jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1910393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CARADEUX CONSULTANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 septembre 2019 et 29 août 2022, Mme D C, veuve H, M. B H, M. F H et M. G H, représentés par Me Gras, demandent au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2019 n° 2019/BPEF/061 par lequel le préfet de Loire-Atlantique a déclaré d'utilité publique le projet de zone d'aménagement concerté du Prieuré sur le territoire de la commune d'Ancenis-Saint-Géréon et a autorisé la société Loire-Atlantique Développement-SELA à acquérir, soit à l'amiable soit par voie d'expropriation, les immeubles nécessaires à cette opération, ainsi que la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 25 juillet 2019 rejetant le recours gracieux formé contre cet acte ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son auteur, dès lors que le secrétaire général de la préfecture ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;
- il a été adopté à l'issue d'une procédure irrégulière et méconnait les dispositions de l'article R. 112-4 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique dès lors que le périmètre du projet de déclaration d'utilité publique retenu, incluant l'îlot nord, diffère de celui de l'enquête parcellaire, limité à l'ilot sud, alors que ce périmètre doit être en concordance avec le périmètre de la déclaration d'utilité publique ;
- l'enquête publique n'a pas été menée pour la partie nord de l'opération ;
- l'arrêté prescrivant l'ouverture de l'enquête publique et de l'enquête parcellaire du 3 août 2018 ainsi que l'arrêté litigieux manquent de clarté quant au périmètre de la déclaration d'utilité publique, ce qui a eu une incidence sur les résultats de l'enquête et privé les tiers d'une garantie ;
- le périmètre de l'arrêté de cessibilité est plus restreint que celui de la déclaration d'utilité publique ;
- le dossier de déclaration d'utilité publique est incomplet et insuffisant ; il ne comporte pas d'étude d'impact en méconnaissance de l'article R. 123-8 du code de l'environnement alors qu'il porte sur une opération susceptible d'affecter l'environnement au sens de l'article L. 110-1 alinéa 2 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ; l'enquête publique est régie par les dispositions de l'article L. 123-2 du code de l'environnement ; le renvoi au dossier de demande d'autorisation environnementale, non joint au dossier de déclaration d'utilité publique, n'est pas de nature à pallier cette insuffisance ; l'étude d'impact ne reprend pas le contenu minimal fixé par l'article R. 122-5 du code de l'environnement ; elle est insuffisante en ce qui concerne les effets du projet sur les sols, sur la protection du patrimoine culturel, sur la santé et la salubrité publique, sur la sécurité des usagers et des biens, sur les flux de circulation, sur les préoccupations environnementales, sur l'absence d'évaluation de certaines mesures compensatoires, sur les impacts de l'infrastructure routière ;
- l'opération est incompatible avec le SDAGE du bassin de Loire-Bretagne dont l'article 8B2 fait de la préservation des zones humides la règle et leur destruction l'exception ; l'arrêté préfectoral ne mentionne pas cette recherche d'une solution alternative ; l'opération entraîne la destruction de 9 000 m² de zone humide, sans faire l'objet de mesure de compensation suffisante de la zone humide détruite par le projet ;
- la déclaration d'utilité publique méconnaît le principe de prévention de l'article L. 110-1 du code de l'environnement et les dispositions relatives à la réduction, à l'évitement et à la compensation des effets négatifs notables du projet sur l'environnement prévues par les articles L. 122-2 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique et L. 122-1 et R. 122-14 du code de l'environnement ;
- il n'était pas nécessaire de recourir à la procédure de déclaration d'utilité publique ; les besoins de la commune en matière de logements ne sont pas avérés, dès lors que l'évolution démographique de la commune de Saint-Géréon dispose d'une croissance démographique très faible, de l'ordre de 0,7% entre 2011 et 2016 ;
- il n'était pas nécessaire de procéder à une déclaration d'utilité publique dès lors que la commune disposait de terrains suffisants pour mener son projet à bien et que d'autres programmes de construction existaient déjà ;
- le projet est incompatible avec les orientations du schéma de cohérence territoriale ;
- l'utilité publique du projet n'est pas établie dans la mesure où le périmètre retenu diffère de celui présenté au cours de l'enquête publique, le nombre de logements, déjà présents sur la commune, et leurs caractéristiques sont suffisants pour répondre aux besoins de la population, les inconvénients du projet l'emportent sur ses avantages, notamment au regard de son coût, lequel a été sous-évalué et de son faible intérêt général.
Par un mémoire enregistré le 24 février 2020, la société anonyme d'économie mixte Loire-Atlantique Développement - SELA (dénommée "LAD-SELA") et la commune d'Ancenis-Saint-Géréon, représentées par Me Caradeux, concluent à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet et à ce que soient mises à la charge des requérants la somme de 1 500 euros au profit de la société LAD-SELA et la somme de 1 500 euros au profit de la commune d'Ancenis-Saint-Géréon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la requête est irrecevable, dès lors que les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 30 août 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée au 20 septembre 2022.
Vu :
- le jugement du Tribunal n° 0704636 du 12 novembre 2010 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Gave, rapporteur public,
- les observations de Me Bordet, substituant Me Gras, représentant les consorts H,
- et les observations de Me Dubos, substituant Me Caradeux, représentant la société LAD-SELA et la commune d'Ancenis-Saint-Géréon.
