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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1909236

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1909236

mercredi 24 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1909236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 août 2019, 17 octobre et 18 mars 2021, Mme B C, représentée par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2019 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Elle soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été rendu conformément à la règlementation en vigueur, au regard en particulier, de la participation du médecin instructeur au collège de médecins ayant rendu l'avis et au fait que l'avis n'a pas été émis au terme d'un débat collégial ;

- l'avis du collège des médecins de l'OFII ne permet pas clairement l'identification de ses auteurs, dès lors qu'il comporte des signatures illisibles ;

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation au regard de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quant à l'accès effectif au traitement approprié dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2021, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une décision du 5 novembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle (section administrative) du tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme C à l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 14 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante congolaise née le 15 juin 1945 à Bandudu (République Démocratique du Congo), est entrée en Italie munie d'un visa " regroupement familial " le 2 avril 2008. Elle est entrée en France le 25 octobre 2011 munie d'une carte de séjour remise par les autorités italiennes valable jusqu'au 19 janvier 2012. S'étant maintenue en France au-delà de trois mois, elle a déposé le 10 avril 2012 un dossier sollicitant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir bénéficié de deux autorisations provisoires de séjour et de plusieurs titres sur ce fondement, elle a sollicité, le 5 avril 2019, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étrangère malade. Après avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 10 juillet 2019, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre sollicité, par arrêté du 16 juillet 2019. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". Aux termes de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22.() / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

3. D'une part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de communiquer à l'étranger l'avis du collège de médecins émis dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Le préfet de Maine-et-Loire ayant versé dans la présente instance l'avis du collège de médecins de l'OFII du 15 mars 2021, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'irrégularité faute pour le préfet d'apporter la preuve qu'il a recueilli cet avis.

4. D'autre part, il ressort de l'examen de l'avis du 10 juillet 2019 du collège de médecins de l'OFII, versé au dossier par le préfet, et du bordereau de transmission joint, que le rapport sur l'état de santé de Mme C a été établi le 27 mai 2019 par un médecin, qui, contrairement à ce qui est soutenu par la requérante, ne faisait pas partie du collège de médecins de I'OFII ayant émis un avis sur l'état de santé de la requérante. Il s'ensuit que l'avis a été émis dans le respect des dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment dans le respect de la règle selon laquelle le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Enfin, l'avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émet l'avis suivant " qui fait foi du caractère collégial de l'avis jusqu'à preuve contraire, preuve qu'aucun élément du dossier ne vient établir. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'OFII a été signé par les trois membres du collège dont les noms figurent au-dessus de leurs signatures. Le moyen tiré de ce que cet avis ne permettrait pas l'identification des médecins dont il émane, du fait du caractère illisible de leurs signatures, doit donc être écarté. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un certificat de résidence. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un certificat de résidence dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Pour refuser la délivrance à Mme C d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point 2, le préfet de Maine-et-Loire s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celle-ci peut bénéficier des soins appropriés à son état dans son pays d'origine vers lequel il lui est possible de voyager. Pour contester la décision préfectorale, la requérante verse à l'instance un certificat médical établi le 19 août 2019 par un médecin, praticien hospitalier dans le service de cardiologie au centre hospitalier universitaire d'Angers, certifiant avoir pris en charge en 2011 la requérante pour une hypertension artérielle sévère qui est désormais équilibrée sous bi-thérapie anti hypertensive et précisant que son état de santé nécessite un suivi médical régulier et la poursuite de ce traitement. Toutefois, ce document se contente d'établir la réalité de la pathologie de la requérante sans se prononcer sur l'accès effectif aux soins dans son pays d'origine. Si Mme C soutient que, pour des raisons financières, elle ne pourra pas avoir accès aux soins dont elle a besoin, et que le système de santé congolais souffre de défaillances, en s'appuyant sur un rapport d'information médicale sur le pays de la République démocratique du Congo de décembre 2020, non produit et de portée générale et impersonnelle, ces seuls éléments ne suffisent pas à démontrer la réalité de ses allégations. Dès lors, les éléments produits par l'intéressée ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du collège de médecins du service médical de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Seguin.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2022.

La rapporteure,

N. A

Le président,

L. MARTINLa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

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