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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1910317

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1910317

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1910317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 septembre 2019 et 20 janvier 2022, M. A C, représenté par Me Perrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2017 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas démontré que le médecin qui a établi le rapport médical sur son état de santé n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, que le caractère collégial de cet avis n'est pas établi, que cet avis a été rendu un dimanche, n'a pas été rendu dans délai de trois mois et que le préfet en produit deux versions ;

- la décision attaquée a été prise en violation du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2019, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme est inopérant ;

- aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2020.

Vu les pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né le 23 juin 1971, est entré irrégulièrement en France le 15 septembre 2008. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 juin 2009, puis par la Cour nationale d'asile le 28 juin 2010. De 2011 à 2017, M. C s'est vu délivrer plusieurs cartes de séjour temporaire en qualité d'étranger malade. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 21 décembre 2017 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Vincent Niquet, secrétaire général de la préfecture de la Vendée, qui a reçu du préfet de ce département, par un arrêté du 22 août 2017, publié au recueil des actes administratifs le 25 août suivant, une délégation à l'effet de signer " tous arrêtés " relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vendée, à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être rejeté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne qui si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. La décision attaquée mentionnant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il résulte de cette motivation que le préfet a procédé à l'examen particulier de la situation de l'intéressée. Si la décision attquée ne mentionne pas d'éléments relatifs à la situation privée et familiale de l'intéressé, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait invoqué des éléments relatifs à sa vie privée et familiale à l'occasion de sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi invoqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article R. 313-22 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 313-23 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires. () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ". Il appartient au préfet, lorsqu'il statue sur une demande de carte de séjour, de s'assurer que l'avis a été rendu par le collège de médecins conformément aux règles procédurales fixées par ces textes.

5. L'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) concernant M. C porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émis l'avis suivant ", qui fait foi du caractère collégial de l'avis jusqu'à preuve contraire, preuve qu'aucun élément du dossier ne vient établir. En outre, il résulte des mentions de l'avis que le médecin qui a établi le rapport médical sur l'état de santé du requérant n'était pas au nombre des trois médecins qui ont siégé en vue de rendre cet avis. Si le requérant soutient qu'il n'est pas établi que le collège des médecins de l'OFII aurait statué dans un délai de trois mois suivant la transmission de son dossier médical, il n'apporte en tout état de cause pas d'élément permettant d'établir la date de cette transmission. En dernier lieu, la seule circonstance que la date diffère d'un jour sur les avis produits d'une part par le requérant et d'autre part par le préfet, doit être regardée comme résultant d'une simple erreur matérielle qui ne saurait faire douter de la régularité de celui-ci. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En quatrième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Par un avis rendu le 11 décembre 2017, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale mais que le défaut de traitement ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Le requérant, qui se borne à soutenir qu'il a auparavant bénéficié de plusieurs titres de séjour en qualité d'étranger malade, n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cet avis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 11° de l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En dernier lieu, si M. C fait valoir qu'il a séjourné régulièrement en France de 2011 à 2018 et qu'il a travaillé de 2014 à 2017, il ne fait état d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire français. Par ailleurs, M. C, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément qui permettrait de le regarder comme apatride. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale, tel qu'il est garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Perrot et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le rapporteur,

P-E. B

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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