mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1909799 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELASU TSHEFU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2019, Mme B A Épouse C, représentée par Me Ishefu, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 février 2019 par laquelle le préfet de la Guyane a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait légalement lui opposer la circonstance que ses ressources proviennent de prestations compensant l'éducation de ses douze enfants et le handicap de son époux ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est alors impossible d'acquérir la naturalisation pour une mère au foyer devant s'occuper quotidiennement de son époux âgé.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est dirigée contre la décision préfectorale à laquelle s'est substituée sa décision du 20 juin 2019 ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- si un réexamen de la demande de naturalisation de Mme C devait être enjoint, un délai qui ne saurait être inférieur à six mois devrait être accordé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 17 février 2019, le préfet de la Guyane a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de Mme A épouse C, ressortissante guyanienne née le 14 décembre 1965. Par une décision du 20 juin 2019, le ministre de l'intérieur a rejeté son recours formé à l'encontre de cette décision préfectorale.
2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () " Il résulte de ces dispositions que la décision du ministre de l'intérieur du 20 juin 2019 s'est substituée à la décision préfectorale du 17 février 2019. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme étant uniquement dirigées à l'encontre de la décision ministérielle.
3. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que les moyens tirés de l'incompétence et de l'insuffisance de motivation de la décision du préfet de la Guyane sont inopérants.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le niveau et la stabilité de ses ressources. Pour rejeter une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, l'autorité administrative ne peut se fonder ni sur l'existence d'une maladie ou d'un handicap ni, par suite, sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé lorsqu'elle résulte directement d'une maladie ou d'un handicap.
5. Le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de Mme C au motif que l'examen de son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'elle a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes et stables, par ailleurs actuellement tirées pour l'essentiel de prestations sociales.
6. Mme C soutient qu'elle a choisi de ne pas exercer d'activité professionnelle afin d'élever ses enfants nés entre 1984 à 2011 et s'occuper au quotidien de son époux, âgé et malade, et que le ministre de l'intérieur ne pouvait légalement se fonder sur l'insuffisance de ses ressources résultant directement du handicap de son époux et compensant l'éducation de ses enfants. Toutefois, l'éventuelle perception par son époux de la prestation d'allocation de solidarité des personnes âgées ne compense pas un handicap et l'absence d'activité professionnelle de la requérante pour veiller à l'éducation de ses enfants relève d'un libre choix, à l'inverse d'une maladie ou d'un handicap. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, son époux, perçoit une retraite d'un montant d'environ 900 euros, Mme C, le revenu de solidarité active d'un montant d'environ 300 euros et leur foyer, 524 euros d'allocation de logement et 664 euros d'allocations familiales sous conditions de ressources. Il ressort par ailleurs du recours administratif de Mme C du 3 février 2019 qu'elle a tenté sans succès de créer sa propre entreprise. Alors qu'elle a librement choisi de ne pas travailler pour veiller à l'éducation de ses enfants dont le plus jeune était âgé de huit ans à la date de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de son époux nécessite sa présence quotidienne auprès de lui ni que la situation professionnelle de la requérante, âgée de cinquante-quatre ans à la date de la décision attaquée, n'est pas susceptible d'évoluer dans le sens d'une insertion professionnelle plus aboutie. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur, qui a fait usage de son large pouvoir d'apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de Mme C en raison de l'insuffisance de ses ressources propres permettant de lui assurer de manière stable et pérenne une autonomie matérielle.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation. Par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, sa requête, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
H. D
La présidente,
H. ROULAND-BOYER La greffière,
A-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026