Une note en délibéré, présentée pour les requérants, a été enregistrée le 13 janvier 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Les consorts H sont propriétaires en indivision d'un ensemble immobilier sis 117 rue de la Chevasnerie à Saint-Géréon. Cet ensemble est cadastré section AK n° 22, 24, 25, 27, 28, 204, 205 208, 209, 33. Par délibération du 28 juin 2005, le conseil municipal de la commune de Saint-Géréon a approuvé le dossier de création de la zone d'aménagement concerté (ZAC) dite " du Prieuré ". La ZAC est constituée de deux îlots distincts, pour une superficie totale de 4,6 hectares. Le premier secteur est situé au cœur du centre-bourg, au sein d'un îlot essentiellement constitué d'habitations. Le second îlot est situé au nord-est du premier, et est composé de prairies et de parcelles en friche (anciennement cultivées). Le programme prévisionnel de la ZAC comprend la réalisation de logements (30 lots libres de constructeur, 25 à 30 maisons groupées et 40 logements collectifs) ainsi que des locaux destinés à accueillir des commerces et des services pour une surface hors œuvre nette de 500 m2. La ZAC du Prieuré a été déclarée d'utilité publique par arrêté préfectoral du 15 juin 2007 autorisant la commune à acquérir soit à l'amiable soit par la voie de l'expropriation, les immeubles dont l'acquisition est nécessaire à la réalisation de l'opération envisagée. Cet arrêté a fait l'objet d'un recours devant le Tribunal et a été annulé par un jugement n° 0704636 du 12 novembre 2010 au motif que le commissaire enquêteur n'avait pas rendu de conclusions motivées au sens de l'article R. 11-10 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. Parallèlement, la commune de Saint-Géréon a, par délibération du 3 mai 2010, désigné la société d'équipement de la Loire-Atlantique (dénommée à présent "LAD-SELA") en tant que concessionnaire de la ZAC du Prieuré. Par délibération du 27 avril 2018, la commune a sollicité l'organisation conjointe d'une enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique du projet d'aménagement de la ZAC et d'une enquête parcellaire portant sur la cessibilité des immeubles nécessaires à la réalisation de la partie sud du projet. L'enquête unique a été prescrite par arrêté préfectoral du 3 août 2018. A l'issue de cette enquête, le commissaire enquêteur a émis le 9 novembre 2018 un avis favorable à la déclaration d'utilité publique du projet d'aménagement de la ZAC du Prieuré sur la commune de Saint-Géréon et à la cessibilité des immeubles nécessaires à la réalisation de la première tranche opérationnelle de la ZAC (zone sud). Par délibération du 29 avril 2019, le conseil municipal de la commune nouvelle d'Ancenis-Saint-Géréon (nouvelle commune créée le 1er janvier 2019 par suite de la fusion des communes d'Ancenis et de Saint-Géréon) s'est prononcé par une déclaration de projet, sur l'intérêt général de l'opération envisagée. Par arrêté du 22 mai 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a déclaré d'utilité publique le projet d'aménagement de la ZAC du Prieuré sur le territoire de la commune d'Ancenis-Saint-Géréon, au bénéfice de la société Loire-Atlantique Développement-SELA, aménageur de la ZAC. Par courrier du 18 juillet 2019, les consorts H, dont les parcelles sont incluses dans le périmètre de l'îlot nord de la ZAC, ont formé un recours gracieux contre l'arrêté du 22 mai 2019, lequel a été rejeté par une décision du 25 juillet 2019. Par la présente requête, ils sollicitent l'annulation de l'arrêté du 22 mai 2019 portant déclaration d'utilité publique du projet d'aménagement de la ZAC et de la décision préfectorale du 25 juillet 2019 rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
Quant au moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte :
2. L'arrêté de déclaration d'utilité publique du 22 mai 2019 a été signé par le secrétaire général de la préfecture de la Loire-Atlantique, M. E I. Ce dernier a reçu délégation de signature du préfet de la Loire-Atlantique par un arrêté du 29 mars 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 19 du 29 mars 2019, à l'effet de signer tous les actes et décisions concernant l'administration de l'État dans le département, sans que les arrêtés portant déclaration d'utilité publique en soient exclus. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet acte doit être écarté.
Quant au périmètre de l'enquête parcellaire :
3. Aux termes des dispositions de l'article R. 131-14 dudit code : " Lorsque l'expropriant est en mesure, avant la déclaration d'utilité publique, de déterminer les parcelles à exproprier et de dresser le plan parcellaire ainsi que la liste des propriétaires, l'enquête parcellaire peut être faite en même temps que l'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique ".
4. Les requérants allèguent que le préfet n'a pas respecté les termes de la demande de la commune au motif que s'il n'a bien engagé qu'une enquête parcellaire partielle portant sur le seul secteur sud de la ZAC du Prieuré, le périmètre de la déclaration d'utilité publique soumis à enquête concernait l'intégralité de la ZAC. Ils soutiennent que le périmètre de l'enquête parcellaire doit être en concordance avec le périmètre de la déclaration d'utilité publique. Ils relèvent que ni l'arrêté préfectoral portant organisation de l'enquête publique, ni l'avis d'enquête, ni l'arrêté attaqué du 22 mai 2019 ne faisaient état de la différence de périmètres entre les deux procédures d'enquête mises en œuvre. Selon eux, cette omission a nécessairement eu une incidence sur les résultats de l'enquête et privé les tiers d'une garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 3 mars 2014, le conseil municipal de la commune de Saint-Géréon avait décidé que les enquêtes préalables à la déclaration d'utilité publique du projet d'aménagement de la ZAC et parcellaire seraient réalisées de manière simultanée et que l'enquête parcellaire porterait sur la totalité du périmètre de la ZAC. Par la suite, par une délibération du 27 avril 2018, le conseil municipal a, comme il a été dit, sollicité l'ouverture de l'enquête parcellaire uniquement sur le secteur sud de la ZAC. Ainsi, le préfet s'est conformé à la demande du conseil municipal exprimée par la délibération du 27 avril 2018 en prescrivant par arrêté du 3 août 2018, une enquête publique unique portant sur la déclaration d'utilité publique de l'ensemble du projet et sur le plan parcellaire de la partie sud, correspondant à la 1ère tranche de l'opération. L'affirmation des requérants selon laquelle l'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique du projet n'aurait porté que sur la partie sud du périmètre, non étayée, est contredite par les pièces du dossier. La circonstance que le caractère partiel de l'enquête parcellaire n'a été explicitement mentionné que dans les motifs de l'arrêté du 3 août 2018 et ne l'a pas été dans le corps de cet arrêté, l'avis d'enquête et l'arrêté attaqué n'a eu aucune incidence sur la légalité de ce dernier arrêté, seul en litige dans la présente instance. En effet, les consorts H ne précisent pas en quoi cette omission aurait influé sur les résultats de l'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique du projet, ni de quelles garanties elle les aurait privés. Par suite, le moyen tiré de " l'insuffisance de l'arrêté " du 3 août 2018 doit être écarté.
