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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1909910

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1909910

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1909910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantWAHRHEIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 9 septembre 2019, enregistrée le 11 septembre 2019 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. A.

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2019 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. C A, représenté par Me Wahrheit, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juin 2019 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle a rejeté son recours dirigé contre la décision du 17 octobre 2018 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest lui a retiré sa carte professionnelle d'agent de sécurité, ainsi que cette dernière décision ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui restituer sa carte professionnelle ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités de sécurité privée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté et que le délai qui lui a été laissé pour présenter ses observations était trop bref ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits qui lui sont reprochés sont anciens ;

- elle est disproportionnée au regard de la nature des faits qui lui sont reprochés et à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2020, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions de la requête dirigées contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest sont irrecevables dès lors que la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle s'y est substitué ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A s'est vu délivrer, par décision de la commission interrégionale d'agrément et de contrôle d'Ile-de-France du 13 septembre 2016, une carte professionnelle l'autorisant à exercer les activités privées de sécurité de surveillance humaine ou électronique pour une durée de cinq ans. Par décision du 17 octobre 2018, la commission locale d'agrément et de contrôle ouest lui a retiré sa carte professionnelle au motif qu'il ne remplissait plus les conditions posées à l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Le 13 novembre 2018, M. A a saisi le commission nationale d'agrément et de contrôle d'un recours administratif préalable. Par décision du 13 juin 2019, la commission nationale d'agrément et de contrôle a rejeté le recours administratif préalable formé par M. A, et maintenu le retrait de sa carte professionnelle. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. ". Aux termes de l'article R. 633-9 du code de la sécurité intérieure : " Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. Une copie en est adressée à la commission locale d'agrément et de contrôle concernée. "

3. Il ressort des pièces du dossier que, par décision du 13 juin 2019, la Commission nationale d'agrément et de contrôle a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A en application des dispositions précitées de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure. Cette décision s'étant substituée, en vertu des dispositions de l'article R. 633-9 du même code, à celle de la délibération du 17 octobre 2019 de la commission locale d'agrément et de contrôle ouest, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par lettre recommandée avec accusé de réception du 10 septembre 2018, présenté à son domicile le 14 septembre suivant, la commission locale d'agrément et de contrôle a informé M. A de ce qu'elle était susceptible de procéder au retrait de sa carte professionnelle à raison des faits de contrefaçon ou falsification de chèque, usage de chèque contrefait ou falsifié et recel de bien provenant d'un vol commis le 22 novembre 2016, et l'a invité à présenter ses observations dans un délai de 15 jours. Si M. A fait valoir avoir été à l'étranger durant cette période, il justifie cependant être rentré en France le 24 septembre 2018 et était, ainsi, en mesure de retirer ce courrier adressé par recommandé et de présenter ses observations avant que n'intervienne, le 17 octobre 2018, la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle. Au surplus, il a pu, à l'occasion de son recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, faire valoir ses observations. Ainsi, la décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle, qui se substitue à la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle, a été prise après que M. A a été mis en mesure de présenter ses observations sur les faits susceptibles de fonder la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa version en vigueur à la date de la décision litigieuse : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () / Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. / La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2°, 3°, 4° et 5° du présent article () ".

7. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative, qui vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Cette enquête peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale. L'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est, en revanche, amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

8. Au cas particulier, pour rejeter le recours administratif de M. A dirigé contre le retrait de sa carte professionnelle l'autorisant à exercer les fonctions d'agent de sécurité privée, la Commission nationale d'agrément et de contrôle s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé avait été mis en cause, le 22 novembre 2016, en qualité d'auteur de faits de contrefaçon ou falsification de chèque, de recel de bien provenant d'un vol et d'usage de chèque contrefait ou falsifié commis le 5 février 2016 à Sevran.

9. En premier lieu, si M. A conteste la matérialité de faits du 21 décembre 2013 commis à Sevran et du 28 décembre 2015 commis à Garges-les-Gonesse, ces faits ne sont cependant pas visés dans la décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle. En outre, s'agissant des faits de falsification de chèque et usage de chèque falsifié commis le 5 février 2016 à Sevran, s'il fait valoir ne pas avoir eu connaissance du caractère frauduleux du chèque qui lui avait été remis pour paiement d'un véhicule, il a cependant reconnu les faits en cause à l'occasion d'un recours administratif formé le 4 juin 2018 contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle refusant de lui délivrer un agrément en qualité de dirigeant d'une société de sécurité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la révélation de ces faits intervenue le 22 novembre 2016 est postérieure à la décision par laquelle la commission interrégionale d'agrément et de contrôle d'Ile-de-France lui a, le 13 septembre 2016, délivré une carte professionnelle l'autorisant à exercer les activités privées de sécurité. En outre, ces faits n'étaient pas anciens à la date de la décision attaquée. Au vu de ces éléments, la CNAC n'a pas commis une erreur d'appréciation en considérant que les agissements de M. A relevaient d'un manquement à la probité, et étaient incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité.

11. En dernier lieu, la circonstance alléguée par le requérant selon laquelle le retrait litigieux de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée aurait des conséquences sur sa situation personnelle et familiale est sans influence sur la légalité de la décision attaquée.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander à l'annulation de la délibération de la Commission nationale d'agrément et de contrôle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent en conséquence être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qui soit mise à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

S. DEGOMMIER La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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