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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1910749

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1910749

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1910749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantVERITE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 octobre 2019 et 28 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Vérité, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté le recours formé contre la décision du préfet des Deux-Sèvres du 20 mars 2019 déclarant irrecevable sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- sa qualité de réfugié est susceptible de faciliter l'accession à la nationalité française.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 février 2020 et le 11 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 22 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thierry, conseillère,

- et les observations de Me Vérité, représentant M. B, et de M. B, fils du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, apatride d'origine palestinienne né le 1er janvier 1971 en Irak, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision implicite, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours formé par le postulant le 2 avril 2019 à l'encontre de la décision du 20 mars 2019 du préfet des Deux-Sèvres déclarant cette demande irrecevable au motif de l'insuffisance du niveau de connaissance de la langue française du postulant, inférieur au niveau B1 requis par l'article 37 du décret du 30 décembre 1993. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du ministre.

2. En premier lieu, d'une part, l'article 21-15 du code civil dispose : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 : " () Lorsque les conditions requises par la loi sont remplies, le ministre chargé des naturalisations propose, s'il y a lieu, la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française. Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, il déclare la demande irrecevable () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. () ". Aux termes de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : / 1° Tout demandeur doit justifier d'une connaissance de la langue française caractérisée par la compréhension des points essentiels du langage nécessaire à la gestion de la vie quotidienne et aux situations de la vie courante ainsi que par la capacité à émettre un discours simple et cohérent sur des sujets familiers dans ses domaines d'intérêt. Son niveau est celui défini par le niveau B1, () ". En vertu de l'article 37-1 du même décret, dans sa rédaction issue du décret n° 2013-794 du 30 août 2013 : " La demande est accompagnée des pièces suivantes : () / 9° Un diplôme ou une attestation justifiant d'un niveau de langue égal ou supérieur à celui exigé en application de l'article 37 et délivré dans les conditions définies par cet article ou, à défaut, une attestation délivrée dans les mêmes conditions justifiant d'un niveau inférieur. () Bénéficient également de cette dispense les personnes souffrant d'un handicap ou d'un état de santé déficient chronique ou âgées d'au moins soixante ans. () ". Aux termes de l'article 41 : " Le postulant se présente en personne devant un agent désigné nominativement par le préfet ou l'autorité consulaire. / () L'entretien individuel prévu au deuxième alinéa permet de vérifier que maîtrisent un niveau de langue correspondant au niveau exigé en vertu de l'article 37 () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'en application des dispositions précitées du décret du 30 décembre 1993, M. B, analphabète, qui a produit une attestation justifiant d'un niveau A2 en langue française, a été dispensé de produire le diplôme ou l'attestation prévue à l'article 37-1 du décret. En revanche, ces mêmes dispositions n'exonèrent pas le postulant à la nationalité française âgé concerné par ladite dispense, à l'instar du requérant, de justifier d'une connaissance de la langue française dans les conditions qu'elles édictent. Or, il ressort du compte-rendu de la première étape de l'entretien dont il a bénéficié le 11 mars 2019 en vue d'évaluer son niveau de langue que M. B n'a su répondre qu'aux énoncés relatifs à l'invitation à s'asseoir, à présenter son titre de séjour et à indiquer son état civil ainsi qu'à répondre à des questions ouvertes portant sur sa vie sociale et professionnelle, sans être en mesure de communiquer sur des sujets en relation avec ses intérêts personnels, alors même qu'il réside en France depuis neuf ans. Il n'établit pas, en outre, que le compte-rendu serait erroné en ce qu'il aurait en réalité su répondre en français à l'intégralité des questions posées. A cet égard, la circonstance qu'il a obtenu la note de 10/20 à la rubrique " expression et interaction orale " de l'examen de niveau B1 -auquel il a échoué- n'est pas de nature à remettre en cause la fiabilité de cet entretien. Ainsi, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que l'intéressé ne justifiait pas d'un niveau suffisant de maîtrise de la langue française et en constatant, pour ce motif, l'irrecevabilité de sa demande de naturalisation.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 34 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés : " Les Etats contractants faciliteront, dans toute la mesure du possible, l'assimilation et la naturalisation des réfugiés. Ils s'efforceront notamment d'accélérer la procédure de naturalisation et de réduire, dans toute la mesure du possible, les taxes et les frais de cette procédure ". Cet article ne crée pas pour l'Etat français l'obligation d'accorder la nationalité française aux personnes bénéficiant du statut de réfugié qui la demandent. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir que la décision contestée méconnaît ces stipulations.

6. En troisième et dernier lieu, les autres circonstances invoquées par le requérant, tenant notamment à la durée de sa présence en France, son insertion professionnelle, son analphabétisme et au fait que sa femme et ses quatre enfants ont obtenu la naturalisation, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

La rapporteure,

S. THIERRYLe président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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