Quant à l'insuffisance de l'étude d'impact :
6. Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " L'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique est régie par le présent titre. / Toutefois, lorsque la déclaration d'utilité publique porte sur une opération susceptible d'affecter l'environnement relevant de l'article L. 123-2 du code de l'environnement, l'enquête qui lui est préalable est régie par les dispositions du chapitre III du titre II du livre Ier de ce code. ". L'article L. 123-2 du code de l'environnement dans sa version alors en vigueur dispose que : " I. - Font l'objet d'une enquête publique soumise aux prescriptions du présent chapitre préalablement à leur autorisation, leur approbation ou leur adoption : / 1° Les projets de travaux, d'ouvrages ou d'aménagements exécutés par des personnes publiques ou privées devant comporter une évaluation environnementale en application de l'article L. 122-1 à l'exception : / - des projets de zone d'aménagement concerté ; () ". L'article L. 122-1 du même code, dans sa version alors en vigueur, prévoit que : " I.-Pour l'application de la présente section, on entend par : / 1° Projet : la réalisation de travaux de construction, d'installations ou d'ouvrages, ou d'autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage, () / II.-Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas effectué par l'autorité environnementale. () / III.-L'évaluation environnementale est un processus constitué de l'élaboration, par le maître d'ouvrage, d'un rapport d'évaluation des incidences sur l'environnement, dénommé ci-après " étude d'impact ", de la réalisation des consultations prévues à la présente section, ainsi que de l'examen, par l'autorité compétente pour autoriser le projet, de l'ensemble des informations présentées dans l'étude d'impact et reçues dans le cadre des consultations effectuées et du maître d'ouvrage. () ". Aux termes de l'article R. 123-8 du même code, dans sa version alors en vigueur : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. / Le dossier comprend au moins : / 1° Lorsqu'ils sont requis, l'étude d'impact et son résumé non technique, le rapport sur les incidences environnementales et son résumé non technique () ".
7. Le projet de déclaration d'utilité publique (DUP) en litige qui porte sur la réalisation d'une ZAC ne rentre pas dans le champ d'application des enquêtes publiques soumises au code de l'environnement mais relève de celles du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. Le dossier d'enquête publique n'avait ainsi pas à comporter d'étude d'impact ni d'évaluation environnementale, étant précisé qu'une étude d'impact et une évaluation environnementale ont été réalisées dans le cadre de l'enquête publique préalable à la création de la ZAC. Toutefois, la commune de Saint-Géréon a choisi de se soumettre aux prescriptions de l'article précité L. 123-2 du code de l'environnement en insérant une étude d'impact dans le dossier soumis à l'enquête publique. Les requérants estiment cette étude d'impact insuffisante au motif qu'elle ne comporte pas les éléments, prévus par le III de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, relatifs aux infrastructures de transport visées aux rubriques 5° à 9° du tableau annexé à l'article R.122-2 du même code. Ils reprochent également à l'étude d'impact de ne pas contenir d'éléments sur l'impact de la construction d'une aire de stationnement de plus de 50 unités alors que ces aires sont visées à la rubrique 41 du même tableau. Toutefois et en tout état de cause, les rubriques 5, 7 et 9 concernent des ouvrages tels que les infrastructures ferroviaires, les transports guidés de personnes, et les infrastructures portuaires, maritimes et fluviales qui ne sont pas prévus dans le projet. En ce qui concerne les infrastructures routières, l'impact des travaux routiers prévus dans le projet est apprécié à travers l'opération d'aménagement dont ils font partie et qui a elle-même fait l'objet d'une étude d'impact. A cet égard, la commune de Saint-Géréon a présenté dans le dossier d'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique les voies de desserte routières qui devraient être réalisées dans le périmètre de la ZAC et en a apprécié l'impact. S'agissant des dispositions relatives aux aires de stationnement de plus de 50 unités, il ressort des pièces du dossier que le projet de ZAC ne prévoit la création que d'une vingtaine de places de stationnement sur l'espace public pour l'ensemble de l'opération. La circonstance, invoquée par les consorts H, que la construction de logements dans le périmètre de la ZAC s'accompagnera de la création d'aires privées de stationnement est sans incidence à cet égard, les équipements publics étant seuls pris en compte à ce stade.
8. Enfin, si les requérants font valoir que l'étude d'impact serait incomplète, faute de présenter des solutions alternatives au projet proposé, le maître d'ouvrage n'a l'obligation de mentionner d'autres lieux possibles d'implantation d'un projet que pour autant qu'il a envisagé et étudié différentes possibilités alternatives. En l'espèce, l'étude d'impact expose les raisons pour lesquelles le périmètre du projet d'aménagement a été retenu ainsi que les améliorations qui ont été apportées au projet par rapport à sa première présentation en 2005. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact doit être écarté dans toutes ses branches.
