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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1910457

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1910457

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1910457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBERNABE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2019, Mme B épouse A, représentée par Me Bernabé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juillet 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours préalable qu'elle a formé contre la décision préfectorale du 18 janvier 2019 déclarant irrecevable sa demande de naturalisation, et y a substitué une décision de rejet de sa demande ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la naturalisation.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2020, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, la décision attaquée peut être légalement fondée sur un autre motif tiré de ce que la principale source de revenus de la postulante est d'origine étrangère.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Allio-Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, ressortissante malienne née le 3 janvier 1967, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 25 juillet 2019, dont elle demande l'annulation, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté cette demande.

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ".

3. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, le degré d'insertion professionnelle du postulant, le niveau, l'origine et la stabilité de ses ressources ainsi que les liens particuliers unissant le postulant à un État ou une autorité publique étrangère. Si, pour rejeter une demande de naturalisation pour un motif autre que le défaut de résidence en France, l'administration ne peut légalement se fonder que sur des faits imputables au demandeur et non à son conjoint, il lui est toutefois possible, pour opposer un tel refus, de prendre en considération la durée et l'effectivité de la communauté de vie et le comportement du conjoint lorsqu'il est établi que ce comportement est susceptible de révéler un défaut de loyalisme.

4. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par Mme B épouse A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur l'absence d'autonomie financière de la requérante et sur sa prise en charge financière par son conjoint qui exerce des fonctions d'attaché de défense à l'ambassade du Mali chargé du renseignement militaire, ce dernier ayant ainsi un lien particulier avec ce pays incompatible avec l'allégeance française.

5. En premier lieu, il est constant qu'à la date de la décision attaquée l'époux de Mme B épouse A avait pris sa retraite des fonctions d'attaché militaire de l'ambassade du Mali en France. Dans ces conditions, comme le ministre de l'intérieur et des outre-mer le reconnaît dans son mémoire en défense, la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait.

6. En deuxième lieu, toutefois, il ressort également des pièces du dossier que Mme B épouse A est mariée depuis le 1er janvier 1989 à M. A C, ressortissant malien né le 21 mai 1956, colonel-major au sein de l'armée malienne qui exerçait jusqu'au mois de juillet 2019 la fonction d'attaché de la défense à l'ambassade du Mali en France. À la date de la décision attaquée, la requérante occupait, dans le cadre d'un contrat de travail à temps partiel à durée indéterminée, un emploi d'assistante de vie au sein de la société O2 d'une durée de 70 heures lui procurant un revenu mensuel d'un niveau insuffisant pour lui assurer son autonomie matérielle. Si, à la même date, son époux percevait une pension de retraite versée par l'État du Mali lui permettant de prendre en charge son épouse, il est constant que celle-ci lui était versée en raison de ses anciennes fonctions d'attaché militaire auprès de l'ambassade malienne, qu'il ne déclare pas ses revenus en France, qu'il dispose d'un titre de séjour spécial " affaires étrangères " et qu'ils vivent tous deux dans un logement mis à disposition par l'État malien. Dans ces conditions, bien que Mme B épouse A ait signé un avenant au contrat de travail précité augmentant son nombre d'heures travaillées, qu'elle ait fait preuve d'un investissement notable pendant la période d'état d'urgence sanitaire et que sa fille issue de son union avec M. A C ait obtenu la nationalité française, les éléments rappelés ci-avant sont de nature à créer un doute sur le loyalisme envers la France de la postulante, qui ne peut ignorer le lien particulier de son époux avec leur pays d'origine. Par suite, en rejetant pour ce motif la demandes de naturalisation de Mme B épouse A, le ministre n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif pour rejeter sa demande.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de motifs demandée en défense, que la requête de Mme B épouse A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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