mercredi 27 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1910729 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GRIOLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 septembre 2019 et le 27 mars 2020,
M. A C, représenté par Me Griolet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé l'ajournement à deux ans de sa demande d'acquisition de la nationalité française ;
2°) d'enjoindre au ministre de réexaminer sa demande d'acquisition de la nationalité française et de se prononcer dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- la requête est recevable ; la notification de la décision contestée étant irrégulière ;
- il n'est pas établi que la décision ait été prise par une autorité compétente ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il remplit les conditions posées par les articles 21-14-1 et 21-27-1 du code civil ; il est présent en France depuis plus de cinq ans ; il a le centre de ses attaches personnelles et familiales en France ; il a ses intérêts matériels et professionnels en France ; il est intégré socialement et n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- s'il reconnaît que le recours de M. C n'était pas tardif, le tribunal pourra procéder à une substitution de motif et considérer que la décision attaquée est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressé avait fait l'objet auprès du tribunal de grande instance de Lille d'une procédure pour recel de bien provenant d'un vol le 7 septembre 2010 à Lille, qui a donné lieu à un classement sans suite avec un rappel à la loi ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, de nationalité tunisienne, né le 18 mai 1984, est arrivé en France en 2007. Depuis 2016, il est titulaire d'une carte de résident. Il a sollicité l'acquisition de la nationalité française auprès du préfet des Hauts de Seine, qui, par une décision du 23 octobre 2018, a ajourné sa demande à deux ans. Le 12 juillet 2019, M. C a exercé un recours hiérarchique contre ce cette décision auquel le ministre de l'intérieur a opposé, le 29 juillet 2019, un rejet au motif de la tardiveté du recours. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision ministérielle.
2. En premier lieu, la décision du ministre de l'intérieur du 29 juillet 2019 a été signée par Mme E B sur le fondement d'une décision du 13 mars 2019 modifiant la décision du 30 août 2018 portant délégation de signature, publiée au Journal officiel de la République française du 17 mars 2019, lui donnant délégation à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés et décisions relatifs aux affaires de la sous-direction de l'accès à la nationalité française. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du
30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement tenir compte de toute information défavorable tenant au comportement du postulant.
4. Le ministre de l'intérieur admet en défense que le recours hiérarchique formé par
M. C n'était pas tardif et demande au tribunal de substituer au motif retenu dans la décision attaquée celui tiré de ce que M. C avait fait l'objet auprès du tribunal de grande instance de Lille d'une procédure pour recel de bien provenant d'un vol le 7 septembre 2010 à Lille, qui a donné lieu à un classement sans suite avec un rappel à la loi.
5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Il ressort du courrier adressé par le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Lille du 26 avril 2013 que des poursuites pénales ont été diligentées pour vol à l'encontre de M. C. Si ces accusations ont été suivies d'un classement sans suite le
19 juillet 2013, il est constant que ces faits ont néanmoins donné lieu à un rappel à la loi de l'intéressé. Si M. C fait valoir qu'il n'a commis aucune nouvelle infraction depuis ce rappel à la loi, cette circonstance ne prive pas les faits litigieux, qui n'étaient pas exagérément anciens à la date de la décision litigieuse, de leur gravité. En retenant ce motif pour ajourner à deux ans la demande d'acquisition de la nationalité formulée par M. C, le ministre de l'intérieur, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder ou refuser la nationalité à l'étranger qui la sollicite, ne commetpas d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée par le ministre, qui a été soumise au contradictoire dans le cadre de l'instance et n'a pas pour effet de priver le requérant d'une garantie de procédure.
7. Les autres circonstances soulevées par le requérant tirées de la durée de sa présence en France, de ce qu'il est à jour de ses obligations fiscales, de son intégration sociale et professionnelle, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.
Le rapporteur,
Y. D
La présidente,
C. LOIRAT
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026