En ce qui concerne la légalité interne :
Quant au moyen tiré de la méconnaissance de l'aspect " développement durable du projet " :
9. Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " I. - Les espaces, ressources et milieux naturels terrestres et marins, les sites, les paysages diurnes et nocturnes, la qualité de l'air, les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation. () / II. - Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu'ils fournissent sont d'intérêt général et concourent à l'objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s'inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : / () / 2° Le principe d'action préventive et de correction, par priorité à la source, des atteintes à l'environnement, en utilisant les meilleures techniques disponibles à un coût économiquement acceptable. Ce principe implique d'éviter les atteintes à la biodiversité et aux services qu'elle fournit ; à défaut, d'en réduire la portée ; enfin, en dernier lieu, de compenser les atteintes qui n'ont pu être évitées ni réduites, en tenant compte des espèces, des habitats naturels et des fonctions écologiques affectées ; / Ce principe doit viser un objectif d'absence de perte nette de biodiversité, voire tendre vers un gain de biodiversité ; () ". Aux termes de l'article L. 163-1 du même code : " I. - Les mesures de compensation des atteintes à la biodiversité sont les mesures prévues au 2° du II de l'article L. 110-1 et rendues obligatoires par un texte législatif ou réglementaire pour compenser, dans le respect de leur équivalence écologique, les atteintes prévues ou prévisibles à la biodiversité occasionnées par la réalisation d'un projet de travaux ou d'ouvrage ou par la réalisation d'activités ou l'exécution d'un plan, d'un schéma, d'un programme ou d'un autre document de planification. / Les mesures de compensation des atteintes à la biodiversité visent un objectif d'absence de perte nette, voire de gain de biodiversité. Elles doivent se traduire par une obligation de résultats et être effectives pendant toute la durée des atteintes. Elles ne peuvent pas se substituer aux mesures d'évitement et de réduction. Si les atteintes liées au projet ne peuvent être ni évitées, ni réduites, ni compensées de façon satisfaisante, celui-ci n'est pas autorisé en l'état. / () ".
10. Aux termes de l'article L. 122-2 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans les cas où les atteintes à l'environnement ou au patrimoine culturel que risque de provoquer un projet de travaux, d'ouvrages ou d'aménagements le justifient, la déclaration d'utilité publique comporte, le cas échéant, les mesures prévues au deuxième alinéa du IV de l'article L. 122-1 du code de l'environnement. ". Les mesures visées, désormais évoquées au I de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement, sont celles destinées à éviter ou réduire et, si possible, compenser les effets négatifs notables ainsi que les modalités du suivi des incidences du projet sur l'environnement ou la santé humaine. Aux termes de l'article R. 122-14 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - La décision d'autorisation, d'approbation ou d'exécution du projet mentionne : / 1° Les mesures à la charge du pétitionnaire ou du maître d'ouvrage, destinées à éviter les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine, réduire les effets n'ayant pu être évités et, lorsque cela est possible, compenser les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine qui n'ont pu être ni évités ni suffisamment réduits ; / 2° Les modalités du suivi des effets du projet sur l'environnement ou la santé humaine ; / 3° Les modalités du suivi de la réalisation des mesures prévues au 1° ainsi que du suivi de leurs effets sur l'environnement (). / II. - Les mesures compensatoires ont pour objet d'apporter une contrepartie aux effets négatifs notables, directs ou indirects, du projet qui n'ont pu être évités ou suffisamment réduits. Elles sont mises en œuvre en priorité sur le site endommagé ou à proximité de celui-ci afin de garantir sa fonctionnalité de manière pérenne. Elles doivent permettre de conserver globalement et, si possible, d'améliorer la qualité environnementale des milieux. / III. - Le contenu du dispositif de suivi est proportionné à la nature et aux dimensions du projet, à l'importance de ses impacts prévus sur l'environnement ou la santé humaine ainsi qu'à la sensibilité des milieux concernés. ".
11. Les dispositions combinées des articles L. 122-2 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique et L. 122-1-1 et R. 122-14 du code de l'environnement précisent, s'agissant des actes portant déclaration d'utilité publique, la portée du principe dit " de prévention " défini au point 9. Il en résulte que, si les travaux, ouvrages ou aménagements que ces actes prévoient le justifient, ces derniers doivent, à peine d'illégalité, comporter, au moins dans leurs grandes lignes, compte tenu de l'état d'avancement des projets concernés, les mesures appropriées et suffisantes devant être mises à la charge du pétitionnaire ou du maître d'ouvrage destinées à éviter, réduire et, lorsque c'est possible, compenser les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine ainsi que les modalités de leur suivi. Ces mesures sont, si nécessaire, précisées ou complétées ultérieurement, notamment à l'occasion de la délivrance des autorisations requises au titre des polices d'environnement.
12. Il ressort des pièces du dossier que l'aménagement du projet litigieux est susceptible d'avoir des incidences notables sur les milieux naturels, la faune et la flore, dans la mesure où il impacte des zones humides. Toutefois, contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, le dossier d'enquête publique indique que pour l'îlot Nord de la ZAC, la solution la plus impactante en terme environnemental, emportant la destruction de l'intégralité de la zone humide a été écartée. En outre, les mesures d'évitement et de réduction programmées permettent d'atténuer significativement ces inconvénients tandis que des mesures compensatoires des impacts résiduels significatifs ont été prévues. A cet égard, l'autorité environnementale, dans son avis du 27 mars 2014, a estimé que les mesures présentées pour éviter ou, à défaut, réduire les incidences négatives potentielles ou avérées du projet sont nombreuses et le plus souvent tout à fait pertinentes. Elles témoignent d'une réflexion approfondie pour préserver l'environnement dans lequel s'inscrit le projet et relève que le projet de la ZAC du Prieuré a évolué positivement par rapport à celui du dossier de création en 2005 en permettant de mieux préserver l'environnement. Sur les aspects plus précisément contestés, le projet prévoit, afin de compenser la destruction de 9000 m2 de zone humide, la création de 2500 m2 de zone humide, l'amélioration des fonctionnalités de la zone humide de 9000 m2 conservée et l'amélioration des fonctionnalités d'une zone humide de 3 520 m2 située dans la continuité de la zone humide préservée (sur une parcelle d'une superficie de 7100 m2) et son extension à 6 500 m2. En outre, l'article 2 de l'arrêté attaqué du 22 mai 2019 et son annexe n°2 imposent au maître d'ouvrage, compte tenu de l'imperméabilisation accrue du sol générée par le projet, la mise en place d'ouvrages de régulation hydraulique afin de tamponner les eaux pluviales et d'écrêter les débits de ruissellement. Enfin, le projet préserve des habitats et des espèces protégées. Ainsi une haie bocagère au nord de la ZAC abritant des arbres à grands capricornes, une haie le long de la rue du Clos Martin, ainsi qu'une mare seront préservées de tout aménagement. Il s'ensuit qu'en admettant que les requérants, qui contestent " l'aspect développement durable du projet ", aient entendu soutenir que l'expropriant n'aurait pas respecté la séquence ERC, ce moyen doit être écarté.
