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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1909586

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1909586

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1909586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP GUILLEMIN & MSIKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2019, M. B A, représenté par

Me Msika, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 janvier 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du préfet de police de Paris, du

31 janvier 2019, ajournant à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'annuler la décision du préfet de police de Paris du 31 janvier 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- cette décision méconnaît le principe du contradictoire ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité malienne né le 5 décembre 1967, titulaire d'une carte de résident, a sollicité la nationalité française auprès du préfet de police de Paris qui a, par une décision du 31 janvier 2019, ajourné à deux ans sa demande de naturalisation au motif que son comportement au regard de ses obligations fiscales était sujet à critiques. L'intéressé a exercé un recours hiérarchique contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur. Par une décision explicite du 29 janvier 2020, le ministre de l'intérieur a rejeté ce recours. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du préfet de police de Paris du 31 janvier 2019 ainsi que la décision du 29 janvier 2020 du ministre de l'intérieur.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision du préfet de police de Paris du 31 janvier 2019 :

2. Aux termes de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours () constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet.

3. Par application des dispositions précitées, la décision du ministre de l'intérieur du

29 janvier 2020 s'est substituée à la décision du préfet de police de Paris du 31 janvier 2019. Il en résulte que les conclusions de la requête dirigées contre cette décision préfectorale du

31 janvier 2019 doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision ministérielle du 29 janvier 2020.

En ce qui concerne la décision du ministre de l'intérieur du 29 janvier 2020 :

4. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du

27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 28 septembre 2016, publié au journal officiel de la république française du 29 septembre 2016, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au journal officiel de la république française du 2 septembre 2018, Mme C a accordé à Mme E, chargée du traitement des recours administratifs préalables obligatoires du bureau des affaires juridiques, du pré-contentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait.

5. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire n'est pas assorti de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur son comportement.

7. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé a déclaré, à tort, avoir à charge un enfant né le 27 octobre 1998 au titre des revenus 2015 et 2016. M. A fait valoir qu'il a sollicité de l'administration des impôts une rectification de sa situation fiscale à l'effet de retirer son enfant mineur né en 1998 au titre des revenus de 2016. Toutefois, cette demande faite le 26 février 2019, soit postérieurement à la décision du préfet de police de Paris, demeure sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de M. A au motif de son comportement fiscal sujet à critiques, alors même que l'intéressé se prévaut de sa bonne intégration dans la société française.

8. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le rapporteur,

E. D

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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