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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1908995

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1908995

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1908995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJEAN-MEIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 août 2019, 30 septembre 2021, 11 octobre 2021 et 13 septembre 2022, M. et Mme C et G F, représentés par la SELARL Pallier, Bardoul et associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2019 par lequel le maire d'Issé a délivré à Mme D un permis de construire une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section ZX n°73 ;

2°) de rejeter les conclusions présentées par Mme D sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Issé le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le maire aurait dû surseoir sur la demande de permis de construire, dès lors que la révision du plan local d'urbanisme classe le terrain d'assiette du projet en zone agricole où ne sont pas admises les nouvelles constructions ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article N3 du règlement du plan local d'urbanisme d'Issé ;

- le classement du hameau de la Claie en secteur Nv par le plan local d'urbanisme méconnaît les articles R. 123-8 et R. 123-9 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît le règlement de la zone N du plan local d'urbanisme en l'absence de desserte du terrain d'assiette par les réseaux d'eau d'électricité et d'assainissement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2019, la commune d'Issé, représentée par la SELARL CVS, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2020, Mme E D, représentée par Me Jean-Meire, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 4 octobre 2021, Mme E D, représentée par Me Jean-Meire, conclut à ce que M. et Mme F soient condamnés à lui verser une somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.

Elle fait valoir que :

- tant le recours gracieux que le recours contentieux de M. et Mme F sont purement dilatoires ;

- elle a subi un préjudice de jouissance, un préjudice moral et un préjudice financier tenant à la hausse des coûts de construction chiffrables à hauteur de 15 000 euros.

Par un courrier du 14 septembre 2022, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, tiré de l'irrecevabilité des moyens nouveaux invoqués dans le mémoire enregistré le 13 septembre 2022 portant sur l'illégalité du classement du hameau de la Claie en secteur Nv par le plan local d'urbanisme, en méconnaissance des articles R. 123-8 et R. 123-9 du code de l'urbanisme, et sur la méconnaissance du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme en l'absence de desserte du terrain d'assiette par les réseaux d'eau d'électricité et d'assainissement, compte tenu de la cristallisation des moyens intervenue en application du premier alinéa de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de M. et Mme F et celles de Me Léon, avocate de la commune d'Issé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 mars 2019, le maire d'Issé a délivré à Mme D un permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section ZX n°73. Par une décision du 19 juin 2019, le maire d'Issé a rejeté le recours gracieux formé par M. et Mme F, voisins immédiats du projet, à l'encontre de ce permis de construire. Les requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 mars 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. / La délibération prise en application de l'alinéa précédent est notifiée aux personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9. / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ". Aux termes de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le lotissement a fait l'objet d'une déclaration préalable, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de non-opposition à la déclaration préalable, et ce pendant cinq ans à compter de cette même date. ".

3. Il résulte du rapprochement de ces dispositions que, si l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme ne fait pas obstacle, par lui-même, à ce que la demande de permis de construire déposée dans les 5 ans suivant l'achèvement d'un lotissement fasse l'objet du sursis à statuer prévu par l'article L. 153-11 du même code, le prononcé de ce sursis ne peut être fondé, dans une telle hypothèse, sur la circonstance que la réalisation du projet de construction litigieux serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreux l'équilibre d'un plan local d'urbanisme en cours d'élaboration, dès lors que cette circonstance, postérieure à la date d'autorisation du lotissement, qui repose sur l'anticipation de l'effet que les règles futures du plan local d'urbanisme auront sur l'autorisation demandée, ou celle-ci sur leur mise en œuvre, ne pourrait motiver un refus ou l'édiction de prescriptions spéciales portant sur le permis demandé sans méconnaître les dispositions de l'article L. 442-14.

4. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section ZX n°73 est issue de la division des parcelles cadastrées section ZX n°s 31, 32, 34, 51 et 54 réalisée en vue de la création d'un lotissement de 3 lots à bâtir, ayant fait l'objet d'une déclaration préalable de Mme D enregistrée en mairie d'Issé le 9 mars 2017, lotissement dont elle constituait le lot n°2. Par un arrêté du 21 mars 2017, le maire de cette commune a décidé de ne pas faire opposition à cette déclaration préalable. La déclaration attestant de l'achèvement et de la conformité des travaux, réceptionnée le 3 février 2020 la commune d'Issé, fait état d'un achèvement du chantier à la date du 3 avril 2017. En l'absence de tout transfert de propriété ou de jouissance du lot dont aurait résulté la division d'une parcelle, le bénéficiaire d'un arrêté de non-opposition à déclaration préalable de lotissement ne peut se prévaloir, à l'occasion d'une demande de permis de construire, des droits attachés, en vertu de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme, au lotissement autorisé, dont le projet de construction ne pouvait relever. Mme D faisant valoir que la construction autorisée par le permis de construire en litige a vocation à devenir sa résidence principale, la division autorisée par l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable de division parcellaire du 21 mars 2017, n'a pas entraîné de transfert de propriété ou de jouissance du lot n°2. Par suite, l'arrêté du 21 mars 2017 n'a pas eu pour effet de cristalliser les règles d'urbanisme applicables à cette date.

5. Toutefois, si, à la date de la décision attaquée, le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme d'Issé, dont la révision avait été prescrite par une délibération du conseil municipal du 24 septembre 2015, avait eu lieu, les requérants ne démontrent pas qu'à la date à laquelle le maire d'Issé a statué sur la demande de permis de construire Mme D, soit le 7 mars 2019, les orientations du futur plan local d'urbanisme révisées débattues lors du conseil du 19 avril 2018 étaient suffisamment précises pour faire regarder le projet de la pétitionnaire comme étant de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Par ailleurs, les requérants n'établissent ni même n'allèguent que le projet en litige, qui porte sur la construction d'une maison individuelle de 86,20 m² de surface de plancher, sur une parcelle de 819 m², environnée à l'est, au nord et au nord-ouest, de constructions, serait d'une importance telle qu'elle compromettrait l'exécution du projet de PLU en tant que son règlement aurait interdit à la date de la décision attaquée toute habitation nouvelle en zone agricole. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que, en ne sursoyant pas sur la demande de permis de construire, le maire d'Issé aurait entaché l'arrêté du 7 mars 2019 d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Aux termes de l'article N3 " Accès et voirie " du règlement du plan local d'urbanisme d'Issé, dans sa version applicable au litige : " 3.1. Accès. / 3.1.1. Toute autorisation peut être refusée sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées permettant la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Elle peut également être refusée si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. / (). ". Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est desservi par un cheminement interne, lequel débouche sur un chemin rural. La circonstance que ce cheminement interne, d'une largeur de quatre mètres, présente sur une partie de sa longueur une étroite bande enherbée, dont il n'est pas même allégué qu'elle ne serait pas praticable, ne fait pas obstacle à l'accès des engins de lutte contre l'incendie. Si les requérants soutiennent que " l'accès au chemin communal ne présente aucune sécurité ", ils se bornent à indiquer cet accès sur le plan de géomètre réalisé dans le cadre de la déclaration préalable à laquelle le maire n'a pas fait opposition le 21 mars 2017 au moyen d'une flèche, de sorte que cette branche du moyen n'est pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article N3 du règlement du plan local d'urbanisme d'Issé doit être écarté.

7. Si les requérants excipent de l'illégalité du classement du terrain d'assiette en secteur Nv et soutiennent que la décision méconnaît le règlement applicable de la zone naturelle du plan local d'urbanisme d'Issé, ces moyens sont irrecevables dès lors qu'ils ont été soulevés le 13 septembre 2022 soit postérieurement au délai de deux mois, à compter de la communication le 3 février 2020 du premier mémoire en défense, fixé par l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme. Par suite, les deux moyens susmentionnés sont irrecevables.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

9. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire () est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. (). ".

10. Il ne résulte pas de l'instruction que le droit des requérants d'exercer un recours pour excès de pouvoir contre le permis de construire attaqué aurait été mis en œuvre dans des conditions traduisant un comportement abusif de leur part, quand bien même les moyens invoqués se révèlent tous être infondés. Dès lors les conclusions présentées par la pétitionnaire sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants le versement à la commune d'Issé ainsi qu'à Mme D d'une somme de 750 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce même titre à la charge de la commune, qui n'est pas partie perdante à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme D au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 3 : M. et Mme F verseront à la commune d'Issé et à Mme D une somme de 750 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et G F, à la commune d'Issé et à Mme E D.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

C. B

Le président,

A. A DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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