Quant au moyen tiré de l'incompatibilité avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion du bassin Loire-Bretagne :
13. Aux termes de l'article L. 212-1 du code de l'environnement, relatif aux schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) : " () III. - Chaque bassin ou groupement de bassins hydrographiques est doté d'un ou de plusieurs schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux fixant les objectifs visés au IV du présent article et les orientations permettant de satisfaire aux principes prévus aux articles L. 211-1 et L. 430-1. () / (). / IX. - Le schéma directeur détermine les aménagements et les dispositions nécessaires () pour prévenir la détérioration et assurer la protection et l'amélioration de l'état des eaux et milieux aquatiques, pour atteindre et respecter les objectifs de qualité et de quantité des eaux mentionnées aux IV à VII. () / () XI- Les programmes et les décisions administratives dans le domaine de l'eau doivent être compatibles ou rendus compatibles avec les dispositions des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux ".
14.Aux termes de l'article L. 212-3 du même code, relatif aux schémas d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) : " Le schéma d'aménagement et de gestion des eaux institué pour un sous-bassin, pour un groupement de sous-bassins correspondant à une unité hydrographique cohérente ou pour un système aquifère fixe les objectifs généraux et les dispositions permettant de satisfaire aux principes énoncés aux articles L. 211-1 et L. 430-1. / (). " Aux termes de l'article L. 212-5-2 du même code : " Lorsque le schéma a été approuvé et publié, le règlement et ses documents cartographiques sont opposables à toute personne publique ou privée pour l'exécution de toute installation, ouvrage, travaux ou activité mentionnés à l'article L. 214-2. / Les décisions applicables dans le périmètre défini par le schéma prises dans le domaine de l'eau par les autorités administratives doivent être compatibles ou rendues compatibles avec le plan d'aménagement et de gestion durable de la ressource en eau dans les conditions et les délais qu'il précise. ".
15.Il résulte des dispositions de l'article L. 212-1 du code de l'environnement citées au point 13 que le SDAGE, d'une part, fixe, pour chaque bassin ou groupement de bassins, les objectifs de qualité et de quantité des eaux ainsi que les orientations permettant d'assurer une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, d'autre part, détermine à cette fin les aménagements et les dispositions nécessaires. En outre, lorsque cela apparaît nécessaire pour respecter ses orientations et ses objectifs, le SDAGE peut être complété, pour un périmètre géographique donné, par un SAGE qui doit lui être compatible et qui comporte, en vertu de l'article L. 212-5-1, d'une part, un plan d'aménagement et de gestion durable de la ressource en eau et des milieux aquatiques, et d'autre part, un règlement pouvant édicter les obligations définies au II de cet article. En vertu du XI de l'article L. 212-1 et de l'article L. 212-5-2 du code de l'environnement, les décisions administratives prises dans le domaine de l'eau, dont celles prises au titre de la police de l'eau en application des articles L. 214-1 et suivants du même code, sont soumises à une simple obligation de compatibilité avec le SDAGE et avec le plan d'aménagement et de gestion durable du SAGE. Pour apprécier cette compatibilité, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire pertinent pour apprécier les effets du projet sur la gestion des eaux, si l'autorisation ne contrarie pas les objectifs et les orientations fixés par le schéma, en tenant compte de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation de l'autorisation au regard chaque orientation ou objectif particulier. En revanche, les décisions administratives prises au titre de la police de l'eau en application des articles L. 214-1 et suivants sont soumises à une obligation de conformité au règlement du SAGE et à ses documents cartographiques, dès lors que les installations, ouvrages, travaux et activités en cause sont situés sur un territoire couvert par un tel document.
16. Le chapitre 8 du SDAGE 2016-2021 du bassin Loire-Bretagne s'intitule " Préserver les zones humides ". Il est précisé en introduction de ce chapitre que la préservation des zones humides est un des objectifs de la gestion équilibrée de la ressource en eau mentionnés à l'article L. 211-1 du code de l'environnement, que la préservation et la restauration des zones humides sont des enjeux majeurs, qu'elles font l'objet de mesures réglementaires et de programmes d'action assurant leur gestion durable " et empêchant toute nouvelle détérioration de leur état et de leurs fonctionnalités ". L'article 8B du SDAGE, qui s'intitule " préserver les zones humides dans les projets d'installations, ouvrages, travaux et activités ", dispose que " la régression des zones humides au cours des dernières décennies est telle qu'il convient d'agir pour restaurer ou éviter de dégrader les fonctionnalités des zones humides encore existantes et pour éviter de nouvelles pertes de surfaces, et à défaut de telles solutions, de réduire tout impact sur la zone humide et de compenser toute destruction ou dégradation résiduelle. ". Aux termes de l'article 8B-1 du SDAGE : " Les maîtres d'ouvrage de projets impactant une zone humide cherchent une autre implantation à leur projet, afin d'éviter de dégrader la zone humide. / À défaut d'alternative avérée et après réduction des impacts du projet, dès lors que sa mise en œuvre conduit à la dégradation ou à la disparition de zones humides, la compensation vise prioritairement le rétablissement des fonctionnalités. / À cette fin, les mesures compensatoires proposées par le maître d'ouvrage doivent prévoir la recréation ou la restauration de zones humides, cumulativement : / - équivalente sur le plan fonctionnel ;/ - équivalente sur le plan de la qualité de la biodiversité ; / - dans le bassin versant de la masse d'eau. / En dernier recours, et à défaut de la capacité à réunir les trois critères listés précédemment, la compensation porte sur une surface égale à au moins 200 % de la surface, sur le même bassin versant ou sur le bassin versant d'une masse d'eau à proximité. /(). ". L'existence d'une alternative avérée au sens de ces dispositions s'apprécie au regard de la recherche d'une autre implantation du projet afin d'éviter de dégrader la zone humide. A défaut d'une telle alternative, il appartient au maître de l'ouvrage de chercher à réduire les impacts sur la zone humide du projet à l'endroit où il envisage de l'implanter et de prévoir des mesures compensatoires afin de recréer ou de restaurer des zones humides dans le bassin versant de la masse d'eau et équivalentes sur les plans fonctionnels et de la qualité de la biodiversité.
