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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1907763

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1907763

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1907763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLOIRÉ - HENOCHSBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2019, M. C D A, représenté par Me Jonathan Henochsberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2018 par laquelle le préfet de police de Paris a déclaré irrecevable sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;

2°) d'annuler la décision du 3 mai 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours formé contre cette décision préfectorale ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et d'assortir cette injonction d'une astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que le ministre de l'intérieur a estimé que son recours était tardif ;

- la décision du 3 mai 2019 a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- la décision du 31 août 2018 est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2019, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables dès lors que sa décision du 3 mai 2019 s'y est substituée ;

- le recours administratif préalable obligatoire, dont le délai ne peut être prorogé par une demande d'aide juridictionnelle, est tardif ;

- le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de la décision du 3 mai 2019 n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 novembre 2022 à 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D A est un ressortissant tunisien qui a présenté, auprès des services de la préfecture de police de Paris, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 31 août 2018, le préfet de police de Paris a déclaré cette demande irrecevable au motif que l'intéressé ne pouvait être regardé comme ayant fixé le centre de ses intérêts en France au sens de l'article 21-16 du code civil. M. A a, pour contester cette décision et comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours qui a été expressément rejeté le 3 mai 2019. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision et celle du préfet de police de Paris.

2. Pour rejeter le recours formé par M. A contre la décision du préfet de police de Paris du 31 août 2018, le ministre de l'intérieur a opposé son caractère tardif.

3. Aux termes de l'article 43 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Le préfet du département de résidence du postulant () déclare la demande irrecevable si les conditions requises par les articles 21-15, 21-16 () du code civil ne sont pas remplies. () ". Selon l'article 45 de ce même décret : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations (). / Ce recours () constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux () ".

4. Lorsque le juge est saisi d'une requête dirigée contre une décision du ministre de l'intérieur rejetant, pour tardiveté, le recours formé sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, il lui appartient de vérifier si, dans la mesure où elle est contestée, cette tardiveté pouvait être opposée. Dans le cas où le juge estime que ce recours était effectivement tardif, il est tenu de rejeter comme irrecevable la requête présentée devant le tribunal.

5. Il n'est pas contesté que la décision du préfet de police de Paris du 31 août 2018 déclarant irrecevable la demande de naturalisation présentée par M. A lui a été notifiée le 21 septembre 2018. Le recours prévu à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 a été adressé le 1er avril 2019, soit plus de deux mois après cette notification. M. A estime toutefois qu'il a, pour contester la décision du préfet de police de Paris du 31 août 2018, présenté, le 3 octobre 2018, une demande d'aide juridictionnelle qui a prorogé ce délai de deux mois et que ce délai a recommencé intégralement à courir à compter de la désignation de son avocat, intervenue le 7 février 2019, à la suite de la décision du 19 décembre 2018 par laquelle la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Paris lui a accordé l'aide juridictionnelle.

6. Toutefois, d'une part, si l'article 10 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que " l'aide juridictionnelle est accordée en matière gracieuse ou contentieuse ", ces dispositions ne permettent pas d'obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre de la contestation, dans le cadre d'un recours administratif préalable obligatoire, d'une décision administrative. D'autre part, l'article 38 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 énonçant que " lorsqu'une action en justice doit être intentée avant l'expiration d'un délai devant la juridiction du premier degré () l'action est réputée avoir été intentée dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice est introduite dans un nouveau délai de même durée () " prévoit que la prorogation du délai de recours contentieux par la présentation d'une demande d'aide juridictionnelle intervient uniquement lorsque le recours est formé devant une juridiction. En conséquence, le dépôt, le 3 octobre 2018, de la demande d'aide juridictionnelle précitée n'a pas eu pour effet de proroger le délai du recours administratif préalable obligatoire de deux mois qui était expiré à la date à laquelle ce recours a été adressé au ministre de l'intérieur. Ce délai a par ailleurs bien été mentionné sur le courrier de notification de la décision préfectorale du 31 août 2018. Par suite, le ministre de l'intérieur était fondé à opposer la tardiveté du recours dont il a été saisi et, dès lors, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées comme étant irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent, en tout état de cause, être également rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions qu'il présente sur le fondement des articles 37 de loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Henochsberg.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

D. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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