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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1908770

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1908770

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1908770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGUERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2019, M. C B, représenté par Me Guérin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 avril 2018 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Mayenne a mis fin, à compter du 1er mai 2018, au versement de la rémunération de formation pôle emploi dont il bénéficiait ainsi que la décision de rejet du recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) de condamner Pôle emploi à lui verser, en réparation des préjudices causés par l'illégalité de la décision du 30 avril 2018, d'une part, une somme correspondant au préjudice financier subi, pour un montant de 378,59 euros, d'autre part, une somme de 1000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, assorties des intérêts au taux légal, à compter de la date de la réception par Pôle emploi de la demande préalable, et de leur capitalisation ;

3°) de mettre à la charge de Pôle emploi une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions contestées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que, d'une part, la rémunération de formation pôle emploi (RFPE) ne constitue pas une allocation d'assurance ou de solidarité et qu'en conséquence, l'article L. 5421-4 du code du travail n'est pas applicable à sa situation, d'autre part, à supposer même que la RFPE soit un revenu de remplacement au sens de l'article L. 5421-4 du code du travail, il y a lieu de faire application de l'article L. 351-1 du code de la sécurité sociale, lequel dispose que l'assurance vieillesse garantit une pension de retraite à l'assuré qui en demande la liquidation à partir de l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 ; ainsi, tant que l'allocataire ne sollicite pas la liquidation de son assurance vieillesse, il ne doit pas être assimilé aux allocataires " justifiant de la durée d'assurance " mentionnés par l'article L. 5421-4 du code du travail ;

- l'illégalité d'une décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, et peut être invoquée pour fonder un recours à fin de réparation du préjudice causé, et ce d'ailleurs quand bien même cette décision serait devenue définitive ;

- il peut prétendre à une indemnité correspondant à la RFPE qu'il aurait dû percevoir entre le 1er et le 18 mai 2018 et est ainsi fondé à demander réparation de son préjudice financier, lequel s'élève à 378, 59 euros ;

- il a droit à la réparation de son préjudice relatif aux troubles dans ses conditions d'existence et de son préjudice moral lié à cette décision illégale, évalué à 1 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2021, Pôle emploi Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 avril 2018 sont irrecevables dès lors qu'elles sont tardives ;

- à titre subsidiaire, la requête n'est pas fondée, en l'absence de faute commise.

Par une décision du 29 septembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B.

Par courrier du 12 octobre 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été avisées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'indemnisation, dès lors que la décision litigieuse qui avait un objet exclusivement pécuniaire est devenue définitive.

M. B a présenté, le 19 octobre 2022, des observations en réponse au moyen relevé d'office.

Pôle emploi a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public, enregistrées le 26 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de la sécurité sociale ;

- code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Gave, rapporteur public,

- et les observations de Me Guérin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 10 avril 1956, était indemnisé au titre de la rémunération de formation de Pôle emploi (RFPE) dans le cadre de la formation programmée du 17 octobre 2016 au 18 mai 2018 prévue dans son projet personnalisé d'accès à l'emploi (PPAE). Le 30 octobre 2017, Pôle emploi a informé M. B de la fin prochaine des versements de la RFPE, dès lors qu'eu égard à son âge et à sa durée d'assurance, il pouvait bénéficier d'une pension de retraite au taux plein et invitait celui-ci à se rapprocher de son organisme de retraite. En l'absence de notification de rejet ou d'attribution d'une pension de retraite par la caisse d'assurance vieillesse, Pôle emploi a, par courrier du 30 avril 2018, signifié à M. B l'interruption des versements de la RFPE à compter du 1er mai 2018. M. B a alors saisi le pôle social près du Tribunal de Grande Instance de Laval, avant de se désister de son action, ce qui a été acté par un jugement du 3 juillet 2019. Par un courrier du 6 août 2019, resté sans réponse, M. B a demandé au directeur de l'agence de Pôle emploi de Mayenne l'indemnisation des préjudices moraux et financiers qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de sa décision du 30 avril 2018 lui ayant retiré le bénéfice de la RFPE. Par la présente requête, M. B demande au Tribunal l'annulation de la décision du 30 avril 2018 ainsi que la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 avril 2018 par laquelle Pôle emploi a mis fin au versement de la RFPE à compter du 1er mai 2018 :