17. En admettant que la déclaration d'utilité publique litigieuse puisse être regardée comme ayant le caractère d'une décision administrative dans le domaine de l'eau au sens des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code de l'environnement et qu'ainsi le moyen tiré de l'incompatibilité du projet déclaré d'utilité publique avec le SDAGE soit opérant, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'étude d'impact, que l'îlot nord de la ZAC comprend une zone humide d'une surface de 1,8 ha présentant un intérêt et des fonctionnalités faibles tant sur les plans hydraulique et épuratoire qu'écologique, cette zone, enclavée entre des parties urbanisées et des voies routières, n'étant notamment dotée d'aucune fonctionnalité en termes de corridor écologique. Alors que le projet initial de ZAC prévoyait l'urbanisation de la totalité de cette zone humide, le projet a été modifié afin de conserver la moitié de la zone, soit une surface de 9 000 mètres carrés (m2), l'autre moitié devant disparaître. Malgré la présence de cette zone humide, la commune a maintenu son choix du site, la zone humide en cause étant, comme il vient d'être dit, dépourvue d'intérêt écologique particulier et se situant sur un site en déprise agricole, bordé au sud par le bourg de Saint-Géréon et au nord par une voie bruyante à fort trafic, la RD 723, et classé par le plan local d'urbanisme en zone à urbaniser, que le projet de ZAC vise à requalifier en zone d'habitat. Afin de compenser la destruction de 9 000 m2 de zone humide, le projet prévoit la création d'une zone humide de 2 500 m2, l'amélioration des fonctionnalités de la zone humide de 9 000 m2 conservée et l'amélioration des fonctionnalités d'une zone humide existante de 3 520 m2 située dans le même bassin versant, dans la continuité de la zone humide préservée, et son extension à 6 500 m2. En outre, l'article 2 de l'arrêté attaqué du 22 mai 2019 et son annexe n°2 imposent au maître d'ouvrage, compte tenu de l'imperméabilisation accrue du sol générée par le projet, la mise en place d'ouvrages de régulation hydraulique afin de tamponner les eaux pluviales et d'écrêter les débits de ruissellement. Enfin, le projet préserve des habitats et des espèces protégées. Ainsi une haie bocagère au nord de la ZAC abritant des arbres à grands capricornes, une haie le long de la rue du Clos Martin, ainsi qu'une mare seront préservées de tout aménagement. Il s'ensuit que, comme l'a estimé l'autorité environnementale dans son avis du 27 mars 2014, le projet, par les mesures d'évitement, de limitation et de compensation des impacts sur la zone humide de l'îlot nord qu'il contient, a évolué positivement par rapport à celui de 2005, en permettant de mieux préserver l'environnement et, en particulier, de mettre en valeur cette zone humide et de favoriser la circulation de l'eau. Dans ces conditions et alors, d'une part, que les dispositions de l'article 8B1 précité du SDAGE précisent que la compensation peut être opérée non seulement par la création de nouvelles zones humides mais aussi par la " recréation " ou la restauration d'une zone humide, autrement dit la reconquête d'une ancienne zone humide et le rétablissement de ses fonctionnalités, ce qui est le cas en l'espèce, d'autre part, en tout état de cause, que les requérants ne soutiennent pas que l'autorisation litigieuse compromettrait la réalisation des objectifs fixés par le SDAGE 2016-2021 du bassin Loire-Bretagne au regard de l'ensemble de ses orientations, dans le cadre d'une analyse globale relative à l'ensemble du territoire couvert, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué autorise un projet qui serait incompatible avec le SDAGE du bassin Loire-Bretagne doit être écarté.
Quant à la compatibilité du projet avec le schéma de cohérence territoriale de l'agglomération :
18. Aux termes de l'article L. 143-44 du code de l'urbanisme : " Une opération faisant l'objet d'une déclaration d'utilité publique () et qui n'est pas compatible avec les dispositions d'un schéma de cohérence territorial ne peut intervenir que si : / 1° L'enquête publique concernant cette opération a porté à la fois sur l'utilité publique ou l'intérêt général de l'opération et sur la mise en compatibilité du schéma qui en est la conséquence ; / 2° Les dispositions proposées pour assurer la mise en compatibilité du schéma ont fait l'objet d'un examen conjoint de l'Etat, de l'établissement public prévu à l'article L. 143-16, et des personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-8. ".
