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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1909539

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1909539

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1909539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2019, M. C A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal:

1°) son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 8 juillet 2019 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la décision juridictionnelle à venir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé valant autorisation de séjour et de travail le temps du réexamen de sa demande ou de la fabrication de son titre de séjour ;

5°) si l'aide juridictionnelle a été accordée au requérant à la date à laquelle le tribunal statue, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-648 relative à l'aide juridique ;

6°) s'il n'a pas été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle à la date à laquelle le tribunal statue ou si sa demande d'aide juridictionnelle a été rejetée, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2019, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du

17 novembre 2021, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

30 juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. B au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 31 juillet 1977 à Makhatchala en Russie, de nationalité russe, est entré irrégulièrement en France le 7 septembre 2004. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 janvier 2005, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 22 mai 2006. Le 31 mai 2006, une obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre, dont la légalité a été admise par le tribunal administratif de Nantes le 23 octobre 2009, puis la cour administrative d'appel de Nantes le 23 mars 2010. Il a par la suite obtenu une carte de séjour temporaire en qualité de salarié, valable du 15 mai 2012 au 14 mai 2014. Le 11 avril 2014, l'intéressé s'est déclaré en tant qu'auto-entrepreneur dans le commerce de véhicules. A ce titre, des cartes de séjour temporaire en qualité de commerçant, valables du 2 décembre 2014 au 10 février 2017, lui ont été délivrées. Lors de la demande de renouvellement du dernier titre de séjour " entrepreneur/profession libérale ", un refus lui a été opposé le 11 septembre 2017 en raison de l'insuffisance des ressources issues de son activité. Depuis cette date, le requérant a poursuivi son activité de commerce de véhicules sans titre de séjour. Le 13 septembre 2018, il a sollicité une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 313-11 (7°) ou L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir sollicité l'avis de la commission du titre de séjour, laquelle a rendu un avis défavorable le 6 juin 2019, le préfet de la Vendée a rejeté sa demande par une décision du 8 juillet 2019, tout en précisant qu'il était disposé à examiner une demande de titre de séjour sur un autre fondement, notamment au titre du travail. Par la présente requête M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par décision du 30 juillet 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que le requérant soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 2004, avec son épouse, entrée sur le territoire national le 8 mars 2013, et leurs deux enfants mineurs nés en 2017 et 2019. Il soutient qu'il travaille de façon régulière en qualité d'auto-entrepreneur dans l'activité du commerce de véhicules d'occasion, secteur qui connaît, selon ses dires, une forte croissance, l'intéressé indiquant par ailleurs qu'en 2018 son chiffre d'affaires était de 277 053 euros et son bénéfice de 49 036 euros, soit un résultat multiplié par trois depuis 2016. Cependant, il ressort des pièces du dossier, que le résultat net comptable de l'entreprise au titre de l'année 2017 n'était que de 19 474 euros et M. A n'établit pas le montant de revenus personnels dégagés de cette activité. Dès lors, M. A qui ne démontre pas que cette activité, dont la création était au demeurant récente à la date de la décision attaquée, lui permettait disposer de revenus stables et suffisants pour subvenir à l'entretien de sa famille. Si l'intéressé se prévaut également de son intégration et de celle de sa famille, fait valoir qu'il est locataire d'un appartement et que son fils aîné est entré à l'école en septembre 2019, il ressort des pièces du dossier que son épouse était en situation irrégulière depuis 2014 et que ses enfants n'étaient pas scolarisés à la date de la décision attaquée. Si M. A souligne également ses activités bénévoles auprès de l'association " la clé de sol ", il n'établit pas, cependant, avoir tissé en France des liens personnels ou familiaux intenses, stables et anciens. Enfin, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent par suite être écartés.

5. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

6. Saisie d'une demande présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présente pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Ces dispositions laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis, pour apprécier l'opportunité de régulariser la situation de l'étranger qui s'en prévaut, d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. M. A se prévaut des mêmes circonstances que celles évoquées au point 4. Cependant, alors en tout état de cause, que son épouse est en situation irrégulière depuis 2014 et que les revenus dégagés par M. A de son activité d'auto-entrepreneur dans le commerce de véhicules sont inférieurs au SMIC et ne lui permettent pas de subvenir à l'entretien de sa famille, le requérant n'établit pas que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Le préfet de la Vendée n'a donc commis aucune erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Vendée et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le rapporteur,

Y. B

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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