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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1907466

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1907466

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1907466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2019, M. C B, représenté par Me Roques, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) L'annulation de la décision du 30 avril 2019 par laquelle le du ministre l'intérieur rejetant son recours contre la décision du préfet du Val d'Oise du 15 octobre 2018 déclarant irrecevable sa demande de réintégration dans la nationalité française ;

2°) Enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours sous astreinte de 10 euros par jour de retard et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois sous astreinte de 10 euros par jour de retard conformément aux articles L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) La condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ses parents et grands-parents étaient français, son père a combattu pour la France durant la seconde guerre mondiale et a travaillé pour une entreprise administrée par l'Etat français jusqu'en 1956 ;

- il justifie d'un niveau de maîtrise de la langue française suffisant ;

- le ministre ne pouvait lui opposer le motif tiré de de l'absence de présentation de l'attestation délivrée par un organisme assermenté constatant son niveau de maitrise de la langue française ;

- la décision attaque méconnaît la circulaire du 30 novembre 2011.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2019, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Matiatiau, substituant Me Roques, avocat de M. B.

Une note en délibéré présentée par le ministre de l'intérieur a été enregistrée le 3 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a présenté une demande de réintégration dans la nationalité française auprès du préfet du Val-d'Oise, demande qui a été déclarée irrecevable par une décision du 15 octobre 2018. M. B a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Par décision du 30 avril 2019, le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du préfet du Val-d'Oise du 15 octobre 2018. Par la présente requête M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 30 avril 2019 précitée.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 24-1 du code civil : " La réintégration par décret peut être obtenue à tout âge et sans condition de stage. Elle est soumise, pour le surplus, aux conditions et aux règles de la naturalisation ". L'article 21-24 du même code dispose que : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. / () ".

3. D'autre part, l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 prévoit que : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : / 1° Tout demandeur doit justifier d'une connaissance de la langue française caractérisée par la compréhension des points essentiels du langage nécessaire à la gestion de la vie quotidienne et aux situations de la vie courante ainsi que par la capacité à émettre un discours simple et cohérent sur des sujets familiers dans ses domaines d'intérêt. Son niveau est celui défini par le niveau B1, rubriques "écouter", "prendre part à une conversation" et "s'exprimer oralement en continu" du Cadre européen commun de référence pour les langues, tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) du 2 juillet 2008. / Un arrêté du ministre chargé des naturalisations définit les diplômes permettant de justifier d'un niveau égal ou supérieur au niveau requis. / A défaut d'un tel diplôme, le demandeur peut justifier de la possession du niveau requis par la production d'une attestation délivrée soit par un organisme reconnu par l'Etat comme apte à assurer une formation "français langue d'intégration", soit à l'issue d'un test linguistique certifié ou reconnu au niveau international, comportant des épreuves distinctes permettant une évaluation du niveau de compréhension du demandeur et, par un entretien, celle de son niveau d'expression orale, et figurant sur une liste fixée par un arrêté du ministre chargé des naturalisation () ". Aux termes de l'article 41 du même décret : " () / Font également l'objet d'un entretien individuel destiné à connaître leur niveau linguistique les postulants qui produisent une attestation justifiant d'un niveau inférieur à celui défini à l'article 37. L'autorité administrative peut se fonder sur le déroulement de cet entretien pour conclure que le postulant possède le niveau linguistique requis. ".

4. Pour déclarer irrecevable la demande de réintégration dans la nationalité française de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que le niveau de connaissance de la langue française de l'intéressé est insuffisant dès lors qu'il est inférieur au niveau B1 oral requis par les dispositions de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993.

5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du compte-rendu de l'entretien individuel passé par M. B avec un agent de la préfecture du Val-d'Oise, que l'intéressé n'a pas réagi de manière adéquat aux différentes sollicitations et n'a pas été en mesure de s'exprimer sur des sujets familiers en lien avec ses centres d'intérêts personnels, de donner son opinion ou sa pensée sur un sujet abstrait ou culturel comme un film ou de la musique ni faire une narration d'un film, d'un livre ou décrire ses propres réactions, relater les détails essentiels d'un évènement fortuit. L'agent en charge de l'entretien en a déduit qu'il n'avait pas atteint le niveau de compréhension et d'expression de la langue française requis pour l'acquisition de la nationalité française. Si M. B justifie, certes, dans le cadre de la présente instance, avoir satisfait aux épreuves du test de connaissance en langue française prévu par l'article R. 311-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, et verse aux débats l'attestation ministérielle de dispense de formation linguistique qui lui a été remise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, une telle attestation n'est toutefois pas de nature à établir qu'il possédait, à la date de la décision attaquée, le niveau linguistique requis par les dispositions précitées mais uniquement de ce qu'il a atteint un niveau de maîtrise de la langue française au moins égal au niveau A1 du Cadre européen commun de référence pour les langues, soit un niveau inférieur au niveau B1 oral requis par les dispositions de l'article 37 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Enfin, la circonstance que M. B a progressivement perdu une partie de sa capacité auditive ne suffit à justifier l'empêchement qui serait le sien à tenir une conversation courante en français. Dans ces conditions, en déclarant sa demande de naturalisation irrecevable, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

6. En deuxième lieu, M. B ne saurait utilement soutenir qu'étant dispensé de produire une attestation délivrée par un organisme assermenté constatant son niveau de maitrise de la langue française, le ministre ne pouvait lui opposer un tel motif, dès lors que la décision attaquée ne repose pas sur ce motif.

7. En troisième lieu, M. B ne peut utilement invoquer les dispositions de la circulaire du 30 novembre 2011 qui ne comporte ainsi aucune interprétation d'une règle de droit positif ou description des procédures administratives au sens de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

8. En quatrième et dernier lieu, eu égard au motif qui la fonde, les circonstances invoquées par M. B tirées de ce que ses parents étaient français, que son père a combattu pour la France durant la seconde guerre mondiale et a travaillé pour une entreprise administrée par l'Etat français jusqu'en 1956, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

Y. LECLERC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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