des comptes rendus communiqués qu'une collaboration avec le praticien du centre hospitalier universitaire d'Angers a permis la mise en place d'un traitement de fond pour l'asthme en décembre 2018, qui a été intensifié en janvier 2019 en raison de persistance de toux entre deux hospitalisations et A ailleurs qu'une hospitalisation avait été programmée pour le 8 mars 2019 afin de réaliser des examens. Toutefois, en fixant cette dernière date pour procéder à une prise de sang, une analyse de selles, un test de sueur, une radiographie et une échographie cardiaque, le centre hospitalier du Mans n'a pas procédé à un suivi des problèmes respiratoires de Nathéo D, dont les conditions respiratoires s'aggravaient, conforme aux règles de l'art. A suite, Mme E est fondée à soutenir que les conditions de prise en charge de son fils A le centre hospitalier du Mans sont à l'origine d'une faute de nature à engager la responsabilité de cet établissement. Cependant, d'une part, il résulte de l'instruction qu'il est difficile de diagnostiquer la maladie dont est atteint Nathéo pour laquelle il n'existe pas de traitement curatif et, d'autre part, il est acquis que l'enfant aurait été atteint de troubles respiratoires quel que soit le moment où le diagnostic aurait été posé. Il résulte de ce qui précède que la carence fautive du centre hospitalier du Mans, limitée dans le temps, n'a été ni dans sa nature ni dans sa durée à l'origine d'un préjudice dont Mme E serait fondée à demander la prise en charge.

En ce qui concerne l'infection nosocomiale :

6. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

7. Mme E soutient que l'infection des bronches de son enfant A un staphylocoque doré sensible à la méticilline n'a pu se produire ailleurs qu'au cours de ses multiples hospitalisations au centre hospitalier du Mans. Cet établissement, à qui la charge de la preuve incombe, soutient qu'une cause étrangère au service est nécessairement à l'origine de cette contamination dès lors qu'aucun examen invasif n'a été réalisé sur l'enfant. Il résulte de l'instruction que la contamination précitée a été mise en évidence au cours du séjour de Nathéo D au centre hospitalier de Chartres du 15 au 19 février 2019. Or, si l'enfant a été présent au centre hospitalier du Mans le 25 janvier 2019, il n'a pas présenté de symptômes infectieux et les traces d'encombrement bronchique avec fièvre associée ne sont notées que lors de son passage le 12 février. A ailleurs, la seule action invasive a consisté en une nasofibroscopie réalisée le 23 janvier 2019 jusqu'au larynx au centre hospitalier universitaire d'Angers, laquelle est concordante avec l'apparition de l'infection et de l'antibiothérapie mise en place A le praticien du centre de pneumologie de l'enfant le 6 février 2019. A suite, l'infection de Nathéo D A un staphylocoque doré sensible à la méticilline, au cours de ses hospitalisations au centre hospitalier du Mans n'apparaît pas suffisamment caractérisée A la chronologie précitée alors, en outre qu'elle a été guérie A une cure d'antibiothérapie à l'amoxicilline sans que puisse être identifiés des dommages qui trouveraient leur cause directe et certaine dans cette infection. Dès lors, sans qu'il soit besoin de prescrire une expertise, ce fondement de préjudice doit également être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: Il est donné acte du désistement de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Orne de ses conclusions dirigées contre le centre hospitalier du Mans.

Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme C E, au centre hospitalier du Mans, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Orne et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le rapporteur,

B. F

La présidente,

M. G La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1906843

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