jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1907172 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | AKUESSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2019, Mme B A, représentée par Me T. Ernest Akuesson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 mai 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle procède d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2019, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme A.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision du 24 juillet 2020 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 novembre 2022 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est une ressortissante burkinabaise qui est née le 16 mai 1978. Elle a présenté, auprès des services de la préfecture de Seine-Saint-Denis, département dans lequel elle est domiciliée, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 15 octobre 2018, le préfet de ce département a ajourné cette demande en lui imposant un délai de deux ans avant d'en déposer une nouvelle. Mme A a, pour contester cette décision et comme elle y était tenue en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté le 6 mai 2019, le ministre de l'intérieur estimant que la demande de naturalisation devait être ajournée à deux ans à compter du 15 octobre 2018. L'intéressée demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision qui s'est substituée à celle du préfet de Seine-Saint-Denis.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () rejetant une demande () de naturalisation () doit être motivée ", c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'autorité statuant sur la demande de naturalisation n'a dès lors pas l'obligation d'énoncer l'ensemble des éléments invoqués par l'intéressée à l'appui de sa demande, mais uniquement ceux sur lesquels elle estime pouvoir fonder sa décision.
3. Pour le motif qui vient d'être exposé, la circonstance que le ministre de l'intérieur n'ait pas mentionné dans sa décision d'autres éléments relatifs à la situation, en particulier familiale, de Mme A, présentés à l'appui de sa demande, est sans incidence dans l'appréciation du caractère suffisant de la motivation de la décision en litige. Cette décision énonce que la demande de naturalisation est ajournée à deux ans au motif que l'examen du parcours professionnel global de l'intéressée depuis son entrée en France ne permet pas de considérer qu'elle a pleinement réalisé son insertion professionnelle dès lors qu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes. La précision de ces éléments a ainsi permis à Mme A de comprendre les raisons pour lesquelles sa demande a été ajournée à deux ans, ce qui suffit à satisfaire à l'exigence de motivation en fait inscrite à l'article 27 du code civil. Ces mêmes éléments ont conduit le ministre de l'intérieur à ajourner cette demande en vertu de son large pouvoir d'appréciation qui n'est encadré par aucun texte, de sorte que la décision attaquée pouvait se borner à viser les articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatifs, respectivement, au recours dont doit être saisi le ministre et aux différentes décisions qu'il peut prendre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, comme cela a été dit au point 2, le ministre de l'intérieur n'est pas tenu de faire état dans la décision ajournant une demande de naturalisation de l'ensemble des éléments que l'intéressée a fait valoir à l'appui de cette demande. Ainsi, la circonstance que le ministre de l'intérieur n'ait pas mentionné dans sa décision les éléments liés à la particularité de la situation professionnelle et à la situation familiale de Mme A ne traduit pas, en elle-même, une absence d'examen de ces éléments. Il ne ressort par ailleurs pas de la motivation de la décision attaquée que les faits sur lesquels le ministre de l'intérieur s'est fondé pour ajourner la demande de Mme A auraient été pris en compte sans apprécier la portée des autres données de sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen approfondi de cette demande doit être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ".
6. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressée dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'elle dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France. Pour rejeter ou ajourner une demande de naturalisation, l'autorité administrative ne peut en revanche se fonder exclusivement, ni sur l'existence d'une maladie ou d'un handicap, ni, par suite, sur l'insuffisance des ressources de l'intéressée lorsqu'elle résulte directement d'une maladie ou d'un handicap, ni sur le fait que ses ressources ont le caractère d'allocations accordées en compensation d'un handicap, dès lors que tels motifs priveraient de toute possibilité d'accéder à la nationalité française les personnes dans cette situation.
7. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 3 janvier 2017, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Maison départementale des personnes handicapées de Seine-Saint-Denis a reconnu à Mme A la qualité de travailleuse handicapée pour la période du 1er mai 2016 au 30 avril 2021 en estimant que son handicap lui permettait cependant d'être orientée vers le marché du travail et en indiquant la nécessité pour l'intéressée de disposer d'un poste aménagé compte tenu de son état de santé. La décision du 3 janvier 2017 précise également que Mme A sera accompagnée, pour cette orientation, par l'organisme "Cap Emploi".
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des avis d'imposition sur les revenus perçus en 2016 et en 2017, que Mme A aurait, au cours de ces années, exercé une activité professionnelle. En revanche, la requérante a débuté une activité d'hôtesse de caisse à compter du 30 juillet 2018, soit un peu plus de six mois avant la décision attaquée, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel d'une durée hebdomadaire fixée, selon les termes de ce contrat, à vingt-cinq heures. Ce contrat de travail stipulait la mise en place d'un suivi en lien avec son état de santé. Le 30 décembre 2018, le médecin du travail, en charge de ce suivi, a indiqué la nécessité de réduire son temps de travail à une vingtaine d'heures par semaine. Il ressort des pièces du dossier que, à compter du mois de mars de l'année 2019, le temps de travail hebdomadaire de Mme A a été porté à seize heures. Certes, le montant mensuel des ressources qu'elle a perçues antérieurement à la date de la décision attaquée, calculé sur la base d'une rémunération brute égale à 1 130,97 euros selon les termes de son contrat initial et rabaissée à 730,15 euros bruts à compter du mois de mars de l'année 2019, procède de la réduction de son temps de travail consécutive à son handicap. Cependant, il ressort des pièces du dossier, plus particulièrement du certificat médical du 2 février 2019, joint à une demande de Mme A adressée à la Maison départementale des personnes handicapées de Seine-Saint-Denis, que, compte tenu du caractère contraignant de l'emploi qu'elle occupe au regard de son handicap, un reclassement professionnel s'avère nécessaire. Sur ce point, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A, âgée de 41 ans à la date de la décision attaquée et qui bénéficie d'un accompagnement par un organisme spécialisé pour son orientation professionnelle, ne pourrait pas exercer une activité professionnelle dans des conditions lui permettant de se procurer des ressources suffisantes pour pouvoir prétendre à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme A percevrait également des ressources ayant le caractère d'allocations accordées en compensation d'un handicap, sa demande de versement de l'allocation pour personnes handicapées ayant été d'ailleurs rejetée le 3 janvier 2017 par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Maison départementale des personnes handicapées de Seine-Saint-Denis. Dans ces conditions, le motif de la décision attaquée ne peut être regardé comme privant l'intéressée de toute possibilité d'accéder à la nationalité française de sorte que cette décision n'est entachée ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision d'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation présentée par Mme A, opposée par le ministre de l'intérieur le 6 mai 2019, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026