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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1909323

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1909323

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1909323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMACE-ZIMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2019, M. D G, représenté par Me Annabelle Macé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 novembre 2018 par laquelle le préfet du Bas-Rhin a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;

2°) d'annuler la décision du 4 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur, statuant sur le recours formé contre cette décision préfectorale, a ajourné à deux ans cette dernière demande à compter du 27 novembre 2018 ;

3°) de lui attribuer la nationalité française, à défaut, d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de procéder à un nouvel examen de cette demande dans le mois suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2019, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. G.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale ne sont pas recevables dès lors que sa décision du 4 juin 2019 s'y est substituée ;

- les moyens critiquant la légalité de cette décision ne sont pas fondés ;

- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, sont sans incidence sur sa légalité.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 août 2023 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. D G est un ressortissant tchadien. Il a présenté, auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 27 novembre 2018, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de deux ans avant qu'il ne puisse de nouveau solliciter sa naturalisation. M. G a, pour contester cette décision et comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté le 4 juin 2019, le ministre de l'intérieur estimant également que la demande de naturalisation devait être ajournée à deux ans à compter du 27 novembre 2018. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision et de la décision préfectorale.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale du 27 novembre 2018 :

2. Eu égard au caractère obligatoire du recours institué à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur statue sur ce recours se substitue à celle de l'autorité préfectorale. Seule la décision ministérielle est, par suite, susceptible de faire l'objet d'un recours devant le tribunal. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision opposée par le préfet du Bas-Rhin du 27 novembre 2018 sont, ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle du 4 juin 2019 :

3. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Ce même décret autorise, en son article 3, cette directrice à déléguer elle-même cette signature.

4. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme A B, directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, nommée dans ces fonctions par décret du président de la République du 28 septembre 2016, régulièrement publié, a donné à Mme C E, attachée d'administration de l'Etat, une délégation pour signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'une délégation de signature exécutoire au bénéfice de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () ajournant () une demande () de naturalisation () doit être motivée ", c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'autorité statuant sur la demande de naturalisation n'a dès lors pas l'obligation d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mais uniquement ceux sur lesquels elle estime pouvoir fonder sa décision.

6. La décision attaquée du 4 juin 2019 se réfère aux articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 qui permettent au ministre de l'intérieur d'ajourner jusqu'à l'expiration d'un certain délai une demande de naturalisation. Elle mentionne que la demande de naturalisation est ajournée à deux années au motif que M. G a été l'auteur de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours le 24 août 2015 qui a donné lieu à un rappel à la loi. Dès lors, cette décision est motivée au sens des dispositions précitées de l'article 27 du code civil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au ministre de l'intérieur de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne qui la sollicite et qu'il dispose, en cette matière, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen, il peut légalement prendre en compte des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de l'intéressé.

8. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de la plainte déposée à l'encontre de M. G à raison des faits rapportés par la décision attaquée, que l'intéressé a donné deux gifles à sa sœur qui était alors enceinte de cinq mois et que ce geste, commis dans le cadre d'une dispute d'ordre familial, a généré, pour la victime, une incapacité temporaire totale d'une durée d'une journée. Le requérant exprime ses regrets quant à ces faits, fait état du contexte dans lequel il les a commis. Il relève que sa sœur lui a pardonné et qu'elle a fait part, au procureur de la République, de son souhait de retirer sa plainte. Cependant, les faits en cause sont, eu égard en particulier à l'état de grossesse de la victime, d'une certaine gravité et d'une ancienneté qui n'était que de quatre années à la date de la décision attaquée. En conséquence, le ministre de l'intérieur, compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont il dispose lorsqu'il détermine s'il existe un intérêt à accorder la naturalisation, n'a pas, en ajournant pendant une durée de deux années la demande de M. G, commis d'erreur d'appréciation présentant un caractère manifeste, ni, en tout état de cause, d'erreur de droit.

9. En dernier lieu, M. G fait valoir des éléments de sa situation, relatifs notamment à son intégration professionnelle, à la fixation du centre de ses intérêts familiaux en France et à sa connaissance de la langue française. Il doit être ainsi regardé comme soutenant qu'il remplit des conditions requises pour ne pas se voir refuser l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Cependant, la décision attaquée est fondée sur un motif qui permet à lui seul de légalement la justifier. En conséquence, même s'ils sont dignes d'intérêt, les éléments avancés par M. G sont sans incidence sur la légalité de cette décision.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 27 novembre 2018 et 4 juin 2019 ajournant à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. G doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de lui accorder la nationalité française doivent, en tout état de cause, être rejetées. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction de procéder à un nouvel examen de la demande de naturalisation. Doivent enfin être rejetées les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D G ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

Le rapporteur,

D. F

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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