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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1908688

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1908688

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1908688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée les 5 août 2019, M. A C, représenté par Philippon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision révélée par l'attitude de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de mettre fin au versement de son allocation pour demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le versement de son allocation pour demandeur d'asile dans le délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui verser rétroactivement les allocations non versées depuis le mois de janvier 2019, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de

1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure ; il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalables ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ; elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions principales de la requête et au rejet du surplus des conclusions.

Il fait valoir que M. C a été rétabli rétroactivement dans ses droits à l'allocation pour demandeurs d'asile à compter du mois de janvier 2019.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du

3 janvier 2022, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2019.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nantes n°1908656 du 22 août 2019, suspendant l'exécution de la décision implicite de suspension de l'OFII du

1er janvier 2019 et, d'autre part, enjoignant à l'Office de rétablir le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile au profit du requérant dans un délai huit jours à compter de sa notification.

Vu :

- la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 23 octobre 1992 à Tesseney (Erythrée), de nationalité érythréenne, est entré irrégulièrement en France le 1er novembre 2016. Il a déposé le

30 janvier 2017 une demande d'asile auprès du guichet unique pour demandeur d'asile de la préfecture de la Loire-Atlantique et a bénéficié à ce titre de l'allocation pour demandeur d'asile (ADA), versée par l'Office français d'immigration et d'intégration (OFII), du mois de

janvier 2017 au mois de décembre 2018. Au mois de février 2019, constatant que le versement à M. C de l'ADA correspondant au mois de janvier 2019 n'avait pas été effectué, les travailleurs sociaux du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) dans lequel l'intéressé était hébergé, ont sollicité des services de l'OFII le rétablissement du versement de l'allocation. En l'absence de ce rétablissement, les services du CADA ont réitéré leur demande auprès de l'OFII à plusieurs reprises, du mois de février au mois de mai 2019, sans que les services de l'OFII ne reprennent le versement de l'allocation au profit de M. C, ni ne notifient à celui-ci une décision relative au versement de l'allocation. Par conséquent, l'attitude de l'OFII révèle une décision implicite de cessation du versement de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du mois de janvier 2019, l'OFII ne contestant pas, au demeurant, dans son mémoire en défense, l'existence d'une telle décision. Par ordonnance n°1908656 du 22 août 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a, d'une part, suspendu l'exécution de la décision implicite de suspension de l'OFII du 1er janvier 2019 et, d'autre part, enjoint à l'Office de rétablir le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile au profit du requérant dans un délai huit jours à compter de sa notification. L'OFII a décidé de rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit du requérant. Cette régularisation, intervenue au titre de l'allocation au mois d'octobre 2019 pour un montant de 2067, 20 euros, couvre les sommes dues pour les mois suivants. Le requérant bénéficie également d'un hébergement en centre d'accueil des demandeurs d'asile depuis le 24 septembre 2018. Par décision notifiée le 29 mars 2021, la Cour nationale du droit d'asile a accordé à M. C le statut de réfugié. Par sa requête, l'intéressé demande l'annulation de la décision implicite de cessation du versement de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du mois de janvier 2019.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par décision du 20 août 2019 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce qu'il soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Dans son mémoire en défense, l'OFII fait valoir qu'en exécution de l'ordonnance n°1908656 du 22 août 2019 du juge des référés du tribunal administratif de Nantes, il a procédé au rétablissement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile au profit du requérant à compter du mois de janvier 2019. Il produit à l'appui de cette affirmation un courriel émanant du bureau des affaires juridiques de l'office précisant le détail de la régularisation opérée de janvier 2019 à octobre 2019 pour un montant total de 2 067, 20 euros. Dans ces conditions, le requérant ayant été entièrement rétabli dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fins d'annulation et d'injonction de la requête.

Sur les frais de l'instance :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 850 euros à verser à

M. C en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Philippon renonce à se prévaloir du bénéfice de l'aide juridictionnelle

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C tendant à ce que soit provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation et injonction de la requête de M. C.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Philippon une somme de 850 (huit cent cinquante) euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Philippon renonce à l'indemnité contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Thibaut Philippon et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le rapporteur,

Y. B

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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