jeudi 12 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1910042 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | AHDJILA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2019, et un mémoire, enregistré le 30 mars 2020, Mme B C, épouse A, représentée par Me Mohamed Ahdjila, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2019 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté le recours dirigé contre cette décision préfectorale ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision préfectorale a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- elle ne respecte pas les exigences relatives à la motivation des décisions ;
- elle a été opposée en méconnaissance des dispositions de l'article 21-2 du code civil et est entachée d'un détournement de pouvoir au regard des dispositions de l'article 21-4 du même code ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme C, épouse A.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables dès lors que sa décision implicite s'y est substituée ;
- les moyens soulevés sont inopérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 décembre 2022 à partir de 10h15.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, épouse A, est une ressortissante de nationalité tunisienne qui est née le 31 août 1987. Elle a déposé, auprès des services de la préfecture de l'Isère, département dans lequel elle est domiciliée, un dossier de demande tendant à l'acquisition de la nationalité française contenant en particulier un imprimé de demande de naturalisation. Par une décision du 25 janvier 2019, l'autorité préfectorale a rejeté cette demande. L'intéressée, pour contester cette décision, a, comme elle y était tenue en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours qui a été reçu le 19 mars 2019. Ce recours a été implicitement rejeté le 19 juillet 2019 compte tenu du silence gardé par cette autorité pendant plus de quatre mois à la suite de cette réception. Mme C, épouse A, demande au tribunal l'annulation de la décision du préfet de l'Isère du 25 janvier 2019 et de la décision implicite de rejet de son recours par le ministre de l'intérieur.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale du 25 janvier 2019 :
2. Le recours devant le ministre de l'intérieur formé contre la décision du préfet de l'Isère du 25 janvier 2019 constitue, en vertu de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, une formalité qui doit être obligatoirement accomplie avant la saisine du juge. Cette formalité a pour objet de permettre au ministre de l'intérieur d'arrêter définitivement la position de l'administration sur la demande de naturalisation. Par suite, la décision du ministre de l'intérieur du 19 juillet 2019 s'est substituée à celle du préfet de l'Isère du 25 janvier 2019 et, dès lors, seule la décision de ce ministre peut faire l'objet d'un recours devant le tribunal. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont, ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle du 19 juillet 2019 :
3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de naturalisation présentée par Mme C, épouse A, a été rejetée par le ministre de l'intérieur au motif que les réponses qu'elle a apportées, lors de l'entretien qui s'est déroulé dans les locaux de la préfecture de l'Isère le 14 janvier 2019, témoignaient d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société, aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française ainsi qu'à la place de la France dans l'Europe et dans le monde.
4. Aux termes du premier alinéa de l'article 43 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Le préfet du département de résidence du postulant () déclare la demande irrecevable si les conditions requises par les articles 21-15, () et 21-27 du code civil ne sont pas remplies. ". Selon l'article 48 du même décret : " () Lorsque les conditions requises par la loi sont remplies, le ministre chargé des naturalisations propose () la naturalisation (). Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, il déclare la demande irrecevable. / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". Ces dispositions confèrent au ministre de l'intérieur un large pouvoir d'appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à la ressortissante étrangère qui la sollicite.
5. Il appartient au ministre de l'intérieur, lorsqu'il exerce ce pouvoir d'appréciation, de tenir compte de tous les éléments de la situation de l'intéressée, y compris de ceux qui ont été examinés pour statuer sur la recevabilité de sa demande. Au nombre de ces éléments figure, comme l'indique l'article 21-24 du code civil, le degré de connaissance, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par les articles 37 et 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Il en résulte que le ministre de l'intérieur peut apprécier l'intérêt d'accorder la nationalité française au regard notamment du degré de connaissance par l'intéressée des principaux événements historiques ayant jalonné la construction de la France, des règles de vie en société, les principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française et de la place de la France dans l'Europe et dans le monde.
6. En premier lieu, Mme C, épouse A, soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 21-2 du code civil et qu'elle est entachée d'un détournement de pouvoir au regard de l'article 21-4 du même code. Toutefois, l'article 21-2 du code civil fixe le régime de l'acquisition de la nationalité française par une ressortissante étrangère à la suite de son mariage avec un ressortissant ayant la nationalité française à la date du mariage et l'article 21-4 du même code est relatif à l'opposition à cette déclaration qui peut être décidée par décret pour indignité ou défaut d'assimilation, autre que linguistique. La décision attaquée rejetant une demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation, Mme C, épouse A, dont l'époux n'avait au demeurant pas acquis la nationalité française à la date de leur mariage, ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 21-2 du code civil, ni l'existence d'un détournement de pouvoir au regard de l'article 21-4 du même code.
7. En second lieu, si la nationalité que possède une personne est un élément constitutif de son identité, il n'en va pas de même de son sentiment d'appartenir à une communauté nationale l'amenant à présenter une demande de naturalisation. Eu égard à la nature des décisions ainsi prises pour la mise en œuvre de ce mode d'acquisition de la nationalité française qui ne constitue pas un droit pour l'intéressée, un refus opposé à une telle demande n'est pas susceptible d'affecter un élément constitutif de l'identité de la personne concernée et ainsi de porter atteinte au droit au respect de sa vie privée. Un telle décision est, en outre, dépourvue d'effet sur la présence sur le territoire français de la postulante, comme sur ses liens avec les membres de sa famille, de sorte qu'elle n'affecte pas, davantage, le droit au respect de sa vie familiale. Mme C, épouse A, ne peut, dès lors, utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 25 janvier 2019 et 19 juillet 2019 rejetant la demande de naturalisation présentée par Mme C, épouse A, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C, épouse A, est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, épouse A, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.
Le rapporteur,
D. D
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026