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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1907891

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1907891

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1907891
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE BRETON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un/des mémoires, enregistrés le 18 juillet 2019, le 20 janvier 2020 et le 26 novembre 2021, M. B E, représenté par Me Le Breton, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours contre la décision du préfet de l'Essonne du 23 octobre 2018 ajournant à trois ans sa demande de naturalisation ainsi que la décision du préfet de l'Essonne du 23 octobre 2018 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la naturalisation au besoin en procédant à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- les décisions ont été prises à l'issue d'une procédure entachée de vice dès lors que l'enquête prévue par les dispositions de l'article 36 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 n'a pas été effectuée préalablement à l'intervention desdites décisions ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- il n'a pas été procédé à un examen complet de sa demande ;

- les décisions sont entachées d'erreur de droit dès lors qu'elles s'appuient sur des condamnations qui ne figurent plus sur le bulletin n° 2 du casier judiciaire et pour lesquelles il a bénéficié de la réhabilitation de plein droit ; elles méconnaissent pas ailleurs les dispositions de l'article 21-27 du code civil ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 novembre 2019 et 29 janvier 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet de l'Essonne, qui a été ajournée à trois ans par une décision du 23 octobre 2018. M. E a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Par une décision du 4 juin 2019, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours contre la décision du préfet de l'Essonne du 23 octobre 2018 et a confirmé l'ajournement à trois ans de sa demande de naturalisation. Par la présente requête M. E demande au tribunal d'annuler la décision du 4 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours contre la décision du préfet de l'Essonne du 23 octobre 2018 ajournant à trois ans sa demande de naturalisation ainsi que la décision du préfet de l'Essonne du 23 octobre 2018.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de l'Essonne :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 susvisé, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la décision du 4 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique de l'intéressé s'est substituée à la décision du préfet de l'Essonne du 23 octobre 2018. Il en résulte d'une part que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables et doivent être rejetées et d'autre part, que les moyens ne concernant que la légalité de la décision du préfet de l'Essonne du 23 octobre 2018 sont inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 4 juin 2019 :

3. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018 publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre 2018, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à Mme C D, attachée d'administration de l'Etat, chargée du traitement des recours administratifs préalables obligatoires au bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ". En application de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". En vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision attaquée mentionne les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé. Elle précise que M. E a fait l'objet de deux procédures, l'une pour travail clandestin à Draveil (Essonne) le 5 mars 2009 ayant donné lieu à un rappel à la loi, l'autre pour exécution d'un travail dissimulé, non affichage des nom et adresse d'entrepreneurs travaillant sur un chantier ayant donné lieu à permis de construire et travail dissimulé le 3 juin 2013 à Sainte-Geneviève-des-Bois (Yvelines) ayant donné lieu à une composition pénale. Par suite, contrairement à ce que soutient M. E, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation rappelée au point précédent, que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation de M. E.

7. En quatrième lieu, l'article 36 du décret du 30 décembre 1993 dispose : " Toute demande de naturalisation () fait l'objet d'une enquête à laquelle procède l'autorité auprès de laquelle elle a été déposée (). Cette enquête, qui porte sur la conduite et le loyalisme du postulant, est effectuée par les services de police ou de gendarmerie territorialement compétents. Elle peut être complétée par une consultation des organismes consulaires et sociaux () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que l'enquête prévue par les dispositions précitées a été diligentée par les services de police, ainsi qu'en atteste en particulier le rapport d'enquête versé aux débats par le ministre de l'intérieur. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait intervenue en méconnaissance de ces dispositions.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. E a fait l'objet de deux procédures, l'une pour travail clandestin à Draveil le 5 mars 2009 ayant donné lieu à un rappel à la loi, l'autre pour exécution d'un travail dissimulé, non affichage des nom et adresse d'entrepreneurs travaillant sur un chantier ayant donné lieu à permis de construire et travail dissimulé le 3 mai 2013 à Maisons-Laffitte (Yvelines) ayant donné lieu à une composition pénale. M. E, qui se borne à soutenir que ces infractions ne sont pas inscrites au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, ne conteste toutefois pas la matérialité de ces faits qui n'étaient ni très anciens ni dénués de gravité à la date de la décision attaquée. La circonstance que le ministre ait, à tort, retenu que cette dernière infraction aurait été commise le 3 juin 2013 à Sainte-Geneviève-des-Bois et non à Maisons-Laffitte est toutefois sans influence sur la légalité de la décision attaquée.

11. D'autre part, la décision contestée ayant été prise non pas au motif des condamnations prononcées à l'encontre de M. E à raison des infractions précitées, mais au regard de l'opportunité de lui accorder la nationalité française compte tenu des faits dont il a été l'auteur, le requérant ne peut utilement faire valoir qu'il a fait l'objet d'une réhabilitation de plein-droit en application des dispositions de l'article 133-13 du code pénal.

12. Enfin, M. E ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 21-27 du code civil qui ne constituent pas le fondement de la décision attaquée.

13. Dans ces conditions, et eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre de l'intérieur n'a entaché sa décision ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à trois ans la demande de M. E.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

Y. LECLERC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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