mercredi 24 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1910364 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2019, Mme C B, représenté par Me Kaddouri, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2019 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer une carte de résident ;
2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kaddouri de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de Maine-et-Loire a examiné sa demande sur le fondement des dispositions des articles L. 314-3 et L.314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que sa demande est fondée sur l'article 3 alinéa 2 de l'accord entre le gouvernement de la république française et le gouvernement du royaume du Maroc ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors d'une part, que le refus fondé sur la condition de ressources stables et suffisantes est discriminatoire au regard de sa demande de reconnaissance de son statut d'handicapé, actuellement en cours d'examen par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées et d'autre part, sur sa maitrise de la langue française ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2021, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
Par une décision du 10 septembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle (section administrative) près le Tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 14 avril 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée le 29 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante marocaine née le 4 octobre 1975 à Kenitra (Maroc), est entrée sur le territoire français, le 19 août 2006, suite à son mariage en 2005 avec un ressortissant français, M. D E, né le 7 novembre 1947. Elle a obtenu un titre de séjour valable du 29 août 2006 au 10 mai 2007, régulièrement renouvelé par la suite, malgré son divorce, prononcé le 19 janvier 2009. Le 18 mars 2019, elle a sollicité la délivrance d'une carte de résident, laquelle a été refusée par décision du préfet de Maine-et-Loire du 24 mai 2019. Le préfet indique cependant qu'il a délivré à la requérante une carte de séjour pluriannuelle valable du 1er juin 2019 au 31 mai 2021. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2019 portant refus de lui délivrer une carte de résident.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions sur lesquelles il se fonde, notamment les articles L. 314-2 et L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc du 9 octobre 1987. Il précise également que la requérante ne justifie pas de ressources suffisantes ni d'une connaissance de la langue française équivalente au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues. Ainsi, à sa seule lecture, cet arrêté permet à Mme B de comprendre les motifs du refus de carte de résident qui lui est opposé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation de Mme B.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. ".
5. En l'espèce, pour refuser de délivrer une carte de résident à Mme B, le préfet de Maine-et-Loire a, dans un premier temps, relevé que l'intéressée ne remplissait pas les conditions prévues par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain en tant qu'elles permettent aux Marocains qui ont obtenu un titre de séjour valable un an portant la mention " salarié " et qui justifient de trois ans de séjour continu en France en qualité de salarié d'obtenir un titre de séjour de 10 ans. Le préfet de Maine-et-Loire, après avoir écarté l'application des dispositions de cet article, a néanmoins, dans un second temps, examiné la demande de la requérante au regard des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la carte de résident de 10 ans après une résidence ininterrompue d'au moins cinq années en France, en relevant que l'intéressée n'en remplissait pas davantage les conditions.
6. Mme B ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de l'accord franco marocain dès lors qu'elle ne justifie pas remplir les conditions de cet article dans la mesure où il est constant que depuis son arrivée en France en 2006, la requérante a uniquement bénéficié de cartes de séjour temporaire au titre de sa vie privée et familiale, lesquelles ne portaient donc pas la mention " salarié " puisqu'elles n'ont pas été sollicitées et donc délivrées au titre du travail. De plus, l'intéressée ne verse dans la présente instance aucun contrat de travail, visé par les autorités compétentes. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les dispositions de cet article ou aurait commis une erreur de droit en ajoutant une condition non prévue par cet article, en refusant de lui délivrer une carte de résident sur ce fondement.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Lorsque des dispositions législatives du présent code le prévoient, la délivrance d'une première carte de résident est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française, qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. / Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle il réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative. / (). ". Aux termes de l'article L. 314-8 du même code, alors applicable : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : / 1° D'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre de l'une des cartes de séjour temporaires ou pluriannuelles (). / 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. La condition prévue au présent 2° n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code. Enfin, aux termes de l'article R. 314-1 de ce code : " Pour l'application des dispositions des articles L. 314-8, L. 314-8-1, L. 314-8-2 et L. 314-9, l'étranger présente à l'appui de sa demande de carte de résident (), outre les pièces mentionnées à l'article R. 311-2-2, les pièces suivantes : / () / 5° Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 314-2 : / a) Une déclaration sur l'honneur par laquelle il s'engage à respecter les principes qui régissent la République française ; / b) Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maitrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration ; (). ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme B n'était pas titulaire de l'allocation aux adultes handicapés dès lors qu'elle n'a déposé une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, laquelle était par ailleurs incomplète, que le 5 avril 2019, soit postérieurement à sa demande de carte de résident. Par suite, en opposant à la requérante la circonstance qu'elle ne remplissait pas les conditions de ressources prévues à l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.
9. D'autre part, il ressort des avis d'imposition de Mme B, qu'elle n'a perçu aucun revenu en 2015, a perçu 8 575 euros en 2016 et 14 107 euros en 2017. Ses ressources, d'un montant moyen de 630 euros par mois sur la période considérée, s'avèrent inférieures au salaire minimum visé par l'article L.314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation que le préfet a refusé, pour ce motif, de délivrer à Mme B la carte de résident visée par ce texte.
10. Enfin, pour refuser de délivrer à Mme B la carte de résident sollicitée, le préfet de Maine-et-Loire a retenu que la requérante ne remplit pas la condition relative à la maitrise du français, à un niveau égal ou supérieur au niveau A2. Si Mme B soutient " qu'il est de notoriété publique que le français, dont l'implantation date du protectorat français, est la première langue étrangère au Maroc par le nombre de locuteurs et est largement utilisé par les médias et dans l'administration ", elle n'établit pas remplir la condition relative à la maitrise du français, à un niveau égal ou supérieur au niveau A2, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet de Maine-et-Loire n'a ni méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Mme B soutient que son état de santé requiert la stabilité de sa présence en France aux côtés de son époux et de ses enfants pour l'assister dans les actes de la vie quotidienne. Toutefois, la requérante ne produit aucune pièce médicale de nature à justifier ses allégations. Par ailleurs, le préfet soutient dans ses écritures, sans être contesté, que Mme B n'est pas mariée avec le père de ses deux derniers enfants, dont elle s'est d'ailleurs déclarée0 séparée depuis plusieurs années. Enfin, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de ses enfants dès lors que le préfet de Maine-et-Loire a concomitamment renouvelé sa carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" du 1er juin 2019 au 31 mai 2021. Par suite, en refusant de lui délivrer une carte de résident, il n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris cette décision. Il n'a pas méconnu en conséquence les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ".
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer une carte de résident. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
M. Labouysse, premier conseiller,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2022.
La rapporteure,
N. A
Le président,
L. MARTINLa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026