jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1909955 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MOINE - DEMARET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 12 septembre 2019, 31 mai 2021, 2 juin 2021, 10 novembre 2022 et 16 août 2021, Mme C E, représentée par Me Moine, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2019 par laquelle la ministre du travail a autorisé son licenciement pour inaptitude ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le mémoire de la Société Orléanaise d'Assainissement (SOA) du 3 novembre 2022, déposé et communiqué la veille de la clôture de l'instruction, doit être écarté des débats dès lors que cette production tardive a préjudicié au débat contradictoire ;
- c'est à tort que la ministre du travail a considéré que la décision de l'inspecteur du travail du 13 février 2019 était entachée d'un vice de procédure ;
- la décision d'autorisation de licenciement litigieuse a été prise à l'issue d'une procédure de licenciement irrégulière, dès lors que la SOA ne justifie pas que la convocation lui a été adressée en tant qu'élue de la délégation unique de personnel ;
- elle est illégale, dès lors que l'inaptitude motivant l'autorisation de licenciement est en rapport avec les fonctions représentatives qu'elle exerce, son état de santé s'étant dégradé et ayant donné lieu à la reconnaissance d'une maladie professionnelle liée aux pressions qu'elle a subies dans l'exercice de ses mandats syndicaux successifs ;
- elle est illégale, dès lors que l'employeur n'a pas satisfait à ses obligations de reclassement dans la mesure où aucune offre ne lui a été proposée dans le périmètre géographique de la Sarthe, alors que le groupe auquel appartient la SOA y possède d'autre sociétés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 janvier 2020 et 3 novembre 2022, la SOA, représentée par Me Sapène, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme E de la somme de 1500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
L'instruction, dont la clôture avait été prononcée le 4 novembre 2022 par l'ordonnance du 18 octobre 2022, a été rouverte implicitement, le 10 novembre 2022, par la communication d'un mémoire.
Un mémoire produit le 15 novembre 2022 par la SOA n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme A ;
- les conclusions de M. Gave, rapporteur public ;
- et les observations de Me Garcia, substituant Me Sapène, représentant la SOA.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a été recrutée, le 14 février 2005, par contrat à durée indéterminée, en qualité d'assistante commerciale, par la Société Orléanaise d'Assainissement (SOA), société appartenant au groupe SARP, filiale du groupe Veolia. Affectée à l'agence du Mans, elle a été élue membre de la délégation unique du personnel, en dernier lieu, le 18 avril 2016 et a exercé à ce titre, à compter de 2014, les fonctions de trésorière du comité d'entreprise de la SOA. Elle a été également déléguée syndicale. Par un avis médical rendu le 8 octobre 2018, le médecin du travail a déclaré Mme E inapte au poste d'assistante commerciale et à tout autre poste dans l'entreprise SOA mais apte à travailler dans une autre organisation. Compte tenu de l'inaptitude de Mme E et de l'impossibilité d'assurer son reclassement, la SOA a, par un courrier du 28 novembre 2018, sollicité l'autorisation de la licencier pour inaptitude. Par une décision du 22 janvier 2019, l'inspecteur du travail a refusé d'accorder cette autorisation, au motif qu'il existait un lien entre la demande d'autorisation de licenciement et l'exercice de ses fonctions représentatives par l'intéressée. Par une décision du 15 juillet 2019, la ministre du travail a, d'une part, annulé la décision de l'inspecteur du travail du 22 janvier 2019, au motif de la méconnaissance de la procédure contradictoire, et, d'autre part, autorisé le licenciement de Mme E, considérant l'absence de lien entre ce licenciement et l'exercice de ses mandats. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'administration de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé sans rechercher la cause de cette inaptitude. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
3. Pour accorder l'autorisation de licenciement sollicitée, la ministre du travail a retenu que si Mme E a effectivement connu des difficultés dans le cadre de l'exercice de ses mandats dont l'employeur est partiellement responsable, ces éléments ne sont pas suffisants à caractériser un lien direct et indubitable avec la dégradation de l'état de santé ayant abouti à son inaptitude.