19. Il ressort des pièces du dossier que le territoire de la commune de Saint-Géréon est inclus dans le périmètre du schéma de cohérence territoriale (SCOT) du Pays d'Ancenis. Le document d'orientation et d'objectifs de ce schéma, approuvé le 28 février 2014, prescrit sur le territoire de cette commune, pour toute opération nouvelle d'habitat au titre de l'objectif de requalification et de densification des espaces résidentiels et économiques, une densité minimale de 25 logements par hectare. Sont notamment exclues du périmètre de calcul les zones humides. Ainsi, contrairement au calcul exposé par les requérants, la zone humide préservée, d'environ 1 hectare, doit être déduite de la superficie de l'opération pour le calcul de la densité, cette superficie étant ainsi ramenée à 3,26 ha. Il est par ailleurs constant que la ZAC du Prieuré porte sur deux îlots, l'un au Sud et l'autre au Nord qui sont limitrophes. Le projet prévoyant un nombre de logements compris entre 65 et 90 et la société LAD-SELA indiquant, dans sa réponse à l'autorité environnementale du 18 avril 2014 qu'elle dispose d'une marge de manœuvre sur le collectif de l'îlot nord, l'objectif de 25 logements par hectare apparaît atteignable, comme l'a estimé le commissaire-enquêteur dans son rapport. Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité de l'arrêté attaqué avec les orientations et objectifs du SCOT du Pays d'Ancenis ne peut être qu'écarté.
Quant à l'utilité publique du projet litigieux :
20. Les requérants soutiennent que l'opération projetée de construction de nouveaux logements ne poursuit pas une finalité d'intérêt général et ne présente pas d'utilité publique, notamment au regard de ses inconvénients, de l'atteinte excessive qu'elle porte au droit de propriété et de son coût manifestement sous-évalué alors que plusieurs opérations de lotissements sont déjà en cours dans la commune et que cette dernière peut réaliser son projet sur d'autres terrains sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'expropriation.
21. Une opération ne peut être légalement déclarée d'utilité publique que si les atteintes à la propriété privée, le coût financier, les inconvénients d'ordre social, la mise en cause de la protection et de la valorisation de l'environnement et l'atteinte éventuelle à d'autres intérêts publics qu'elle comporte ne sont pas excessifs au regard de l'intérêt qu'elle présente.
22. Il appartient au juge, lorsqu'il doit se prononcer sur le caractère d'utilité publique d'une opération nécessitant l'expropriation d'immeubles ou de droits réels immobiliers, de contrôler successivement qu'elle répond à une finalité d'intérêt général, que l'expropriant n'était pas en mesure de réaliser l'opération dans des conditions équivalentes sans recourir à l'expropriation, notamment en utilisant des biens se trouvant dans son patrimoine et, enfin, que les atteintes à la propriété privée, le coût financier et, le cas échéant, les inconvénients d'ordre social ou économique que comporte l'opération ne sont pas excessifs eu égard à l'intérêt qu'elle présente. Il lui appartient également, s'il est saisi d'un moyen en ce sens, de s'assurer, au titre du contrôle sur la nécessité de l'expropriation, que l'inclusion d'une parcelle déterminée dans le périmètre d'expropriation n'est pas sans rapport avec l'opération déclarée d'utilité publique. En revanche, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir, au titre de l'examen du bilan des avantages et inconvénients de l'opération, d'apprécier l'opportunité des choix retenus par l'administration.
23. En l'espèce, en premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la réalisation de la ZAC du Prieuré a pour objectif la revitalisation et le développement du centre-bourg par le développement de son offre de services et de commerces de proximité ainsi que par la construction de 65 à 90 nouveaux logements de typologie variée, adaptés aux besoins des personnes âgées et des jeunes ménages. Ce projet répond à un besoin en logements de la commune d'Ancenis-Saint-Géréon, notamment dans le centre bourg de Saint-Géréon, sur des terrains situés en son cœur et en entrée le long du boulevard de l'Atlantique, dans un contexte d'augmentation continue de la population et qui ne peut être entièrement satisfait par les projets de lotissements en cours qui ne sont pas situés en centre-bourg. Si les requérants soutiennent que l'opération n'était pas nécessaire, dès lors que les besoins de la commune en matière de logements ne sont pas avérés, étant donné que l'évolution démographique de la commune de Saint-Géréon révèle une croissance démographique très faible, de l'ordre de 0,7% entre 2011 et 2016, la notice explicative du dossier d'enquête d'utilité publique établit que la population de Saint-Géréon n'a cessé d'augmenter depuis 40 ans, la commune a ainsi gagné 1029 habitants depuis 1968, soit une évolution de plus de 62%, et s'élève à 2668 habitants en 2012. De plus, le programme local de l'habitat 2014 - 2020 de la communauté de communes du pays d'Ancenis, dont les requérants ne sauraient remettre en cause la pertinence, a prévu, à l'échéance 2020, la réalisation de 150 logements sur la commune de Saint-Géréon. Or, en 2017, seuls 47 logements ont été créés sur la commune. En outre, la construction de nouveaux logements de petite et moyenne tailles répond également aux besoins de jeunes ménages avec enfants et de personnes âgées qui sont demandeurs d'habitats situés à proximité des services et commodités. Le projet litigieux a également pour objectif d'assurer la mixité sociale en développant tant l'accession à la propriété, aidée ou non, que l'offre locative accessible aux populations issues de toutes les catégories sociales, le programme se décomposant en une quarantaine de logements individuels, une vingtaine de logements groupés bénéficiant chacun d'un espace jardiné et une quinzaine de logements collectifs. L'opération déclarée d'utilité publique répond ainsi à une finalité d'intérêt général.
