jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1907088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KAYA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2019, M. B A, représenté par Me Ozlem Kaya, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 mai 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté le recours formé contre la décision du 16 novembre 2018 par laquelle le préfet de l'Oise a rejeté sa demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre une nouvelle décision à l'issue d'un nouvel examen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- l'appréciation ayant conduit le ministre de l'intérieur à opposer chacun des deux motifs de la décision attaquée est rigide ;
- il satisfait à l'ensemble des conditions pour être naturalisé et l'acquisition de la nationalité française lui est nécessaire pour devenir sapeur-pompier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2019, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.
Il soutient que :
- à titre principal, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet sont irrecevables dès lors que sa décision expresse du 28 mai 2019 s'y est substituée ;
- à titre subsidiaire, les moyens critiquant la motivation et les motifs de la décision attaquée ne sont pas fondés ;
- les autres moyens soulevés sont inopérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 novembre 2022 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est un ressortissant malien qui est né le 7 octobre 1995. Il a présenté, auprès des services de la préfecture de l'Oise, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 16 novembre 2018, l'autorité préfectorale a rejeté cette demande. M. A a, pour contester cette décision, comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours qui a été reçu le 14 janvier 2019. Estimant que ce recours a été implicitement rejeté le 14 mai 2019, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet.
Sur l'objet des conclusions à fin d'annulation et la fin de non-recevoir opposée :
2. Si le silence gardé par une autorité administrative sur un recours obligatoire fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à cette décision implicite. Si les conclusions à fin d'annulation de cette dernière décision sont dès lors irrecevables, il appartient cependant au juge de l'excès de pouvoir de requalifier ces conclusions comme tendant en réalité à l'annulation de la décision expresse de rejet.
3. Il ressort des pièces du dossier que le 28 mai 2019, soit postérieurement à l'expiration du délai d'instruction de quatre mois du recours formé devant le ministre de l'intérieur contre la décision du préfet de l'Oise du 16 novembre 2018, délai à l'issue duquel est née une décision implicite de rejet du recours, est intervenue une décision expresse de rejet de ce recours. Il y a lieu, par suite, de rejeter comme irrecevables les conclusions dirigées contre cette décision implicite de rejet, mais de regarder également ces conclusions comme tendant en réalité à l'annulation de la décision expresse du 28 mai 2019 rejetant la demande de naturalisation de M. A.
Au fond :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () rejetant une demande () de naturalisation () doit être motivée " c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'autorité statuant sur la demande de naturalisation n'a dès lors pas l'obligation d'énoncer l'ensemble des éléments invoqués par l'intéressé à l'appui de sa demande, mais uniquement ceux sur lesquels elle estime pouvoir fonder sa décision.
5. La décision attaquée du 28 mai 2019 mentionne que la demande de naturalisation est rejetée aux motifs, d'une part, que les réponses de l'intéressé, lors de l'entretien qui s'est déroulé dans les locaux de la préfecture de l'Oise le 13 novembre 2018, témoignaient d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société et aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française, en indiquant précisément les questions auxquelles l'intéressé n'a pas su ou a mal su répondre, d'autre part, que l'intéressé a fait l'objet d'une procédure pour conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance le 20 juin 2018 sur une autoroute. Cette décision vise par ailleurs les articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Dès lors, cette décision est motivée au sens des dispositions précitées de l'article 27 du code civil.
6. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 43 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Le préfet du département de résidence du postulant () déclare la demande irrecevable si les conditions requises par les articles 21-15, () et 21-27 du code civil ne sont pas remplies. ". Selon l'article 48 du même décret : " () Lorsque les conditions requises par la loi sont remplies, le ministre chargé des naturalisations propose () la naturalisation (). Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, il déclare la demande irrecevable. / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". Ces dispositions confèrent au ministre de l'intérieur un large pouvoir d'appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite.
7. D'une part, il appartient au ministre de l'intérieur, lorsqu'il exerce ce pouvoir d'appréciation, de tenir compte de tous les éléments de la situation de l'intéressé, y compris ceux qui ont été examinés pour statuer sur la recevabilité de sa demande. Au nombre de ces éléments figure, comme l'indique l'article 21-24 du code civil, le degré de connaissance, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par les articles 37 et 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Il en résulte que le ministre de l'intérieur peut apprécier l'intérêt d'accorder la nationalité française au regard notamment du degré de connaissance par l'intéressé des principaux événements historiques ayant jalonné la construction de la France, des règles de vie en société telles que les libertés fondamentales, l'égalité, et la laïcité, ainsi que les principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française. Tous ces éléments figurent, selon les termes du dernier alinéa de ce même article 37, dans un livret du citoyen qui est remis à toute personne ayant déposé une demande de naturalisation et qui est disponible en ligne.
8. Il ressort de la copie du compte-rendu de l'entretien d'assimilation de M. A que l'intéressé ne connaît pas les noms de la région dans laquelle il réside, des mers ou océans bordant les côtes françaises et de rois de France, et qu'il n'a apporté aucune réponse aux questions portant sur les principes et les valeurs de la République française, ni su donner des éléments de définition des notions d'égalité, de fraternité, de démocratie et de laïcité. La seule circonstance qu'il n'aurait pas su contenir son stress, stress qui ne l'a au demeurant pas empêché de répondre correctement aux questions relatives à l'indication d'un monument français, de son département de résidence, d'un chanteur et d'un sportif français, des dates des deux guerres mondiales, des noms de l'actuel et d'un ancien président de la République, de la durée de son mandat et de l'âge auquel le droit de vote est reconnu, ne permet pas de regarder l'intéressé comme justifiant du degré de connaissance requis concernant l'histoire, la culture et la société françaises.
9. D'autre part, dans le cadre de l'examen qu'il effectue pour apprécier l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite, le ministre de l'intérieur peut légalement prendre en compte des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de l'intéressé.
10. Si l'autre motif pour lequel il n'a pas été accédé à la demande de naturalisation présentée par M. A est en relation avec des faits qui lui sont reprochés et qui ont donné lieu à l'engagement de poursuites pénales, cette demande n'a pas été déclarée irrecevable au motif que l'intéressé ne satisfaisait pas à la condition de recevabilité inscrite à l'article 21-27 du code civil liée à l'absence de prononcé à son encontre de l'une des condamnations mentionnées à cet article. Cette demande a donné lieu, à la suite de l'exercice, par le ministre, de son pouvoir d'appréciation de l'intérêt d'accorder ou non la naturalisation sollicitée, à une décision de rejet. Par suite, M. A peut utilement soutenir que cette autorité aurait appliqué à tort les dispositions de l'article 21-27 du code civil. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas apprécié la nature et la date à laquelle ont été commis les faits reprochés ayant consisté en la conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans disposer d'une assurance pour ce véhicule, qui ont été commis le 20 juin 2018, soit moins d'un an avant la décision attaquée, alors que le requérant circulait sur une autoroute.
11. Eu égard à l'insuffisant degré de connaissance, par M. A, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, ainsi qu'à la nature et au caractère récent de l'infraction qu'il ne conteste pas avoir commise, et quand bien même les pièces du dossier ne permettent pas d'établir qu'une condamnation ait été prononcée à son encontre en raison de cette infraction, le ministre de l'intérieur, n'a pas, compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont il dispose lorsqu'il statue sur l'intérêt d'accorder la naturalisation, commis d'erreur d'appréciation présentant un caractère manifeste en rejetant la demande de naturalisation présentée par M. A.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026