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a entretenu des relations conflictuelles avec ses supérieurs hiérarchiques, notamment M. D, directeur de l'agence du Mans de la SOA, et M. B, directeur général de la SOA et président du comité d'entreprise. Cette dégradation des relations s'est traduite par des saisines récurrentes, par Mme E, de l'inspection du travail, compte tenu notamment de ses difficultés à prendre ses heures de délégation, eu égard à sa charge de travail. De plus, en 2014, alors que Mme E avait été nommée trésorière du comité d'établissement, fonction pour laquelle elle n'était pas formée et alors même qu'elle ne pouvait prendre l'intégralité des heures de délégation, son employeur a engagé, par courrier du 23 mai 2014, à son encontre une procédure disciplinaire, dont il était indiqué qu'elle pouvait aller jusqu'au licenciement, sans apporter toutefois de précision quant aux motifs de la décision envisagée. Cette procédure a abouti au prononcé d'un avertissement, pour accomplissement défectueux des missions liées à son emploi d'assistante commerciale, reproche que Mme E avait contesté en faisant état, de son côté, d'une charge de travail excessive et en augmentation, de tâches pour lesquelles elle n'était pas formée, d'objectifs fixés par ses supérieurs, créateurs d'injonctions contradictoires, et de l'impossibilité de prendre ses heures de délégation, nécessaires à l'exercice de ses fonctions représentatives. Mme E fait également part des difficultés rencontrées dans la tenue de la comptabilité du comité d'entreprise, liées, en particulier, à sa non-maîtrise du logiciel appelé
" money ", et au fait que, si le directeur opérationnel de la SOA avait mis à sa disposition un logiciel plus simple, dénommé Bank Perfect, celui-ci n'était pas configuré pour établir un bilan. Si, finalement, la nomination d'un trésorier-adjoint et le recours à un cabinet de consultant extérieur ont permis à Mme E de présenter une analyse des comptes 2015 et 2016 lors de réunions du comité d'entreprise qui se sont tenues en 2017, le retard pris pour assurer cette présentation avait entrainé la mise en cause de sa probité dans la gestion des comptes, par le président du comité d'établissement et d'autres représentants du personnel, avant que le caractère irréprochable de cette gestion ne soit établi par le consultant extérieur l'ayant vérifiée. Par ailleurs, si l'employeur de Mme E a, par courrier du 1er juin 2015, allégé les missions échues à l'intéressée afin de lui permettre d'exercer ses mandats dans de bonnes conditions, il ressort des pièces du dossier, en particulier de nombreuses attestations suffisamment précises, concordantes et circonstanciées émanant d'autres représentants du personnel, que le directeur général de la SOA et d'autres représentants de la direction ont à plusieurs reprises, lors de réunions du comité d'entreprise, tenu des propos désobligeants, vexatoires et humiliants à l'égard de Mme E, seule femme parmi les 18 élus au comité. Enfin, la médecine du travail indique dans un courrier du 13 juin 2014 que l'état de santé de Mme E s'est dégradé suite à une organisation délétère du travail. Dans ce contexte, Mme E a notamment bénéficié d'arrêts de maladie du 25 mai au 6 août 2014 et du 16 au 27 janvier 2017. Par un courrier du 18 juin 2020, le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles a reconnu la maladie déclarée le 9 janvier 2017, portant sur un épuisement professionnel, comme maladie professionnelle. Au regard de l'ensemble de ces circonstances ainsi que du contenu des courriers échangés entre la salariée et son employeur, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le conseil de prud'hommes du Mans, dans son jugement du 3 février 2021, a estimé que Mme E ne produisait aucun élément pouvant laisser supposer qu'elle ait effectivement fait l'objet de brimades, dénigrements et mise en quarantaine depuis que M. D est son supérieur hiérarchique, l'inaptitude constatée de l'intéressée à son emploi doit être regardée comme résultant d'une dégradation de son état de santé en rapport avec les difficultés rencontrées dans l'exercice de ses mandats. Il s'ensuit que la demande d'autorisation de licenciement en litige doit également être regardée comme étant en rapport avec les fonctions représentatives occupées par l'intéressée. La ministre du travail a, par suite, commis une erreur d'appréciation en autorisant le licenciement qui lui était demandé par la SOA.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par Mme E, que la décision de la ministre du travail du 15 juillet 2019 doit être annulée en tant qu'elle autorise la SOA à licencier Mme E.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme E, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SOA demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme E au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la ministre du travail du 15 juillet 2019 est annulée en tant qu'elle autorise la Société Orléanaise d'Assainissement à licencier Mme E.
Article 2 : L'Etat versera à Mme E la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la Société Orléanaise d'Assainissement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à la Société Orléanaise d'Assainissement et au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
M. Labouysse, premier conseiller,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
N. A
Le président
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°1909955
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026