2. D'une part, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration, applicable à Pôle emploi, établissement public administratif de l'Etat, en vertu de l'article L. 100-3 du même code : " Lorsque l'administration doit notifier un document à une personne par lettre recommandée, cette formalité peut être accomplie par l'utilisation () d'un procédé électronique permettant de désigner l'expéditeur, de garantir l'identité du destinataire et d'établir si le document a été remis. L'accord exprès de l'intéressé doit être préalablement recueilli ". L'article R. 112-20 de ce code précise que : " Le document notifié est réputé avoir été reçu par son destinataire à la date de sa première consultation. Cette date peut être consignée dans un accusé de réception adressé à l'administration par le procédé prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15. / A défaut de consultation du document par son destinataire dans un délai de quinze jours, le document est réputé lui avoir été notifié à la date de mise à disposition ". Il résulte de ces dispositions que si Pôle emploi utilise, après avoir recueilli l'accord exprès de l'intéressé, un procédé électronique, qui doit répondre aux caractéristiques de ces dispositions, pour lui notifier l'information préalable prévue par les articles R. 5412-7 et R. 5426-8 du code du travail, le demandeur d'emploi est considéré comme l'ayant reçue à la date de sa première consultation, sous réserve qu'elle ait eu lieu dans un délai de quinze jours, faute de quoi le document est réputé lui avoir été notifié à la date de mise à disposition.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a donné son accord pour que les courriers lui soient notifiés dans son espace personnel sur le site de " pole-emploi.fr ". M. B n'est donc pas fondé à soutenir que la décision du 30 avril 2018 litigieuse aurait dû lui être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre sa signature dès lors qu'il a donné son accord préalable pour que les courriers lui soient notifiés par un moyen dématérialisé.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". L'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision devant faire l'objet d'un recours administratif préalable obligatoire a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

5. Aux termes de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991, lorsqu'une action en justice doit être intentée avant l'expiration d'un délai devant une juridiction du premier degré, " l'action est réputée avoir été intentée dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice est introduite dans un nouveau délai de même durée à compter : / a) De la notification de la décision d'admission provisoire ; / b) De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / c) De la date à laquelle la décision d'admission ou de rejet de la demande est devenue définitive ; / d) Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Pôle emploi justifie, par la production d'une capture d'écran représentant la liste des courriers diffusés à M. B en précisant pour chacun la date de création, le mode de diffusion et la date d'ouverture, que la décision du 30 avril 2018, laquelle comportait la mention des voies et délais de recours et, en particulier, la compétence de la juridiction administrative, lui a été notifiée le 2 mai 2018. M. B n'a effectué une demande d'aide juridictionnelle que le 6 août 2019, soit plus de deux mois après la notification régulière de la décision attaquée. Par ailleurs, à supposer même que la réponse de Pôle emploi du 6 août 2018, notifiée par courriel, lui refusant le versement de la RFPE pour le mois de mai 2018, suite aux explications du requérant concernant ses démarches tardives auprès de la CARSAT, puisse être qualifiée de réponse édictée suite à un recours gracieux, ce recours, introduit postérieurement à l'expiration du recours contentieux contre la décision du 30 avril 2018, n'a pas eu pour effet de faire courir un nouveau délai de recours contentieux. Il s'ensuit que la décision litigieuse du 30 avril 2018 était devenue définitive à la date à laquelle la requête de M. B a été enregistrée au greffe du Tribunal, le 6 août 2019. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B sont tardives et donc irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. L'action indemnitaire formée par M. B est fondée sur l'illégalité de la décision du 30 avril 2018 du directeur de l'agence de Pôle emploi de Mayenne, décision à objet pécuniaire, qui a procédé à la suppression définitive du versement de la RFPE à compter du 1er mai 2018.

8. Dès lors qu'une décision ayant un objet exclusivement pécuniaire est devenue définitive avec toutes les conséquences pécuniaires qui en sont inséparables, toute demande ultérieure présentée devant le tribunal administratif qui, fondée sur la seule illégalité de cette décision, tend à l'octroi d'une indemnité correspondant aux montants non versés ou illégalement réclamés est irrecevable.

9. L'existence de cette voie de recours parallèle dont disposait M. B rend donc irrecevables les conclusions à fin d'indemnisation de préjudices qui découleraient seulement des conséquences pécuniaires de cette décision. Or, en l'espèce, ainsi qu'il l'a été dit au point 6, la décision du 30 avril 2018 litigieuse est devenue définitive. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires présentées par M. B et tendant à l'octroi d'une indemnité correspondant d'une part, aux RFPE qui auraient dû lui être versées en mai 2018 et, d'autre part, à la réparation de son préjudice moral et troubles dans les conditions d'existence sont irrecevables.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de Pôle emploi, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la directrice régionale de Pôle emploi Pays de la Loire.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

N. A

Le président

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein l'emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Malingre

N°1908770

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