24. En deuxième lieu, comme il a été dit au point 1, le projet s'articule en deux sous-ensembles, le secteur sud et le secteur nord. Le secteur sud est situé au cœur du centre-bourg historique et est constitué de petits terrains, à usage de jardin potager, verger ou en friche, enclavés en cœur d'îlot, bordés par de l'habitat ancien et des jardins privatifs. L'urbanisation de ces terrains ainsi que la création de locaux commerciaux et de voies douces de desserte, prévues par l'opération, visent à renforcer l'attractivité de ce quartier, en veillant à l'intégration des nouvelles constructions dans leur environnement de bâti ancien. Le secteur nord est constitué de prairies et de parcelles en friche, anciennement cultivées et comportant une zone humide. Il s'étend au sud du boulevard urbain de l'Atlantique jusqu'à l'accès principal au bourg, par la rue de la Chevasnerie. Il est délimité sur la majorité de son pourtour par des parcelles bâties de typologie variée. Son urbanisation en extension immédiate du bourg, qui a fait l'objet d'une orientation d'aménagement et de programmation dans le plan local d'urbanisme, tend à permettre, comme l'a relevé le commissaire-enquêteur, de traiter le boulevard de l'Atlantique comme une entrée de bourg ainsi que de reclasser et rendre plus fonctionnelle une partie de la zone humide en la transformant en zone verte et intéressante à proximité du bourg. Si les requérants soutiennent, en entourant d'un trait des espaces non habités sur une vue aérienne de la commune, qu'il existe suffisamment de dents creuses à d'autres endroits de la commune pour construire des logements, sans qu'il soit besoin de recourir à une procédure d'expropriation, ces terrains, dont ils ne précisent pas le statut actuel, se trouvent disséminés sur tout le territoire communal et n'appartiennent pas à la commune. S'ils font valoir qu'il existe déjà dans la commune des programmes similaires, dont un village senior, ils n'établissent pas la similarité de ces programmes. Ainsi, la création du village senior ne permet pas de répondre aux mêmes finalités, dès lors qu'il est limité à 26 logements, soit une capacité insuffisante au regard du nombre de personnes de plus de 75 ans de la commune, représentant 10,7 % de la population totale, et se compose exclusivement de logements locatifs sociaux accessibles aux personnes ne dépassant pas un certain plafond de ressources. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les alternatives qu'ils proposent permettraient d'atteindre les objectifs de l'opération dans des conditions équivalentes au projet déclaré d'utilité publique tout en excluant le recours à l'expropriation, alors que l'utilité publique d'un projet s'apprécie d'un point de vue global et qu'il n'appartient pas au juge administratif de contrôler la pertinence de l'emplacement choisi pour la réalisation de l'opération projetée.
25. En troisième lieu, les consorts H soutiennent que le coût des acquisitions foncières nécessaires à la réalisation de l'opération, estimé à 1 372 000 euros dans l'appréciation sommaire des dépenses insérée dans le dossier d'enquête publique, serait manifestement sous-évalué, notamment au regard du coût des acquisitions, ainsi que l'attesteraient les ventes réalisées à l'amiable ainsi que plusieurs évaluations d'immeubles leur appartenant. Ils font valoir dans leur requête que, selon l'outil " etalab ", un terrain à bâtir de 210 m2 sis 5, impasse des Puits, à Saint-Géréon, dans le périmètre de l'îlot sud de la ZAC, a été vendu le 25 septembre 2018 au prix de 46 620 euros, soit un prix au m2 de 222 euros. En multipliant ce prix unitaire par 46 000 m2, superficie totale de la ZAC du Prieuré, ils obtiennent un coût total d'acquisition du foncier égal à 10 212 000 euros. Dans leur mémoire en réplique, ils se réfèrent au diagnostic du programme local de l'habitat établi en février 2014 selon lequel " la moyenne des prix des terrains peut aller jusqu'à 150 euros le m2 sur le territoire de la commune de Saint-Géréon ". Ils en déduisent que si ce prix était retenu, le coût total d'acquisition des 4,6 ha représentant la contenance de la ZAC s'élèverait à 6 900 000 euros, soit un montant plus de cinq fois supérieur à celui mentionné dans l'évaluation sommaire des dépenses. Toutefois, ces deux comparaisons, qui s'appuient, d'une part, sur un prix de vente à l'amiable d'un terrain dont les caractéristiques ne sont pas précisées et, d'autre part, sur une valeur maximale sans lien avec le périmètre de la ZAC, alors que la commune et la société LAD-SELA versent au dossier un jugement du juge de l'expropriation du 4 juin 2019 retenant, pour une parcelle d'une superficie de 13 m2 située rue des Vignes, dans le périmètre de l'îlot sud de la ZAC, classée en zone 1AUb1, un prix de 16 euros le m2, doivent être regardées comme dépourvues de valeur probante. Le moyen tiré du coût excessif de l'opération doit, par suite, être écarté. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le projet a suffisamment appréhendé les enjeux environnementaux, notamment la protection des zones humides, et est conforme au projet d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme qui prescrit une urbanisation en agglomération. Si les requérants soutiennent que la réalisation du projet apparaît à contre-courant des prescriptions de la loi climat et résilience n° 2021-1104, qui fixe un objectif de " zéro artificialisation nette " en 2050, et méconnaît l'objectif de sobriété foncière, il ressort des pièces du dossier que le périmètre de la ZAC du Prieuré a été classé au plan local d'urbanisme en zone 1AUb, à urbaniser. Il résulte de ce qui précède que les avantages escomptés du projet l'emportent sur les inconvénients allégués.
26. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 23 à 25, le moyen tiré de l'absence d'utilité publique du projet doit être écarté.
27. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions des requérants dirigées contre l'arrêté du 22 mai 2019 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a déclaré d'utilité publique le projet d'aménagement de la ZAC du Prieuré sur le territoire de la commune d'Ancenis Saint-Géréon ainsi que contre la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 25 juillet 2019 rejetant le recours gracieux formé contre cet acte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclament les requérants au titre des frais exposés par eux dans la présente instance. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme réclamée par la société "LAD-SELA" et la commune d'Ancenis-Saint-Géréon sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D H, M. B H, M. F H et M. G H est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société "LAD-SELA" et la commune d'Ancenis-Saint-Géréon sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D H, M. B H, M. F H et M. G H, à la société "LAD-SELA", à la commune d'Ancenis-Saint-Géréon et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
M. Labouysse, premier conseiller,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
La rapporteure,
N. A
Le président
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026